Avec ou sans pattes

La Hulotte n° 105

Dans ce nouveau numéro toujours très drôle, honneur à la petite chouette chevêche, également surnommée, entre bien d’autres noms, chouette d’Athéna. Ce  rapace est un modèle de discrétion dans nos paysages familiers. Sa petite taille et son sens du camouflage font de lui un hôte presque invisible de nos prairies et de nos bocages.

Cette chouette est pourtant l’une de nos proches voisines, car elle dédaigne les grands bois pour des espaces plus  cultivés, où elle peut être certaine de repérer facilement ses proies. C’est qu’elle a grand appétit et qu’elle n’est pas difficile, la bougresse : batraciens, insectes, orvets, mulots, lézards et même lapins, poules d’eau ou noctules ! Personne n’est à l’abri ! Si en plus du couvert, vous pouvez lui procurer un gîte de luxe du type cavité dans un arbre mort, la chevêche viendra habiter sur vos terres pour le restant de ses jours. Et oui, car elle est casanière et très routinière…

Comme toujours chez la Hulotte, textes et illustrations sont des plus réjouissants et on apprend une foule de choses sur ce petit rapace bien attachant.

Dernière chose, en certains lieux la chevêche frôle l’extinction pour des raisons hélas évidentes et communes à tant d’autres espèces animales : destruction des haies, disparition des vieux arbres creux et épandage d’insecticides. En clair, les agriculteurs et leurs machines diaboliques sont responsables de la crise du logement que subissent les chouettes d’Athéna. Pensons à elle en plantant des arbres et en épargnant ceux qui sont encore debout !

photo : rapaces.lpo

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Zoothérapie de José Sarica

La zoothérapie est discipline dans laquelle des scientifiques utilisent le lien entre l’humain et l’animal comme outil thérapeutique, notamment dans la cadre de maladies mentales, mais pas seulement. On sait tous, en tout cas pour ceux qui ont des animaux de compagnie, à quel point la présence d’un animal peut être primordiale au quotidien. Que l’on cohabite, comme moi, avec des chats, des chevaux ou des poules, peu importe, leurs attitudes et comportements envers moi est toujours source de réconfort. Je pense qu’ils m’apportent bien plus que ce que je suis capable de leur offrir… J’étais donc curieuse d’en savoir un peu plus en la matière, et, comme l’auteur est-lui même zoothérapeute, je me suis dit que c’était l’ouvrage idéal.

C’est donc un récit qui retrace le parcours personnel de José Sarica et de son chien, Chico, véritable aide-infirmier, jalonné d’exemples et retours d’expériences, un enfant autiste, un adulte souffrant de dépression sévère, etc.

Son point de vue est plutôt intéressant, son parcours atypique aussi, je n’ai rien à redire sur la personnalité de ce zoothérapeute. Non, ce qui m’a interpellée, c’est l’utilisation des animaux pour aider des humains. Bien que José Sarica aime indéniablement son chien, il lui demande de faire parfois des choses que le chien n’aime pas, pour aider un patient. Par exemple, Chico n’aime pas l’eau, il lui faudra pourtant un jour aller se baigner en mer pour aider une gamine en difficulté. Ce n’est pas grand-chose, rien d’outrageant, mais une fois de plus, ce qui me dérange, c’est l’utilisation de l’animal, considéré comme outil thérapeutique. Je peux comprendre et admettre que des animaux de compagnie puissent tenir ce rôle, notamment chiens et chats, de par leur proximité avec l’homme. Et encore, il ne faut pas demander grand-chose à un chat, c’est toujours lui qui décide… En revanche, j’ai été plus que sceptique sur le programme axé autour des dauphins.

José Sarica s’est notamment formé au Québec, les nord-américains étant plus avancés que les français dans cette discipline. Or, au Canada et aux USA, des programmes utilisant la présence des dauphins en captivité sont développés notamment pour travailler sur l’autisme. Et là, je suis extrêmement réticente. J’ai déjà lu des articles et même hélas, écouté des amis de retour de vacances, évoquer ces lieux touristiques où des vacanciers peuvent, l’espace d’une journée, nager avec des dauphins. A les entendre, le dauphin aime ça puisqu’il « sourit », ne mord pas et entraine joyeusement le touriste cramponné à la nageoire caudale dans une petite ronde bien sympathique… Vous m’excuserez mais si on demandait son avis au dauphin, je parierai tout ce que vous voulez qu’il préférerait s’amuser avec ses compagnons au large…. Et bien la zoothérapie appliquée à des animaux sauvages captifs, qui a pour moi les mêmes conséquences puisque le dauphin est contraint, me gêne énormément.

