Julius Winsome de Gerard Donovan

9782020959131

C’est en relisant un Vargas, l’Armée furieuse, que j’ai eu envie de relire Julius Winsome. Dans le dernier roman de Fred Vargas, Adamsberg a fort affaire avec cette armée de morts qui sème l’effroi en Normandie. Mais dans ses priorités, se trouve aussi la recherche de « l’enfant de salaud » qui a attaché les pattes d’un pigeon. Et Mon commissaire préféré se remémore une anecdote. Un homme de sa connaissance nourrissait une couleuvre avec du lait. Un jour un type tue la couleuvre, alors l’homme tue le type. Logique.

Et voilà pourquoi cela m’a ramenée au roman de Donovan.

L’histoire est d’une parfaite simplicité : un homme d’une cinquantaine d’années vit seul dans son petit chalet au milieu de la forêt, quelque part dans le Maine. Son seul compagnon est son chien Hobbes. Ses journées s’étirent, immuables et paisibles : lire au coin du feu (Julius possède 3282 livres), s’occuper de Hobbes, nourrir les oiseaux du jardin, planter des fleurs… bref, une petite vie qui semblerait monotone mais qui lui convient parfaitement. Sans la présence des chasseurs qui envahissent les bois à chaque saison, ce serait presque le paradis.
Un jour d’hiver, Julius entend des coups de fusil bien près de sa maison. Et quelques heures plus tard, il trouve le cadavre de son chien. Abattu à bout portant.
Que se passe-t-il dans la tête de cet homme si paisible ? La mort de son chien le fait vaciller, c’est son petit univers qui s’écroule, c’est à nouveau la solitude qui va s’installer… Un tel crime peut-il rester impuni ? Sûrement pas. Pour Julius l’heure de la vengeance à sonné…

Je suis resté quelques instants devant la tombe de Hobbes, ne sachant que penser ou dire. J’aurais donné tous les livres du chalet, tout mon argent jusqu’au dernier penny pour le voir resurgir du trou. Je me serais débrouillé pour oublier toute l’affaire. Mais il n’a pas resurgi. On en était donc là.

Julius s’est-il transformé en tueur fou ?
Curieusement, malgré les actes de Julius, une sorte de connivence s’installe avec le lecteur. J’ai fini par me mettre à la place de cet homme et comprendre son geste. Une empathie certaine. Y a-t-il de la folie dans sa décision ? Je n’en suis pas certaine… La fin du roman, qui m’a un peu dérangée, me conforte dans ma pensée. C’est là d’ailleurs la grande force du roman. car si l’auteur nous livre quelques éléments de la vie de Julius, et notamment ses rapports avec son père, le spectre des guerres passées, la rencontre avec Claire, il évite de tomber dans le piège de l’explication psychologique. La vengeance de Julius est simplement décrite, l’écrivain ne juge pas son personnage, il se borne à nous le montrer agissant en accord avec ses propres principes et sa logique. L’homme et la nature se confondent, glacés et hostiles mais empreints d’une certaine pureté.

L’atmosphère du roman rappelle à la fois Rick Bass (dans Winter) car la nature y est merveilleusement décrite ainsi que le quotidien de Julius, qui vit en harmonie avec la forêt et les saisons. Et puis j’ai évidemment pensé à Edward Abbey car la décision de Julius, excessive et lourde de conséquences, n’est pas sans évoquer certains passages des romans d’Abbey.
Le wilderness contre la civilisation ? Ce qui est certain, c’est que par delà les actes de cet homme solitaire, c’est ce constat qui s’impose. Dans une interview, Jim Harrison a dit, en parlant de sa magnifique nouvelle, Légendes d’automne, que si on gratte un tout petit peu le vernis de la civilisation d’un homme, on retrouve rapidement le primitif qui sommeille. Julius lit beaucoup, surtout de la poésie, mais aussi Shakespeare. Dans les oeuvres du grand écrivain anglais, la vengeance est omniprésente. Et n’oublions pas que le nom du chien, Hobbes, est celui du philosophe à qui l’on doit cette affirmation : « l’homme est un loup pour l’homme ». le choix du nom n’est donc pas innocent… Car à bien y réfléchir, et si l’on se place du point de vue de Julius, ce n’est pas lui le barbare, mais bien ces envahisseurs, ces chasseurs assoiffés de sang, qui imposent leur loi et bouleversent sa vie.
Voilà, que dire de plus ? C’est un beau roman qui donne à réfléchir sur la nature humaine, et dans lequel on sent passer le souffle du vent et l’âpreté de l’hiver.

 Je n’attendais rien, une épaisse couche de glace s’est glissée dans mon coeur.
Je l’ai sentie s’installer, gripper les soupapes et apaiser le vent qui soufflait dans ma carcasse. Je l’ai entendue se plaquer sur mes os, insérant du silence dans les endroits fragiles, dans tout ce qui était brisé. Mon coeur a alors connu la paix du froid.

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Catégories : Mes coups de coeur | 2 Commentaires

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2 réflexions sur “Julius Winsome de Gerard Donovan

  1. J’avais beaucoup aimé ce livre. Le basculement qui s’opère est brutal, inattendu presque, et la relation qui le lie à son chien et à la nature (et à Shakespeare!) est inoubliable. J’en garde un très beau souvenir.

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    • Je l’ai relu avec plaisir pour ma part, en tout cas, j’ai retrouvé mes émotions intactes à cette seconde lecture et ça reste vraiment un coup de coeur. J’ai vu que l’auteur a publié un second titre, dont le sujet m’emballe moins. En revanche, je serai curieuse de lire ses poèmes…

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