L’Ouest américain

Tous les démons sont ici de Craig Johnson

Septième volume des aventures du shérif Longmire, et certainement l’un des plus sombres. En tout cas, il tranche singulièrement avec le précédent. Je vous épargnerai le résumé, ce serait dommage, mais sachez que vous allez avoir très, très froid, et quand même un peu peur aussi. La faute à un psychopathe qui sème la terreur lors d’une mortelle randonnée en montagne. Le blanc de la neige, symbole de la pureté, opposé à la noirceur des âmes… Dès les premières pages, on sent que Walt Longmire va en baver. L’atmosphère étrange qui règne lors de ce transfert de prisonniers est promesse de lourdes menaces et de danger mortel. Et ce bon vieux Longmire (mais quelle mouche le pique ?) s’engage tête baissée dans cette course-poursuite éprouvante au cours de laquelle chacun fera face à ses démons; Walt bien sûr, le tueur mais aussi un allié inattendu en la personne du géant taciturne, déjà croisé dans une autre enquête : Virgil.

L’intrigue est donc recentrée sur très peu de personnages, et n’eût été le cadre sauvage et grandiose, on aurait presque pu parler de huis-clos ! Si j’ai regretté la quasi-absence de Henry et de Saizarbitoria, j’ai apprécié que Craig Johnson étoffe un personnage qui risque fort de faire partie de mes préférés à l’avenir, Omar Rhoades dont le bon sens et le sang-froid m’ont bien plu. Enfin, last but not least, j’aurais été débarrassée le temps d’une enquête de l’horripilante Vic, et c’est sans doute la raison pour laquelle Tous les démons sont ici a ma préférence !

Je ne cacherai donc pas un coup de coeur pour ce roman, pour de multiples raisons. D’abord, c’est une ode magnifique à la nature, intransigeante et cruelle dans son indifférence. La montagne, le puma croisé près des chalets, sont des composantes essentielles de cette traque qui s’apparente à une quête. La mythologie indienne (cheyenne et crow) presque trop rapidement évoquée à mon goût permet de saisir les enjeux de la tragédie, laquelle est habilement soulignée par la lecture de Longmire de la Divine comédie de Dante. Enfin, la dimension spirituelle, l’acceptation du surnaturel sont la petite touche mélancolique du roman. J’ai dit que vous alliez avoir froid et peur, et peut-être vous sentirez-vous tristes aussi. Un drôle de polar en somme.

La vie est comme ça. (Il passa quelques pages ramollies.) On collectionne des choses à mesure qu’on avance — des choses dont on pense qu’elles sont importantes —, et bientôt elles vous pèsent jusqu’à ce qu’on se rende compte que ces choses auxquelles on tenait ne signifient rien du tout. Notre nature est ainsi faite. (Il grogna.) Et c’est tout ce qui nous reste, finalement.

Un autre avis chez Keisha, et bien sûr, sur Babelio.

 

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Craig Johnson, la saga Longmire tomes 5 et 6

Il faut croire que je suis plus accro que je n’ai bien voulu l’admettre dans un précédent billet car j’ai dévoré dans la foulée, Molosses et Dark horse, deux autres titres disponibles en poche, ayant toujours pour héros le shérif Walt Longmire. Cette fois, les animaux sont à l’honneur, des chiens et des chevaux, eux aussi en quelque sorte victimes collatérales des hommes.

Dans Molosses, Longmire trouve un doigt humain à la déchetterie locale qui va le conduire à démêler une drôle d’embrouille. Entre préoccupations familiales (sa fille Cady est sur le point de se marier) et casse-tête amoureux (son insupportable adjointe cherche rageusement à ferrer sa prise), Longmire doit non seulement boucler son enquête mais aussi gérer le mal-être du Basque qui ne s’est pas vraiment remis de son agression. Au milieu de tout ça, on croise une galerie de personnages plus ou moins déjantés (c’est fou le nombre d’originaux qui peuplent ce comté ! ) sur lesquels Henry Stand Bear, comme d’habitude, promène son regard acéré de philosophe.

« Quelle est la situation qui coïncide avec le commencement de ces symptômes ?
– Probablement le Combat des guerriers invisibles, en octobre.
– Le Combat des guerriers invisibles ?
– Ouaip, ou alors, c’est quand je me suis fait piétiner par un cheval, cisailler les jambes par un Vietnamien, écrasé par un Indien de 2,10 m, ou quand je suis tombé du pare-chocs arrière d’une voiture à Philadelphie, ou que je me suis battu avec un camé, ou que j’ai été bouffé par le gel dans la montagne. (Il poursuivit son examen, le visage inquiet.) Cette dernière année a été assez chargée, comme ne cesse de me le rappeler Isaac Bloomfield. »

Ce tome est dans doute le plus léger de la saga, au contraire de Dark Horse que j’ai beaucoup aimé mais qui m’a causé quelques sueurs froides… un suspecte qui veut se laisser mourir de faim, des chevaux brûlés vif dans un incendie, et une petite bourgade peu accueillante où se côtoient à nouveau de drôles de personnages. Le contraste est toujours aussi saisissant, car au décor naturel grandiose du Wyoming que Johnson se plait toujours à magnifier entre deux cadavres, se heurte toujours les crapules les plus veules et les morts sordides. Le shérif s’en prend plein la tronche (une mémorable scène de combat dans un bar…) et même le FBI est sur le coup, signe que cette fois, l’enquête peut échapper à tout contrôle. Nulle impression de répétition avec ces deux nouvelles enquêtes, Johnson poursuit son bonhomme de chemin en piochant allègrement dans tous les cas de figure possibles et imaginables.

