Qui veut la peau du lynx ? de Pierre Athanaze

lynx

C’est le coeur un peu lourd que je referme ce livre. Le lynx est l’un des trois grands prédateurs en France, et sans doute le plus méconnu et le plus discret. Comme le loup et l’ours, il connait bien des difficultés pour vivre dans son milieu naturel – il a d’ailleurs fait l’objet d’une réintroduction dans les Vosges tant sa population était mal en point, mais il est revenu naturellement dans le Jura et les Alpes – notamment en raison de l’opposition persistante des éleveurs et des chasseurs. Comme d’habitude…

Pierre Athanaze, naturaliste chevronné et ardent protecteur des animaux sauvages, retrace dans cet ouvrage l’aventure peu banale de ce grand chat sauvage dans nos contrées.

Ce mammifère qui s’attaque plus volontiers au chevreuil qu’au mouton (normal, il est davantage forestier que le loup) est très un hôte très discret de nos montagnes et de nos forêts. Il ne « pullule » pas, comme tous les prédateurs et ne s’attaque pas à l’homme, bien que la presse locale populaire ou quelques éleveurs d’un autre âge laissent entendre le contraire de temps à autre.

Bref, si on le laisse tranquille, il mène sa petite vie de félin libre et sauvage. Les premières réintros n’avaient trop mal débuté, l’Etat était partie prenante et les éleveurs point trop hostiles, en tout cas prêts à coopérer. Quand le monde de la chasse, en l’occurrence les fédés locales, sont entrées dans le jeu, ce fut une toute autre histoire.

Les chasseurs sont dotés d’une mauvaise foi inébranlable, je ne parviens pas comprendre leur logique. Ils clament partout qu’ils sont les garants de la biodiversité, que sans eux les automobilistes passeraient leur à percuter chevreuils et sangliers, mais parlez donc de laisser les prédateurs revenir et c’est le branle-bas de combat !

Au fil des années, et des discours outranciers de la part des chasseurs, les ministères et différents services de l’Etat se font plus frileux, cédant la plupart du temps face aux revendications des anti-prédateurs. Le résultat est tragique, les lynx réintroduits dans les Vosges sont braconnés. Vous vous souviendrez peut-être des lynx Boric et Elisa, abattus par balles, que la presse à l’époque avait qualifié de « meurtres ». Dans les années 80, le braconnage a été la cause d’une hécatombe. La vérité c’est que les chasseurs n’ont jamais voulu du lynx dans les Vosges. Et ceux qui ne se déclarent pas hostiles ajoutent une condition, totalement farfelue et irresponsable : pouvoir le réguler dans le futur !!

Le résultat aujourd’hui, c’est la quasi-extinction du félin dans cette région. Dans l’indifférence générale. Des associations ont bien interpellé la ministre chargée du dossier et lancé une pétition, mais pour l’instant, c’est silence radio… C’est bizarre, cela ne me surprend pas.

Après le braconnage, la seconde cause de mortalité est la collision avec les voitures. Entre novembre 2014 et janvier 2015, ce ne sont pas moins de 5 lynx qui ont été retrouvés percutés par les voitures. Cela prouve bien la nécessité d’installer des corridors écologiques un peu partout, et de freiner l’urbanisation, et donc la création de toutes et de lignes TGV. Qu’est-ce que ça nous rapporte de plus d’aller toujours plus vite ? On fout notre environnement en l’air, on saccage tout et est-ce que les gens sont plus heureux pour autant ?

Pierre Athanaze semble optimiste à la fin de son livre, je ne partage pas son constat hélas… Mais je laisse le mot de la fin à Vincent Munier qui a écrit une préface très émouvante :

Nous vivons depuis quelques années un moment clef dans notre rapport aux grands prédateurs. Certains osent un retour – comme le loup qui a remis la patte dans nos montagnes -et nous offrent une seconde chance de nous poser les bonnes questions : sommes-nous prêts à partager une parcelle de cet espace que nous nous sommes indûment accaparé ? Sommes-nous prêts à nous remettre à notre place avec un rien d’humilité ? Sommes-nous prêts à redonner sa part d’ombre au fantôme félin et paisible qui mène son chemin parallèle dans la discrétion des forêts ? Répondre par la négative, ce serait prendre le risque de voir le fameux oeil de lynx définitivement se fermer…

 

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Catégories : Avec ou sans pattes, Lire pour agir | 3 Commentaires

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3 réflexions sur “Qui veut la peau du lynx ? de Pierre Athanaze

  1. keisha41

    Je te sens remontée – à juste titre! Mais cette bête est magnifique, je ne savais même pas qu’il y en avait dans nos forêts… Ah les chasseurs… J’en rencontre, j’espère qu’ils ne ramènent rien!
    Finalement le lynx étant prédateur du chevreuil, on ferait mieux de laisser tout ce monde animal tranquille…
    Allez, pour te consoler, sache que lors de mes retours nocturnes de sorties, je vois de la faune! Hier soir, un renard et un chevreuil! Je les préfère aux sangliers, qui foncent comme des malades et là ça fait mal. Le chevreuil a l’air plus peureux et fait demi tour. J’adore aussi les rapaces guettant sur les poteaux… ou en vol suspendu
    Quant aux TGV je sens qu’on est d’accord, à quoi ça sert de gagner 15 minutes?

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    • Hier matin, un renard a traversé ma petite route, pour gagner un pré. Un peu maigrichon mais pas trop affolé. Les chevreuils j’en vois quasiment tous les jours, mais les sangliers, très rarement. Quand je dois me rendre dans la « grande ville », je fais drôlement gaffe en traversant les zones boisées, j’espère toujours ne pas avoir à un croiser un.
      Côté rapaces, je vois souvent les buses, perchées sur leurs poteaux, mais plus de faucon. Je crois qu’ils sont migrateurs, il faudra que je vérifié dans ma bible ornitho. Et puis des aigrettes aussi, et des hérons, dans les prés, le long de la route.
      Pour le lynx, oui, je suis remontée. Ce sont toujours les mêmes imbéciles qui causent la raréfaction ou la disparition d’une espèce : chasseurs et agriculteurs ! J’en arrive à ne plus acheter certains produits « phares » pour protester contre ce diktat, genre certains fromages ou autres produits AOC. c’est lamentable…

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  2. keisha41

    Mais si, les faucons crécerelles, ceux qui font du surplace en vol, on en voit plein! Les regarder n’est pas interdit quand on conduit, mais à force, dangereux, je l’avoue.j’adore aussi la saison où les champs se remplissent de colonies de vanneaux huppés. Et là maintenant j’attends le retour des grues! Sinon pour les martins pêcheurs et hérons, je n’ai même pas à sortir de la maison pour en voir.
    Pour en revenir aux renards, l’autre jour on en parlait à la télé et un agriculteur se plaignait de la prolifération de petits rongeurs dans ses champs. Ben oui, le renard est le prédateur du petit rongeur, si on chasse le renard, faut pas s’étonner des conséquences!

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