Enfin, dernier point, l’auteur travaille dans un cadre sécurisant pour l’animal, avec des règles à respecter, et c’est tout à son honneur. Mais j’ai en mémoire quelques expériences tentées dans des prisons ou des instituts psychiatriques où des animaux, laissés sans surveillance, sont parfois maltraités par ceux à qui ils sont censés apporter du réconfort. Donc, l’animal domestique utilisé comme outil thérapeutique devrait être traité avec précaution et respect, une règle de base à ne jamais oublier.

Voilà, j’aurai au moins appris des choses sur la zoothérapie et notamment que la plupart d’entre nous sont des M. Jourdain en puissance, on fait de la zoothérapie avec nos animaux sans le savoir !

Merci à Babelio pour ce masse critique

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Patte-Blanche de Marie-Aude Murail

Je cherchais un titre de M.A. Murail pour l’un de mes neveux, adapté à son âge, et je tombe sur ce titre dont un loup est plus ou moins le héros. J’étais bien curieuse de savoir si l’auteure allait, comme tant d’autres, nous dépeindre un « grand méchant loup » et j’ai donc commencé ma lecture, assez sceptique.

Mais le fond comme la forme m’ont séduite. L’histoire commence conne un conte traditionnel, et on peut bien songer à quelques références célèbres chez Grimm ou Perrault entre autres. Mais ici, c’est le chasseur, grand tueur de loups, qui a le mauvais rôle. L’animal lui, est perçu comme une créature magique qui permet au méchant de l’histoire de dévoiler son abominable forfait. Sous l’apparence légère du conte, Marie-Aude Murail nous livre un récit bien sombre, qui traite du rejet d’un enfant, d’une séparation douloureuse (thème intéressant de la gémellité) et enfin de créatures soit-disant féroces, se montrant plus généreuses que le seigneur de cette courte histoire.

Autant d’enseignements à tirer pour l’enfant qui s’essaiera à lire seul, et un parfum de nostalgie, sans aucun doute, pour l’adulte qui aura la curiosité d’ouvrir ce livre bien sympathique.

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La Hulotte n° 104

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Encore un numéro passionnant du journal le plus lu dans les terriers ! Il est consacré à un drôle de poisson qui habite uniquement les rivières dont les eaux sont propres, rapides et fraîches. C’est qu’il un peu délicat voyez-vous. Et puis c’est un fan de cailloux. Le cours d’eau doit posséder des cailloux pour l’accueillir, c’est la condition sine qua non. Donc, pas de caillou, pas de chabot !

Bien que desservi par un physique disgracieux, on peut quand même dire que c’est un sacré papa poule (vous en trouverez beaucoup, vous, des pères qui gardent leurs enfants 24h/24 ?) doublé d’un musicien dans l’âme. Et oui, les poissons capables de donner des récitals de batterie aquatique ne courent pas les rivières, foi de chabot !

Des anecdotes comme celles-ci, vous pourrez en dénicher sans problème dans ce journal qui regorge de données passionnantes sur la vie et la biologie de ce poisson méconnu (de moi, en tout cas), le tout conté sur un mode humoristique irrésistible et complété avec de chouettes dessins.

Voilà, c’est toujours un réel plaisir d’apprendre la vie de la faune sauvage avec la Hulotte parce qu’on se cultive en rigolant. Franchement, que demander de plus ?

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Tout pour mon cheval d’Elise Rousseau

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Il existe un grand nombre de bouquins sur les chevaux, notamment des guides pour avoir son cheval à la maison et il est bien difficile de piocher le bon. Beaucoup de critères à soupeser : pertinence des informations, prix, conseils pratiques… ou non, bref, à moins de passer une heure en librairie à tout feuilleter, choisir le bon ouvrage est un peu compliqué.

Celui-ci m’a été prêté, c’est donc le hasard qui l’a fait échouer sur mes étagères. Mais le hasard fait bien les choses, c’est bien connu, et j’ai donc découvert une perle, un livre bourré de bonnes infos et plein d’humour.

Elise Rousseau connait son sujet, elle est propriétaire de deux Camargue, mais elle s’intéresse aussi à la biodiversité et aux autres animaux domestiques, dont les poules ! Un bon point pour elle !