Un 7ème tome est sorti il y a quelques jours, je serai de retour pour une nouvelle chronique.

« – Vous avez travaillé longtemps pour les Barsad ?
Il soupira.
– A peu près les quatre plus longues années d’ma vie. (Il tendit la main et caressa l’épaisse fourrure du chien.) Il aimait pas les animaux, et j’me méfie des gens qu’aiment pas les animaux. Et j’vais vous dire, les animaux sont les meilleures gens que je connaisse. »
(Hershel à propos de Wade Barsad)

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Craig Johnson, la saga Longmire 1 à 4

Et voilà, j’ai enfin fait connaissance avec le shérif Walt Longmire, le plus célèbre représentant de la loi du comté d’Absaroka dans le Wyoming. Ah, le Wyoming, ses grands espaces et ses rivières limpides, ses citoyens cheyennes et ses crimes crapuleux…. Ce n’est pas parce que c’est un polar mâtiné de nature writing que les enquêtes sont gentillettes. Little bird nous conte l’histoire d’une vengeance, celle qui s’exerce sur les quatre auteurs d’un viol collectif, d’autant plus immonde (si tant est qu’on puisse parler de graduation dans les cas de viol !) qu’il a été commis sur une jeune indienne qualifié d’un peu « simplette ».

J’avoue que dès les premières pages, je n’ai pas été plus enthousiaste que ça. Cette sordide enquête m’en rappelait d’autres (hello, Larry Watson…) et cet air de déjà-lu ne me  disait rien qui vaille, et puis Longmire lui-même me laissait dubitative : je me figurais bien ce grand type un peu lent, cinquantenaire et veuf, à la mélancolie un peu irritante, perpétuellement entouré de femmes protectrices, lui-même ayant une tendance assez marquée à tomber un peu amoureux de chaque créature féminine croisée, quel que soit leur âge… Fort heureusement, Walt a aussi de très bons côtés qui font oublier ses petits défauts : son sens de la justice, son affection pour le peuple Cheyenne, sa compassion pour les animaux. Et puis il est flanqué d’un meilleur ami que je considère comme étant peut-être le véritable héros de la saga Longmire : Henry Standing Bear, patron de bar et philosophe, costaud au coeur tendre et admirable observateur de la nature humaine.

M’étant accoutumée à ce drôle de shérif au fil des pages, j’ai donc enchaîné avec les romans disponibles en poche, d’abord Le camp des morts, suite directe de Little bird, où il est question de querelle autour d’un testament et de vie de femme battue (ben là aussi, c’est pas gai…) puis L’indien blanc où Longmire quitte, une fois n’est pas coutume, son cher Wyoming, pour Philadelphie, haut lieu du crime où travaille sa fille Cady, pour revenir enfin chez les cow-boys avec Enfants de poussière où le shérif va se retrouver confronté à son passé d’enquêteur dans les Marines durant la guerre du Vietnam. L’occasion pour le lecteur de découvrir un pan du trafic lié à la prostitution de jeunes vietnamiennes et de croiser un personnage digne d’intérêt, Virgil White Buffalo. Que du réjouissant…

Evidemment, au bout de quatre romans, on peut dire que Longmire est devenu un ami (malgré une fâcheuse tendance à se regarder dans la glace et s’amouracher su premier jupon croisé). Et pas que lui. Outre Henry (mais comment ne pas être admirative de ce gars, franchement ? ), j’avoue un faible marqué pour l’irascible Lucian Connaly, le mentor de Longmire, qui malgré son âge, est toujours capable de tirer plus vite que son ombre. A eux trois, les enquêtes sont résolues en un tour de main. Certains autres personnages m’intéressent moins, et notamment l’insupportable adjointe, Vic, qui jure comme un charretier, tandis que d’autres gagnent à être développés comme la dernière recrue, Santiago. Il y a donc matière à exploiter plein d’autres pistes dans les prochains romans.

La grande force de Johnson, outre cette écriture efficace et son rythme lancinant, c’est cette parfaite connaissance de la vie dans les petites bourgades (et pour cause, l’auteur vit dans le Wyoming), cette admiration non feinte pour la nation Indienne et sa spiritualité, qui me touche tout spécialement et son indulgence sans bornes pour les femmes qui ont toujours le beau rôle dans les enquêtes. Si l’on ajoute son affection pour les bêtes (de beaux passages consacrés en particulier aux chevaux et aux chiens), je dirais que tous les ingrédients sont réunis pour en faire une série plus qu’attachante.

A noter que le premier récit que j’ai lu de Johnson était une nouvelle gratuite, proposée en téléchargement par Gallmeister : un vieux truc indien, j’avais adoré !

