Babbitt de Sinclair Lewis

ê^ion~à€€€€€€€€€€€€€€€Georges F. Babbitt est un homme d’affaires prospère, un agent immobilier plus précisément, qui vit avec sa famille (une épouse et trois enfants dont l’aînée a 22 ans) dans la petite ville de Zenith. Il possède, dans un quartier résidentiel, une belle maison pourvue de tout le confort moderne, semblable à celles de la plupart de ses voisins, et une voiture.

Le roman débute en avril 1920, Babbitt a 46 ans, l’âge de la plénitude, et il représente l’américain moyen dans toute sa splendeur.

« Pour Georges F. Babbitt, comme pour la plupart des gens aisés de Zenith, son automobile représentait à la fois la poésie et le drame, l’amour et l’héroïsme. Le bureau était son navire de pirates mais son auto la périlleuse descente à terre. »

 

Babbitt est bien évidemment l’un des piliers de la chambre de commerce de sa ville. Il est membre de plusieurs clubs, grâce auxquels il pense faire partie de l’élite, n’a une opinion sur un quelconque sujet que si l’Advocates Times, le journal qu’il lit, s’en fait l’écho.

En homme d’affaires pragmatique, seule la réussite matérielle importe à ce Républicain aux idées étroites, toujours prompt à mépriser la culture. Enfin, pas tout à fait. L’opinion de ses estimés concitoyens compte peut-être encore davantage. Ses collègues en affaires font partie des mêmes clubs que lui et tout ce petit monde s’autocongratule à qui mieux mieux. Certes, Babbitt n’est pas tout à fait le citoyen parfait : sa femme l’ennuie, ses enfants s’opposent à lui sur divers sujets et il n’est pas, à l’occasion, contre une aventure-extra-conjugale ni un bon verre d’alcool. Mais il n’en demeure pas moins un commerçant des plus estimables.

Il aimait trois sortes de films : de jolies filles en maillots de bain et jambes nues; des agents de police et des cow-boys avec des coups de révolver abondants, et de gros hommes comiques mangeant des spaghettis. Il se délectait, avec une profonde sentimentalité qui lui mouillait les yeux, quand, entre deux films, on projetait de petits chiens, de petits chats ou des bébés joufflus; et il pleurait devant les lits de mort ou les vieilles mères héroïques, dans une chaumière hypothéquée.

Alors, ennuyeux et banal Georges Babbitt ? Pas tout à fait. Son talon d’Achille est son meilleur ami, Paul Riesling, qu’il considère comme son frère. Lequel a gardé une âme un peu bohème et est flanqué d’une femme frivole et égoïste, limite hystérique. Avec Paul, Georges Babbitt admet enfin ses fêlures et son insatisfaction. Car cet homme si prévisible, si imbu de lui-même, conscient de son admirable importance, ne mène pas la vie dont il rêvait. Même son mariage repose sur un malentendu. Babbitt étouffe, panique, se sent piégé, a des envies de rébellion. Cette nouvelle soif de liberté, provoquée par de menus événements et une amorce de réflexion sur sa place dans la société, pousse ce conventionnel hommes d’affaires à dire et faire des choses dont il ne serait pas cru capable. Peu à peu, son attitude est mal perçue par ses amis et collègues. Ce changement de pensée est remarquablement retranscrit par l’écrivain qui observe à la loupe les hésitations, et emportements de son anti-héros.

J’ai adoré ce roman, adoré la traduction de Maurice Rémon qui est excellente. Tout repose sur des détails, sur la dissection des petits rituels qui ponctuent la vie domestique de Babbitt, sur cette analyse implacable, ironique mais humoristique des conventions sociales. Il y a du César Birotteau chez cet Américain moyen. Personnage à la fois tragique et comique, broyé impitoyablement pas la société capitaliste de ces années là et cependant victime consentante. Le roman est un peu comme une radiographie de cette époque, de ce milieu. Qu’y avait-il à envier dans l’American way of life ? Tous les personnages décrits par Sinclair Lewis sont désespérément mesquins et ennuyeux, poursuivant une existence vide de sens. Un vrai bonheur de lecture, une œuvre magistrale que je suis ravie d’avoir découverte, même si cela est arrivé bien tardivement.

Pour illustrer Babitt, je ne pouvais pas ne pas choisir Edward Hopper, le peintre des classes moyennes, auquel j’ai pensé tout au long de ma lecture.

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