Pourquoi donc ai-je choisi de lire ce livre ? Parce que je suis redevenue cavalière occasionnelle après avoir assidument fréquenté les centres équestres, et que plutôt que de monter, je préfère nettement m’occuper des chevaux de mes voisins pendant leur absence. Je pense donc connaître mon sujet mais dans le domaine des chevaux, il y a toujours des choses à apprendre. Toujours.  Je peux donc témoigner du sérieux d’Elise Rousseau. Elle aborde beaucoup de points importants et rappelle, à juste titre, qu’avoir un cheval chez soi c’est un engagement de 20 ou 30 ans, avec son lot de bonnes et mauvaises surprises. Cela ne doit pas se faire sur un coup de tête, oh non. Et puis, contrairement aux apparences, un cheval c’est fragile (vous n’avez pas idée à quel point…), c’est chronophage et souvent épuisant. Avoir un cheval c’est se transformer plus ou moins en gentleman farmer mais aussi en soigneur. C’est aller au pré faire sa ronde, été comme hiver, que vous soyez fatiguée ou non. C’est faire passer le cheval avant vous.

C’est aussi un budget, comme elle le souligne très bien, qui implique responsabilité et prévoyance.

Enfin, et c’est sans doute ce que j’ai le plus apprécié, avoir un cheval, c’est se donner la peine de bien connaître cet animal, et donc d’accepter de se remettre en question, et d’abandonner nombre d’idées reçues. L’intelligence du propos, toujours enrobé d’un humour bienvenu, sert la cause du cheval qui, faut-il encore et toujours le rappeler, n’est ni un moyen de déplacement, ni un jouet, ni un animal soumis aux caprices et à l’orgueil de son propriétaire.

Un ouvrage bien intéressant, que je recommanderai sans hésiter à tous ceux qui veulent franchir le pas.

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Une saison avec les loups de Catherine Missionnier

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Voici un roman destiné aux ados, paru chez Folio junior et qui a failli être un coup de coeur ! Quel plaisir de lire enfin des informations exactes sur la vie des loups savamment distillées dans une fiction destinée aux jeunes… C’est que j’en lis, des conneries, des clichés éculés et des contre-vérités sur les loups, et pas seulement en fantasy ou fantastique…

Dans cette histoire, qui se déroule dans le sud de notre pays, dans un département où le loup est revenu naturellement, le jeune Clément, qui vient de perdre sa mère dans un accident de voiture, choisit de lui rendre hommage en s’efforçant de poursuivre son travail. Car la maman était biologiste, spécialiste de canis lupus, et la petite famille s’était installée en Vésubie.
Le jeune garçon n’est pas complètement seul, il doit apprendre à cohabiter, non pas avec les prédateurs, mais avec son beau-père… éleveur de moutons !
Vous allez peut-être trouver les ficelles un peu grosses, mais cette astuce fonctionne très bien. D’abord, parce que dès le départ, Clément est du côté des loups et juge les moutons trop stupides pour qu’on s’y intéresse. Tout comme il n’a que mépris pour son beau-père. L’évolution de l’enfant n’en sera que plus intéressante.
La réalité, la dure réalité de la cohabitation, est très bien rendue. D’un côté des défenseurs du loup, qui veulent assurer un futur viable à l’animal, de l’autre les éleveurs et bergers farouchement opposés et n’hésitant pas à user de moyens plus que douteux pour semer la zizanie; Et au milieu, quelques bergers « modérés » et des professionnels du tourisme qui ne voient pas le loup d’un mauvais oeil mais qui sont pris en tenaille dans cette guerre absurde.

L’enfant, qui veut à tout prix protéger une petite meute menacée par les éleveurs et les chasseurs, va se découvrir une belle vocation et tordre le coup à quelques idées reçues.

Catherine Missionnier passe en revue, de manière impartiale, les arguments des uns et des autres. On ne peut occulter le fait que pour beaucoup de gens de la montagne, le loup est toujours le tueur du petit chaperon rouge, vieille croyance qui prêterait à sourire si des battues n’étaient pas organisées le plus souvent sous l’effet de l’excitation et de la violence des anti-prédateurs. Tout comme l’auteur excelle à dépeindre le travail d’un éleveur en montagne et les vie des troupeaux.