Une série a été adaptée des Longmire, je ne sais pas du tout ce que ça vaut…

Plein d’autres avis sur babelio lecture/Ecriture et Keisha.

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Toute la lumière que nous ne pouvons voir d’Anthony Doerr

DAPHNE REBECCA

J’ai terminé l’année 2016 par un coup de coeur en catégorie « romans ». Prix Pulitzer 2015, ce qui est la cerise sur le gâteau.

L’auteur s’est aventuré sur un de mes terrains familiers, la seconde guerre mondiale, cadre historique qui continue d’inspirer un grand nombre d’écrivains. Difficile parfois de trouver un angle original ou de  raconter cette guerre de manière différente, pourtant Anthony Doerr y parvient avec grâce et sensibilité. Ses deux héros dont les trajectoires parallèles finiront par se croiser, sont inhabituels : côté français, Marie-Laure, une jeune aveugle dont le père travaille au Muséum d’Histoire Naturelle à Paris comme serrurier-chef et côté allemand, Werner, un jeune spécialiste des transmissions électromagnétiques, miraculeusement soustrait à un destin tout tracé de mineur à Essen, car repéré par les grands pontes du parti nazi.

Et comme le destin – encore lui –  est souvent farceur et capricieux, ces deux-là se rencontreront grâce  à un diamant maudit et des enregistrements à la radio, voix salvatrices dans la nuit et l’ignorance, qui apporteront un peu de lumière à Werner, que l’on veut aveugler à tout prix dans son école d’élite et Marie-Laure, perdue dans ses ténèbres et celles de la cité de Saint-Malo qu’elle s’efforce d’apprivoiser. Deux solitudes qui se télescopent au moment le plus tragique de la histoire de la cité malouine.

Le roman alterne les moments de grâce et de joie et les drames avec beaucoup de justesse et de sobriété, Werner et Marie-Laure croisent ou côtoient une galerie de personnages secondaires tour à tour touchants ou inquiétants et si on est parfois tenté de verser une petite larme, le récit ne sombre jamais dans le tragique ou la mièvrerie.

 

J’ai été énormément  touchée par ce roman, pas manichéen pour un sou, qui était en gestation depuis 10 ans environ ! L’auteur, semblable à Charles Frazier qui a mis à peu près autant de temps à accoucher de Cold Mountain, vient de l’Idaho et fait donc partie de ces fameux écrivains de l’Ouest américain que j’affectionne tant. Aux dernières nouvelles, le roman, après avoir été traduit dans de nombreuses langues, ferait l’objet d’une adaptation ciné. Je souhaite en tout cas que Jonathan Doerr n’attende pas 10 ans de plus pour publier son prochain livre.

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Lettres pour le monde sauvage de Wallace Stegner

0916-cover-bluebird-54fd5a7d258b1C’est un drôle de recueil qui m’a laissée dubitative, incertaine quant aux sentiments que j’ai pu éprouver à cette lecture. Wallace Stegner est un très grand écrivain américain, dépassant allègrement son statut d’écrivain de l’Ouest, dont il était l’un des chefs de file. C’est pour cette raison que j’ai choisi ce livre lors du dernier masse critique (merci à Babelio et à l’éditeur pour cet envoi). Le fait qu’il était classé en Nature Writing par Gallmeister fut évidemment déterminant.
Première surprise en ouvrant ce recueil de lettres, il débute par une missive adressée à sa mère décédée. Un texte très beau et émouvant pour un portrait de femme attachant. Puis ce sont des textes disparates, souvenirs de jeunesse dans cet Ouest qui l’a façonné et qu’il évoque avec beaucoup de nostalgie. Portrait en filigrane d’une famille typique de l’Ouest, parcourant sans cesse un immense territoire au gré des déménagements incessants. Cette géographie mouvante est une composante de l’homme de l’Ouest, ce déracinement fait partie intégrante de sa personnalité comme la qualité des paysages et cet air « cristallin » qu’on peinte à retrouver ailleurs. Mais Stegner n’est pas dupe. L’homme de l’Ouest a aussi contribué à détruire cette nature qu’il chérit tant. L’écrivain énonce les fautes, les erreurs, les comportements imbéciles et cette sacro-sainte liberté individuelle qui conduisent à s’approprier, exploiter puis défigurer la nature sauvage.

Une pointe de déception a surgi au fil de ma lecture. Ce n’est pas du Nature Writing tel que je le définis (oui, je sais, je suis pointilleuse…), je m’attendais donc à autre chose. Ces souvenirs de famille, ces évocations d’un monde agricole plus ou moins disparu ne m’ont pas foncièrement déplu, ils auraient trouvé leur place dans un recueil de nouvelles, mais puisque le tout était étiqueté Nature Writing, j’attendais des considérations sur la nature, des descriptions, un constat sur ce qu’il reste de l’Ouest américain. Cela finit par venir, un peu tard à mon goût.

En effet, quelques textes sont de réelles pépites, comme Au jardin d’Eden, Les bienfaits du monde sauvage et la dernière lettre, Coda : lettre pour le monde sauvage. Là, j’ai trouvé ma récompense.

