Lire pour agir

Désobéir de Frédéric Gros

Comme c’est difficile de désobéir, que ce soit à un ordre donné par un supérieur hiérarchique ou une loi qui nous parait injuste. Pourquoi nous comportons-nous comme des petits soldats bien obéissants ? La peur de sortir du rang, de se singulariser ? le conformisme ? La peur du changement, le confort de la routine ? Ou bien un mélange de paresse et de lâcheté ? Voilà la question primordiale à laquelle s’efforce de répondre Frédéric Gros en balayant les motivations humaines, les blocages culturels ou psychologiques et en puisant de nombreux exemples dans l’Histoire ou la littérature, d’Antigone à Thoreau en passant par La Boétie, ou encore le procès Eichmann et l’analyse d’Hannah Arendt ou la glaçante expérience de Milgram (l’obéissance à l’autorité).

Si j’ai tout de suite postulé pour cet ouvrage, c’est évidement car le propos m’intéressait au plus haut point mais aussi parce que la désobéissance civile s’inscrit à mes yeux dans une résistance citoyenne à la destruction de notre planète. Quand je pense désobéissance, je pense en particulier aux zadistes partout dans le monde, aux lanceurs d’alerte, mais aussi les objecteurs de conscience. Ces personnes ont trouvé le moyen de désobéir en engageant leur responsabilité, en opposant devrais-je écrire, leur responsabilité individuelle à la passivité collective. De toutes les pistes de réflexion proposées par Frédéric Gros, l’une d’elle en particulier m’a frappée, et qui fait écho à cette fameuse « banalité du mal » évoquée par Hannah Arendt à propos du nazisme. Lorsqu’on ne désobéit pas, lorsqu’on renonce à critiquer, à défendre la justice et l’égalité, on devient complice, et même, aussi sûrement coupable que ceux qui cherchent à nous soumettre.

«… on se dit que tant de déraison – cette monstruosité démente des inégalités – doit avoir une explication supérieure, théologico-mathématique au moins, et elle ne serait que de surface. C’est bien là la fonction atroce de l’introduction du formalisme mathématique en économie : innocenter celui qui engrange des bénéfices. Non, il n’est pas le salaud de profiteur qui fait crever l’humanité, mais l’humble serviteur de lois dont la souveraineté, la complexité échappent au commun des mortels. J’entends la voix de ces dirigeants surpayés, de ces sportifs millionnaires. Ils se donnent une conscience facile en opposant : «Mais enfin, ces émoluments exorbitants, je ne les ai pas exigés, on me les a proposés ! C’est bien que je dois les valoir.» Allez dire aux travailleurs surexploités qu’ils méritent leur salaire et qu’ils sont sous-payés parce qu’ils sont des sous-hommes.

Pour autant, cet essai n’est pas un appel à la désobéissance, il est plus que ça : c’est un outil destiné à nous faire réellement réfléchir, à nous mettre face à nos responsabilités. Il ne s’agit de désobéir pour le plaisir, histoire de mettre le bazar en société, il s’agit de s’interroger sur la façon dont on peut s’opposer à des mauvaises décisions, à des ordres stupides, dont on peut endiguer le flot des injustices, par des moyens divers et variés, adaptés à la situation et à la personne. Désobéissance ne rime pas forcément avec violence.

Et parfois, la désobéissance, la résistance, se nichent dans de petits actes anodins. J’aime à donner souvent le même exemple sur un thème qui me tient à coeur, dont je parsème souvent mes billets : quand le citoyen se rend compte que les autorités, le gouvernement, à grands renfort d’explications scientifiques destinées à nous rassurer, font main basse sur notre alimentation et notre santé, quand les intérêts économiques priment sur tous les autres, quand ils interdisent l’échange de semences bio, permettent aux multinationales de breveter le vivant, et déclarent la guerre au purin d’ortie, alors, le devoir de chacun c’est de désobéir en cultivant un carré de légumes bios, en utilisant le purin d’ortie au potager, en aidant à développer des jardins familiaux, en échangeant graines et plants avec son voisin. C’est peu et c’est beaucoup à la fois. Et c’est un premier pas.