C’est l’un des points forts du récit à mes yeux, car alors le problème de la cohabitation avec le loup peut être considérée sous un autre angle. Et si, tout simplement, on laissait les espaces sauvages, certains milieux naturels et écosystèmes au loup et autres représentants de la faune sauvage ? Et si la place du mouton était en plaine, et pas du tout à la montagne (où il cause des dégâts, où la vie pour les animaux domestiques est difficile) ? Et si on cessait de vouloir à tout prix domestiquer la montagne, lui imposer cette biodiversité à visage humain ? A-t-on besoin de vouloir occuper, construire, modifier, aplanir, aseptiser le moindre coin de nature sauvage ?

Un excellent roman, à mettre entre toutes les mains, adultes compris, pour en savoir un peu plus sur la vie des loups français.

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Révolutions animales (collectif)

D’abord, mes excuses à l’éditeur pour le retard pris dans la rédaction de cette chronique. Ce n’était pas par manque d’intérêt, bien au contraire. On n’avale pas un peu plus de 550 pages d’un tel bouquin comme on lit une bd, c’est certain. J’ai appris certaines choses, redécouvert certains faits et événements et surtout énormément réfléchi à la portée de ces écrits, à ce qu’ils pouvaient impliquer dans ma vie.
Ce retard tombe à point nommé, car deux nouvelles toutes fraiches ont achevé de me convaincre du bien-fondé d’un tel ouvrage : la création en france du premier parti animaliste et un manifeste politique rassemblant 30 mesures en faveur de la cause animale a été présenté à la presse par les 26 associations qui sont à l’origine de sa création. La société est en train de changer (en témoigne la montée en puissance du véganisme) et je ne peux que m’en réjouir.

Mais revenons à ce livre, porté par Karine Lou Matignon et qui rassemble des textes fondateurs de personnalités aussi diverses que Jane Goodall, Fabrice Nicolino, Mathieu Ricard, Boris Cyrulnik ou encore Peter Singer pour ne citer que les plus connus (par le grand public en tout cas). Des auteurs issus de disciplines très différentes, aux cursus variés mais qui ont en commun la volonté de bousculer les idées reçues, de rappeler notre évidente filiation avec les animaux, d’apporter un autre éclairage à nos relations avec ces êtres dits inférieurs, et surtout de susciter interrogations, réflexions et remises en question.
Ce sont des textes qui ne dépassent pas dix pages pour la plupart, mais dont la richesse et la profondeur méritent une lecture lente et appliquée. C’est qu’on y aborde la condition animale dans tous ses aspects : historique, avec le rappel de l’utilisation des animaux notamment au cours des guerres, éthique, scientifique, morale, juridique.

Les animaux possèdent une intelligence et une sensibilité que personne ne peut plus nier (il faut s’attarder sur le texte consacré aux sèches et pieuvres, passionnant !) mais qu’il nous faut intégrer et admettre dans tous les actes de la vie quotidienne. Du cochon d’élevage à l’abeille en passant par les grands singes, la chèvre ou l’éléphant, chaque animal mérite que l’on respecte son intégrité. Qu’on le traite avec dignité. Rien que d’y songer, d’en faire accepter l’idée, c’est déjà un exploit !

Or, la grande force de cet ouvrage c’est d’abord de ne pas être hermétique, d’être accessible à un lecteur même peu familiarisé avec ces données scientifiques, c’est aussi d’avoir réussi ce beau mélange entre des disciplines différentes, et de retracer l’histoire de nos relations avec les animaux, dans le temps bien sûr, mais aussi par le prisme des religions, et à travers d’autres cultures. On nous rappelle l’origine des premiers zoos, des jeux du cirque, on comprend mieux comment la négation de la sensibilité de l’animal a pu conduire à l’élevage intensif, aux expérimentations scientifiques et médicales, la chasse et le braconnage, etc. Si la plupart des textes constituent des sources d’informations scientifiques, des bases de réflexion (parfois percutantes dans leur brutale révélation), d’autres rappellent à notre mauvaise conscience l’ampleur de ce « génocide » animal, qui sacrifie des milliards d’être vivants.

Alors, pour échapper à cette vérité cauchemardesque, on se raccroche à ces mots, ces nouvelles idées qui nous dévoilent un autre monde, forcément meilleur, où, sur le fondement des principes moraux, éthiques, scientifiques et philosophiques, nous traiterions les animaux comme ils le méritent, comme des créatures intelligentes et sensibles, et guère différentes de nous dans le fond. Et ça, c’est un bouleversement culturel complet, une révolution comme, peut-être, cela a dû être la cas, il y a bien longtemps, lorsque l’esclavage a été aboli et que les femmes ont eu le droit de vote.