D’évidence, je suis du côté du jardin. Tout aussi évidemment, je pense que la lutte entre jardin et machine continuera jusqu’à ce que l’espèce développe soit des ailes soit des cornes. Mais je suis convaincu que les habitants du jardin  tiendront bon s’ils parviennent  à préserver les éléments du monde naturel par lesquels nous pouvons sauver une part de nous-mêmes. Nous sentons déjà les conséquences de la voie inverse dans les problèmes de santé, l’enlaidissement progressif  et le déclin de notre santé mentale et de notre joie de vivre. Nous commençons à éprouver des pénuries et à comprendre la sagesse de la conservation et la folie des assauts irréfléchis sur notre terre.

 

Un avis bien plus enthousiaste chez Keisha.

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Dan O’Brien et ses bisons

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Avec « Les bisons de Broken Heart », Dan O’Brien nous conte un tournant de sa vie, lorsqu’il a décidé de renoncer définitivement à l’élevage de vaches pour se consacrer à celui du bison. Ce choix fut dicté aussi bien par des considérations financières (il faut être fou pour élever des vaches dans le Dakota) qu’écologiques. Les Grandes Plaines qui formaient l’un des plus beaux écosystèmes d’Amérique ont été presque en totalité défigurées par l’élevage et dont les prairies sont devenues stériles.

Dans ce journal de bord, l’écrivain nous fait part de son découragement, puis de sa volonté de changer les choses en restaurant l’écologie de la prairie et en optant pour le retour du bison. C’est un texte nourri des réflexions personnelles d’O’Brien, de ses expériences, de son apprentissage en tant qu’éleveur de bison. C’est aussi une introduction, quoique sommaire, sur l’écologie de la grande prairie. On se prend rêver, tout comme l’auteur, au retour de ces fantastiques animaux qui incarnent si bien la grande faune nord-américaine au même titre que le grizzly ou le puma.

Avec simplicité, Dan O’Bien sait expliquer comment le surpâturage des vaches et des moutons conduit à l’appauvrissement de tout un écosystème alors que les bisons dont le mode de fonctionnement est totalement différent de celui des bovins domestiques, permet au contraire la régénération de l’herbe, l’apparition d’un certain type de végétation favorable à la faune sauvage et aux oiseaux.

Je dois avouer que j’ai en effet ressenti une très légère pointe de déception à la lecture.
C’est ce dernier point qui m’intéressait le plus, et qui est malheureusement survolé. J’ai néanmoins noté dans mes prochains achats, Grassland de Richard Manning qui me parait très instructif. J’aurai aimé davantage de poésie dans les descriptions, mais cela n’enlève rien aux qualités de ce livre.
Les efforts de Dan O’Brien ne peuvent être que salués, évidemment, surtout lorsqu’on examine le modèle agricole américain. Il faut du courage pour sortir du cadre imposé… Cependant, je n’ai pu m’empêcher de m’attrister un peu. Car les bisons du ranch sont destinés à la consommation. Une viande plus saine, un mode de production plus écolo, de quoi séduire une nouvelle niche de consommateurs et rentabiliser le retour de l’animal. Dan O’Brien en profite pour dévoiler un peu les coulisses de l’élevage intensif du bison (et oui, ça existe !!) : pas reluisant.

Ainsi, pour sauvegarder un milieu ou une espèce, il nous faut à tout prix en retirer un bénéfice économique. Vision réaliste (ou étriquée ?) de l’écologie, mais si triste…

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Dans « Wild Idea », Dan O’Brien poursuit son récit autour de son élevage de bisons. Il s’est installé avec sa famille dans le Dakota du sud, (non loin des Black Hills et des Badlands, tout un symbole…), au Cheyenne ranch river, et tente tant bien que mal de faire prospérer sa petite entreprise, la Wild idea Buffalo, en commercialisant sa viande de bison authentique et bio.

C’est un récit qui hésite entre plusieurs genres, et c’est certainement sa seule faiblesse. C’est à la fois une chronique familiale, digne de l’école du Montana, mais aussi l’histoire passionnante d’un rancher écolo qui veut redonner vie à la grande prairie grâce, et pour, les bisons. Enfin, une bonne partie du livre est consacrée à la vie de l’entreprise, les échecs, les investissements, la marge de progression, etc.

Toutes ses anecdotes personnelles ne m’ont pas passionnée, mais sa vie de famille m’a touchée, et les détails sur la commercialisation de la viande de bison me sont un peu passées au-dessus de la tête !

Et pourtant, le récit de O’Brien est exemplaire et très attachant. Son amour et son respect pour la Prairie et les bisons transpirent à chaque ligne. Toute son son entreprise est bâtie autour du respect. Respect de cet écosystème fabuleux, car il faut préserver les herbes indigènes. Respect des bisons qui sont moissonnés, c’est à dire abattus au fusil par un tireur d’élite, sur place, et en présence d’un inspecteur de la Direction des Services Vétérinaires, enfin son équivalent aux USA. Respect enfin de la tradition et de l’histoire de ce pays. Associer les Sioux dans cette affaire, et faire bénir (par des chants et de la fumée de sauge) chaque abattage en dit long sur la personnalité de l’auteur. Il y a là une belle revanche si on songe, comme lui, aux événement tragiques de Wounded Knee, aux prédictions  des participants aux ghost dances.

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Alors malgré quelques faiblesses et lacunes (toujours pas de chapitre consacré à l’écologie pure de la Prairie, à mon grand regret), j’ai pris beaucoup de plaisir à lire le livre d’un homme qui fait ce qu’il peut pour changer les choses, réparer les erreurs, restaurer un milieu naturel menacé et surtout qui est capable de vivre en harmonie, non seulement avec ses semblables, mais avec toutes les créatures qui peuplent ses terres. Un bel exemple à suivre, et un projet enthousiasmant qui mériterait d’être soutenu, encouragé et copié partout aux Etats-Unis.

 

Un autre avis chez Keisha.

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Essai sur le paysage américain de Thomas Cole

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D’abord un grand merci au traducteur, Lauric Guillaud, qui m’a permis de prendre connaissance de ce très beau texte (et donc de sa belle traduction), l’édition de Michel Houdiard étant en effet actuellement épuisée et indisponible.

Thomas Cole faisait partie de cette fameuse école de peinture, The Hudson River School, principalement composée de paysagistes. Cole n’est pas le premier peintre qui m’a séduite, j’ai entendu parler de ce mouvement artistique en faisant des recherches sur Albert Bierstadt, dont le tableau « Among the sierra nevada mountains » m’avait scotchée. Je garde une petite préférence pour lui d’ailleurs, mais j’ai découvert le travail des autres membres, notamment Frederic Edwin Church, Asher Brown Durand et bien sûr Thomas Cole.

Ne cherchez pas l’élément humain dans leurs paysages, ces peintres du XIXème siècle pensaient que la Nature était la manifestation de la puissance divine et s’appliquaient donc à retranscrire les paysages encore vierges des États-Unis, dans leur pureté originelle.

En 1825, il s’installe dans les Catskills, état de New-York, et qui deviendra sa source d’inspiration. Petite référence littéraire, Cole a « illustré » un passage du Dernier des Mohicans de James Fenimore Cooper.

Scene from "The Last of the Mohicans,"  explorethomascole.org

Scene from « The Last of the Mohicans, »
explorethomascole.org

Mais Thomas Cole ne se contentait pas de peindre. Il écrivait, et notamment cet essai sur le paysage américain qui lui tenait à coeur.

Même s’il admirait les paysages européens, et notamment ceux chargés d’Histoire, ceux de son pays, vierges de présence humaine ou presque, grandioses, immenses et sauvages, recélaient également à ses yeux, leur part de pittoresque. Cole fut d’abord un peintre du Romantisme. Avec lui, et c’est ce qui est intéressant pour son époque, la nature, ce fameux Wild chanté ensuite par des écrivains comme London, cesse de faire peur. Le sauvage devient sublime et permet de se rapprocher de Dieu.

Et Thomas Cole se désole de la voracité de ses contemporains que le paysage ne semble pas toucher. Lui qui défend aussi bien la forêt que les fleuves, les cascades qui l’enchantent, tout comme les somptueux couchers de soleil sur des monts majestueux, ne se résigne pas à la destruction de certains lieux.

The Oxbow 1836

The Oxbow 1836

J’avais envisagé de décrire plusieurs régions, remarquables de pittoresque, et authentiquement américaines ; mais je crains d’abuser de votre temps et de votre patience. Toutefois, je ne peux m’empêcher de déplorer que la beauté de ces paysages s’éteint rapidement _les ravages de la hache sont visibles de jour en jour _les paysages les plus nobles sont dévastés, et souvent avec une gratuité et une barbarie indignes d’une nation civilisée . Le bord des routes n’est plus ombragé, et une prochaine génération contemplera des sites, aujourd’hui splendides, profanés par ce qu’on appelle le progrès ; lequel, jusqu’ici, détruit la beauté de la Nature sans pour autant la remplacer par celle de l’Art . C’est un regret, plutôt qu’une doléance ; telle est la route que doit emprunter la société ; elle peut mener finalement au raffinement, mais le voyageur qui aperçoit enfin l’auberge déteste la route qui possède tant d’inutiles virages .
Je ne sais que trop bien que les forêts doivent être abattues pour le combustible et le labour, et que des routes et des canaux doivent être construits, mais je soutiens que la beauté devrait représenter quelque valeur chez nous ; que là où il n’est pas indispensable de détruire un arbre ou un bosquet, la main du bûcheron devrait être réfrénée, et que même la perspective, qui, hélas, ne nous tourmente que trop, de gagner quelques misérables dollars, devrait être tenue pour nulle en comparaison du plaisir pur et durable que nous éprouvons, ou que nous devrions éprouver, à contempler les objets qui participent des plus belles créations du Tout-Puissant. Parmi les habitants de ce village, il doit être bien obtus, celui qui n’a pas observé, ces dix dernières années, la dévastation progressive de la beauté des environs ; au fil des années, les bosquets qui ornaient les rives de la Catskill ont dépéri ; mais, en une seule année, encore plus fatale que les autres, la totalité de ce noble bosquet, situé près du moulin de Van Vechten, par lequel serpentait la dénommée Snake Road, ainsi que le vieux bosquet de cèdres qui recelait le cimetière indien, furent abattus.