Pour souligner, et j’en terminerai sur ce constat, ce qui me parait une évidence, je partage totalement les conclusions de deux contributeurs en particulier : Mathieu Ricard et Shelby Elaine McDonald : nous ne pourrons jamais espérer devenir meilleurs, cesser les guerres et les injustices, si nous ne sommes pas capables de faire preuve de compassion pour les animaux. De l’animal domestique à l’animal sauvage, tous sont nos compagnons et nos partenaires, depuis le début de l’histoire de l’humanité. Et il n’est plus possible de poursuivre cette exploitation insensée du monde animal. Si cela pouvait cesser, d’autres perspectives se dessineraient, et parmi elles, un changement dans nos comportements entre êtres humains. J’espère sincèrement que ce bel ouvrage agrémenté de magnifiques photos, permettra une prise de conscience durable.

PS : Je reprends ici ce petit texte de Luce lapin qui résume admirablement ce que nous faisons des bêtes…

Exploités, maltraités, gavés, broyés, harponnés, consommés, expérimentés, toréés, chassés, pêchés, piégés, électrocutés pour leur fourrure, emprisonnés dans les cirques, enfermés dans les zoos, les delphinariums, abandonnés, humiliés, méprisés… NIÉS. À poil, à plume ou à écaille.

Les animaux. La dernière des minorités.

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Animals de Ceriwen Dovey

004459511D’abord merci à Babelio pour ce masse critique qui m’a permis de découvrir un recueil plutôt original. En même temps, je ne prenais pas beaucoup de risques en choisissant un livre dans la thématique « histoires d’animaux ». Un recueil de nouvelles qui met en scène, à chaque fois, un animal dans un contexte particulier, au gré de différentes époques. On débute ainsi avec un chameau, en Australie, en 1892,et on finit avec un perroquet en 2006, au Liban. Entre les deux, le lecteur apprendra à connaître les destins d’une chatte, d’un chien, d’un dauphin, d’un ours, d’un primate, d’éléphants ou encore d’une tortue et même d’une moule ! Chaque récit est vécu de l’intérieur, par l’animal qui raconte les circonstances de sa mort. C’est en effet la première originalité de ces récits. On sait que chacun des animaux est mort, donc, ce qui nous est dévoilé, ce sont les circonstances. Seconde originalité, toutes ces malheureuses âmes sont des victimes collatérales de la guerre des hommes. Seconde guerre mondiale, guerre civile, conflit ethnique… les bêtes, utilisées, asservies, oubliées ont été sacrifiées au nom de l’intérêt humain et d’une guerre qui ne concerne pourtant pas le monde animal. Mais chaque histoire révèle la lâcheté de l’homme, sa cruauté, son indifférence, son égoïsme, et pas seulement à l’égard de ses semblables. Mine de rien, le lecteur est amené à réfléchir pas uniquement sur l’absurdité de la guerre (c’est quand même un peu bateau) mais sur une question morale : au nom de quel grand principe faisons-nous des animaux des instruments de guerre ?
Enfin, aux lecteurs qui se sentiraient d’avance blasés ou rebutés par ces témoignages teintés d’anthropophormisme, le plus souvent déprimants, poignants et accablants, je soulignerai la troisième originalité de ce recueil : c’est un hommage – réussi – à une poignée d’écrivains, que l’on aura plaisir à deviner ou retrouver au fil des pages. Colette, Kerouac, Orwell et d’autres.
Au final, une jolie surprise, dans une traduction que j’ai eu plaisir à lire, et que je recommande sans hésiter.

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Le chant de la grande rivière de Tom Moorhouse

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Je remets à l’honneur ce bon roman jeunesse.

Vous voulez connaître la vie passionnante des campagnols (si, elle est passionnante !) ? Ce très chouette roman jeunesse est fait pour vous.

On suit les aventures, pleines de dangers, de la famille de Sylvan. C’est un jeune campagnol qui vit près de la rivière Sinéthis, celle qui les protège et dont le chant rythme leur vie. Après la mort de la maman (ce n’est pas un scoop, elle survient très rapidement), la fratrie va devoir se débrouiller et subir bien des épreuves. Chacun des frères et soeurs a une personnalité attachante, il y a ceux et celles qui rêvent de voir le monde, celui qui préfère rester au chaud dans le terrier, le méfiant et le téméraire.