Alors, n’est-ce pas un manifeste, un plaidoyer pour l’écologie ?  Thomas Cole (1801-1848) marchait sur les traces de William Gilpin (1724-1804) mais en affirmant ses propres préceptes, annonçait John Muir (1838-1914) dont le combat sera plus militant. Mais tous ces hommes appartenaient à un même courant qui tendait au respect de la nature, qui revendiquait un même besoin de laisser la nature sauvage et indomptée pour mieux nourrir l’imaginaire et la spiritualité.

Je terminerai mon billet avec un poème d’un ami de Thomas Cole, à (re)découvrir, lui aussi.

 

Sonnet to an American Painter Departing for Europe
by William Cullen Bryant
Thine eyes shall see the light of distant skies:
Yet, Cole! thy heart shall bear to Europe’s strand
A living image of thy native land,
Such as on thy own glorious canvass lies.
Lone lakes–savannahs where the bison roves–
Rocks rich with summer garlands–solemn streams–
Skies, where the desert eagle wheels and screams–
Spring bloom and autumn blaze of boundless groves.
Fair scenes shall greet thee where thou goest–fair,
But different–every where the trace of men,
Paths, homes, graves, ruins, from the lowest glen
To where life shrinks from the fierce Alpine air.
Gaze on them, till the tears shall dim thy sight,
But keep that earlier, wilder image bright.
1829

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Grassland de Richard Manning

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Je dois la découverte de ce formidable bouquin à Fabrice Nicolino qui l’avais mentionné dans un de ses billets consacrés à ses lectures. Son très court avis et le sous-titre du livre (the History, Biology, Politics and Promise of the American Prairie) avaient suffi à me convaincre de l’acheter. Et je n’ai vraiment pas regretté.

Pour moi, fan de westerns et de l’histoire de l’Ouest américain, la Grande Prairie est à la fois un écosystème remarquable et un mythe peuplé (dans mes rêves) de bisons et d’Indiens.

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Richard Manning décrit à la fois cet écosystème – et voilà pourquoi j’ai été si longue à terminer le livre, j’ai cherché à identifier et visualiser toutes les espèces d’herbes décrites – son histoire, en remontant assez loin dans le temps, les menaces qui pèsent sur la Prairie et le système politique qui a conduit les fermiers à saccager ce fragile écosystème au fil des décennies.

Savez-vous que Abraham Lincoln est le père de l’agriculture industrielle ? Que les vaches et moutons (mais surtout les vaches) ne sont pas du tout adaptés à la Prairie originelle (c’est crétin d’avoir voulu exterminer tous les bisons…), et qu’un bon brin d’herbe est un brin d’herbe mort (enfin, avalé par une vache…) ?

Manning décrit avec un enthousiasme contagieux les derniers grands espaces où la Prairie est encore visible, parfois parcourue par des bisons et des wapitis (je sais enfin la différence entre elk et moose), et où poussent big bluestem, indian grass, vanilla grass, (vous apprendrez aussi les différences entre short grass et tall grass). Cela a l’air ennuyeux, mais c’est tout le contraire. Car si on connait mal un milieu naturel, on ne peut pas le défendre. La protection de la forêt parait évidente pour beaucoup de citoyens et d’environnementalistes. On crie au scandale dès qu’un arbre est coupé. Et cela est fondé dans la majeure partie des cas. Mais couper un arbre dans la grande prairie, est-ce un crime ? Selon Manning, la prairie est un écosystème aussi valable que la forêt et la multiplicité des espèces d’herbes permet aux espèces animales de coloniser cet habitat, du petit insecte au gros bison. Et de survivre. Remplacer les herbes et plantes d’origine par des espèces invasives ou commerciales (pour les éleveurs, les herbes sauvages ne valent rien) c’est réduire à presque rien la biodiversité de la prairie et condamner à une mort certaine des espèces animales. On apprend en effet que certains herbivores ne peuvent survivre durant les hivers américains si rigoureux, parce que les « nouvelles » herbes ne sont pas nutritives ou sont trop fragiles pour résister au froid.

Today, one can walk a federally managed wildlife refuge on the Missouri breaks of Montana, and although the carved wood sign at th entrance shows an elk, one is far more likely to see cattle on this land. In the Federal region 6, the bureaucratic subdivision that includes Montana, Colorado and Wyoming, there are 109 federal wildlife refuges. Cattle graze on 103 of them.

Le déclin de la Prairie a réellement débuté avec l’arrivée des premiers colons, comme on peut s’en douter, et s’est poursuivie jusqu’au vingtième siècle; Manning revisite quelques épisodes fameux de l’histoire de l’Ouest, la guerre du County Johnson (les grands propriétaires terriens posaient les premières clôtures barbelées pour délimiter leurs terres, au grand dam des petits fermiers), l’apparition des dust bowls dans les années 1930, la plus grande catastrophe écologique du continent, provoquée par le surlabourage des grandes plaines. Ne pas oublier que le barbelé a permis de parcelliser les grands espaces, donc de confiner sur des espaces réduits des troupeaux d’animaux domestiques et de ce fait, d’endommager parfois de manière irréversible, des zones jadis riches en biodiversité.

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In 1915, urged on by cattlemen and sheepmen, the federal government began « predator control » of the western range, an effort that deliberately extirpated wolves in the West. Between 1916 and 1928, federal, state and grazing association agents killed 63 145 animals, including169 bears, 1524 bobcats, 36242 coyotes, 18 mountain lions…

 

En douze chapitres, le lecteur assiste à la mort lente de la Prairie et de ses habitants. On a chassé à outrance le loup, pratiquement exterminé le bison, cantonné les Indiens dans les réserves, et complètement détruit le sol fragile, le sol, cette richesse insoupçonnée. Les fermiers font pâturer des troupeaux d’animaux domestiques qui abîment le sol, plantent des espèces végétales non adaptées qu’il faut aider à pousser, à grand renforts de pesticides et d’engrais chimiques. Et évidemment, l’utilisation de ces énormes tracteurs pour labourer ces terres qui étaient fertiles, pour y semer le maïs, entre autres, a été déterminante dans cette tragédie.

Autre information intéressante, les immenses ranches sont détenus, à une écrasante majorité, non à des familles de riches cow-boys, mais à de grands groupes financiers (avec les conséquences que l’on devine, rentabilité, rentabilité, n’est-ce pas ?). La politique américaine a également fait disparaître les petites exploitations par un savant jeu de dupes. Au fil des ans, on subventionne pour labourer et planter, puis on rachète des terres menacées par le surpâturage et le surlabourage et on subventionne  des fermiers pour planter des herbes indigènes et tâcher de sauver le sol… et on recommence !  Il n’y a donc que les riches pour tirer profit de ce système aberrant. Mais comme en France, la production agricole quand elle est industrialisée, est largement subventionnée…

American agriculture, with all its technology, subsidies and labor, supports a population of 45.5 million cattle in the plains states, the same area that held 50 million bisons without any oh these. In many ways, though, cattle themselves provide a way to hide surplus grain. There is no need to feed grain to grazers.

 

Comme dans tous les pays industrialisés, les fermiers américains plantent des céréales qui nourrissent principalement le bétail. J’ai regretté que Manning ne pousse pas plus loin sa démonstration. Question de culture peut-être. Car le problème à la base de nombreux désastres écologiques dans le monde, est bien l’élevage pour la viande. Et la seule solution est de réduire drastiquement la consommation de viande, mais c’est un sujet visiblement épineux…

 

by Stephen Leahy

by Stephen Leahy

Quoi qu’il en soit, l’ouvrage de Richard Manning est une pépite (écrite en 1995, et oui, déjà…) et qui mériterait bien une traduction française.

Je terminerai mon billet sur une note optimiste. De nombreuses réserves ont été créées pour sauver des pans de Grande Prairie, avec parfois des résultats incertains (dans certaines zones, on permet au bétail de pâturer !!), mais les fondations d’un nouveau mouvement sont posées. Et certains fermiers expérimentent des projets de restauration sur leurs propres ranches, tout comme des groupes écologistes et des associations qui espèrent l’adhésion des populations locales. Un travail de longue haleine certainement mais bien indispensable.

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Tueur de bisons de Franck Mayer

tueur de bisons

L’Ouest américain et ses images d’Epinal… ses tribus Indiennes,  ses cow-boys solitaires chevauchant au coucher du soleil et ses immenses prairies parcourues de dizaines de millions de bisons…

Dizaines de millions ? Chiffre valable avant le plus grand massacre jamais orchestré contre une espèce animale, c’est à dire avant la seconde moitié du XIXème siècle, et dont ce curieux récit constitue un témoignage précieux.

Franck Mayer était un jeune aventurier, décidé à avoir sa part d’émotions fortes et si cela était possible, de gagner rondement sa vie. En cette époque de transition où la frontière était sur le point de disparaître, l’essor de l’industrie et de la civilisation telle qu’on l’envisageait, à l’est et au nord, menaçait la grande faune sauvage et le mode de vie des tribus indiennes encore libres.

Les coureurs de buffalo comme ils se nommaient, et dont Mayer était le parfait représentant, ne s’encombraient guère de principes moraux, et puisque l’armée et le gouvernement fédéral encourageaient cette chasse gigantesque, autant y participer. Les cartouches étaient fournies, et le marché pour les peaux de bisons, puis les os, était garanti.