Les dangers sont nombreux, les prédateurs guettent, le renard, la loutre, le vison. parfois, on se fait de drôles d’amis, comme les rats.

On apprend avec étonnement que les femelles sont les plus agressives et les plus territoriales, et toute une foule de choses sur cet écosystème familier, la rivière et ses berges. Le texte est drôle, poétique, émouvant. Après cette lecture, vous ne regarderez plus les campagnols de la même façon ! C’est le point fort de ce roman d’ailleurs qui fait d’une petite bête méconnue du grand public, certainement classée comme vulgaire rongeur qui pourrait s’en prendre au potager, en un animal digne d’intérêt.

Il faut préciser que l’auteur,Tom Moorhouse « vit à Oxford, en Angleterre, où il travaille au département zoologique de l’université. En 2013, sa thèse portait sur… les campagnols. Il a également mené à bien un projet de réintroduction de cette espèce menacée. Le Chant de la Grande Rivière est son premier roman, qui sera suivi d’un deuxième tome. »

Le format de ce livre est très agréable et l’illustration de couverture me plait infiniment. Il est labellisé « imprimvert » et s’insère dans la collection fiction nature.

Bref, je recommande chaudement.

Merci aux éditions Helium pour cet envoi.

Traduit par Michelle Nikly.

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L’Allier, rivière à plumes de Fabrice Cahez

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J’ai la chance d’habiter entre Loire et Allier et d’aller pouvoir me promener aussi souvent que je le veux sur les rives de ce fleuve et de cette rivière. Ce sont des lieux sauvages encore, des écosystèmes auxquels je suis très attachée. Je photographie moi aussi, pour mon plaisir et pour me souvenir, mais essentiellement des paysages. Je ne suis hélas pas équipée pour photographier des animaux.  Alors, quand je suis tombée sur l’ouvrage de Fabrice Cahez, vous pensez bien que je me suis empressée de l’acheter. J’ouvre une parenthèse à ce propos : je l’ai acheté sur le site des éditions Biotope qui sont en train de ressembler de plus en plus à Delachaux. Un catalogue de qualité, vraiment. Fermeture de la parenthèse.

Dès les premières pages, c’est magique, on se croirait au bord de la rivière. Fabrice Cahez raconte, avec beaucoup de poésie, sa rencontre avec l’Allier (il la tutoie), la façon dont elle l’a séduite, par ses lumières et ses couleurs, par ses caprices et ses humeurs. Une rivière changeante, paisible et redoutable à la fois, qui accueille une bien belle faune et surtout la gente ailée.

J’y ai retrouvé de vieilles connaissances, que je revoie tous les ans, la sterne pierregarin, la grue et le héron, le cormoran, le martin-pêcheur, l’aigrette garzette. Je me souviens d’être restée bouche bée le jour où j’ai vu mon premier héron bihoreau.  Je sais aussi où trouver les guêpiers, ces magnifiques oiseaux multicolores.

Mais le photographe a saisi aussi des hôtes plus familiers, les chevreuils traversant à la nage une boire, une famille de ragondins, l’agrion et le lapin, et même messire renard, celui-là qui pullule parait-il et que j’ai pourtant bien du mal à observer.

Les photos de Fabrice sont de toute beauté, une ode à la grâce fragile de la faune sauvage. C’est une invitation à ouvrir son coeur et à aimer la nature. A ne pas rater.

« Me voici reparti en Laponie. Sur les traces merveilleuses de Nils Holgersson. Les oies sauvages sont devant moi. Des oies cendrées, des exilées, avec leur derrière rembourré et leur poitrine bombée. Smire, le renard, ne doit pas être loin. je me fais tout petit, comme Nils, pour leur monter sur le dos. Mon affût n’est plus qu’un tapis de neige, qui s’envole dans un rêve. Un rêve de plumes douillettes qui me bercent dans les airs. Mais les oies ont l’humeur aussi vagabonde que les pensées. L’endroit ne leur plaisait sûrement pas. Elles repartent sur l’eau, comme elles étaient venues. Et je redescends sur terre. Là-bas, sur la rivière à plumes, un tout petit bonhomme, à califourchon sur un jars, me fait un signe de la main.

Photo de Fabrice Cahez, source : le club biotope

Photo de Fabrice Cahez, source : le club biotope

 

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