Le récit de Mayer débute un peu à la manière des mémoires de Jack Crabb (Little Big Man). Un langage simple, un humour cynique et un déroulement des faits exposés dans leur plus grande simplicité, qui ponctuèrent la vie du narrateur. Mais nous ne sommes pas dans un roman, ce n’est pas une fiction (le récit a été publié aux USA en 1958 à titre posthume), et le massacre des bisons a bel et bien eu lieu. A la fin du XIXème siècle, il restait moins de 1000 animaux ! C’est dire l’ampleur de la tuerie…

Franck Mayer décrit admirablement la mécanique d’une telle opération, sans états d’âme, sans remords ni regrets. C’était juste un moyen de se faire de l’argent et de vivre librement, en attendant quelques aventures (la charge d’un troupeau, des escarmouches avec des Indiens…) propres à pimenter l’existence et qui nourriraient les conversations autour du feu de camp pendant de longs mois.

Cette indifférence glacée, cet égoïsme forcené (Mayer reconnait bien volontiers que derrière le massacre des bisons, le gouvernement travaillait à obtenir la soumission totale des indiens…) sont accablants et témoignent de ce penchant naturel de l’homme, cette volonté d’anéantir ce qui le gêner, de briser ce qui lui résiste, et de ne jamais penser aux conséquences de ses actes.

Peut-être que nous, les coureurs, on servait nos propres intérêts en participant à la disparition du buffalo. Peut-être que c’est notre moisson impitoyable qui a servi au contrôle de l’Indien pendant une décennie, voire plus. Ou peut-être que je ne fais que me justifier. Peut-être qu’on était qu’une bande de types avides qui voulaient tout pour eux et tant pis pour la postérité, le buffalo et tous les autres, tant qu’on gardait notre scalp et que l’argent coulait à flot dans nos bourses.

On me rétorquera que la faute est collective, des types ordinaires, l’armée, le gouvernement fédéral… et que l’histoire finit bien puisque le bison ne s’est pas éteint. Mais l’histoire se répète, aujourd’hui, ici et ailleurs, sur d’autres espèces animales. Et nous sommes tous, à nouveau, responsables.

Une très célèbre photo de ce « business as usual »…

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Traduction : Frédéric Cotton

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Les aventures véridiques de Lidie Newton (Jane Smiley)

Imaginez que vous êtes une jeune femme, plutôt grande pour l’époque, pas jolie, sachant monter à cheval, manier le fusil et traverser une rivière à la nage, choses fort peu utiles aux yeux de vos soeurs qui ont la lourde tâche de subvenir à vos besoins. Parce que, naturellement, vous êtes célibataire, ne savez pas coudre un bouton ou confectionner un repas. A priori, votre destin semble tout tracé, vous finirez vieille fille ! Voilà quelle est la situation de Lidie Harkness au début de ce formidable roman. Vous aurez compris que nous sommes aux antipodes d’Autant en emporte le vent…

Mais fort heureusement pour notre héroïne, elle vit dans un pays et à une époque où tout est possible, tout est envisageable. Même pour une femme.

En 1855, la voilà qui quitte enfin ses soeurs, Quincy dans l’Illinois, pour gagner un mari, un homme bien agréable et idéaliste, Thomas Newton, et un nouvel état plein de promesses, le Kansas. Enfin, c’est ce qu’elle croit.

Son époux et leurs voisins et amis sont tous des abolitionnistes, des Free Staters qui construisent de misérables cabanes sur leurs concessions, lesquelles sont convoitées par les Ruffians du Missouri. Après un pénible voyage, les jeunes époux découvrent la petite ville de Lawrence, en pleine effervescence. On construit, on marchande et on tente de vivre sous les menaces des Missouriens décidés à faire du Kansas un état esclavagiste.

Nous sommes à l’aube de la guerre de Sécession, et en plein bouillonnement politique. La jeune Lidie, au sein de cette communauté de colons, devra tailler son chemin dans cette société si rude où dominent la sauvagerie et la violence. L’ambiance qui régnait dans cet Etat, à cette époque, est fort bien retranscrite. On finit par comprendre la logique des Free Staters et même des Missouriens, ces derniers étant uniquement guidés par une ignorance tenace et aveugle et un sens de l’honneur exacerbé. Car même ceux qui ne possédaient pas d’esclaves défendaient cette institution.

L’issue de cette situation était prévisible, le Kansas et Lawrence en particulier était comme une cocotte-minute dont le couvercle était sur le point de sauter. Ce couvercle, qui n’est pas décrit dans le roman, est symbolisé par le terrible incendie qui ravagea Lawrence, dont plus de 200 habitants furent tués (massacrés devrai-je dire) par la sinistre bande à Quantrill.

A côté de cette trame historique, qui devrait ravir les amateurs de l’Histoire des USA, on suit avec plaisir les pérégrinations de cette jeune femme incroyable, qui se croit terriblement quelconque, alors qu’elle est tout le contraire ! Je ne dévoilerai pas les nombreuses péripéties dont la vie de Lidie Newton est émaillée, certaines sont cocasses, la plupart sont tragiques, mais elles donnent un tableau assez juste de la fameuse mentalité des gens de l’Ouest. Un très bon roman qui est est à la fois un portrait de femme peu commune et un récit historique sur l’avant-guerre de Sécession.

Traduction : Françoise Adelstain.

PS : notre héroïne porte une affection particulière à son cheval, Jeremiah, autre personnage important du roman. Jane Smiley a justement écrit des histoires de chevaux, ouvrage également paru chez Rivages.lidie newton

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