« Obéir, c’est se faire « le traitre de soi-même ». Au bout du compte on n’obéit pas, ou peu, par peur de l’autre. Ce dont on a peur vraiment – l’inquisiteur de Dostoïevski le redira encore après La Boétie – c’est de la liberté, celle qui oblige, qui met en demeure, et déclenche en chacun de nous ce mouvement de désobéissance qui commence par soi-même ».

Voilà en tout cas un essai à mettre entre toutes les mains, clair et abordable même pour une hermétique à la philo comme moi, à lire et relire. Merci à Babelio et Albin Michel.

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Les déchets ça suffit ! de Jacques Exbalin

Vous allez penser « encore un livre sur les déchets », oui, mais celui-là est drôlement bien pour deux raisons. D’abord il est écrit par un homme engagé, mais un « monsieur-tout-le-monde ». Il a été enseignant, pratiquant l’éducation à l’environnement, a monté son association et surtout a été bénévole pour ramasser les déchets, partout où il pouvait. Et le regard d’un citoyen actif, présent sur le terrain, ça change tout !

Ensuite, parce que malgré les milliers d’articles écrits sur les déchets, Jacques Exbalin m’a pourtant appris des choses. Pas de risque donc, d’avoir un sentiment de « déjà vu-lu-entendu » au cours de cette lecture.

L’ouvrage est centré plus précisément autour du plastique, ce fléau des temps modernes, et l’auteur analyse avec logique les effets pervers d’une consommation immodérée de ce dérivé du pétrole dans notre vie quotidienne. A ceux qui se fichent totalement de savoir que des animaux meurent tous les jours en ingurgitant des sacs plastiques, sachez qu’on s’empoisonne lentement mais sûrement, nous, humains,  (avis aux amateurs de miel, d’huitres ou de bière !) à cause notamment (mais pas que) des micro-billes que l’on trouve désormais dans un grand nombre de produits. Et si on commence tous à connaître les effets de la pollution due aux plastiques dans les océans, on demeure encore largement ignorant de celle qui atteint nos réserves d’eau douce, comme nos lacs par exemple. Même nos articles de randonnée (les chaussures pour ne nommer qu’un accessoire) peuvent polluer à cause de leurs composants, c’est ahurissant !

Mais ce livre ne contient pas que de mauvaises nouvelles et informations déprimantes, l’auteur relève quelques méthodes ou inventions qui peuvent contribuer à faire baisser le volume des déchets. Et puis surtout, à l’instar de la famille zéro déchets, sachez que nous pouvons tous agir dans notre vie quotidienne grâce à nos choix de consommation.

Enfin, il n’est pas interdit, non plus, d’aller donner un coup de main à une association de temps en temps, pour aller collecter les déchets sur un site naturel. Dans presque tous les départements, on peur trouver au moins une journée dédiée au ramassage des dépôts sauvages.

Un ouvrage court (130 pages seulement !), percutant et bourré d’infos qui est un excellent complément au livre de la famille zéro déchets.

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Yucca mountain de John d’Agata

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J’avais écrit un article pour une ONG en 2008, sur la bagarre qui opposait à l’époque les Shoshones à l’administration Bush quant à la création d’un site de stockage des déchets radioactifs… au sein d’une montagne, pas loin de Las Vegas : Yucca Mountain.
Quelques années plus tard, John d’Agata s’empare du sujet (c’est une chronique de Fabrice Colin qui m’a remise sur la piste de Yucca…) pour nous présenter un drôle de livre, à mi-chemin entre le roman, l’essai et le documentaire. le point de départ est un déménagement à Las Vegas pour la mère de l’auteur, à l’arrivée, ce dernier s’interroge sur le suicide d’un jeune homme. Entre les deux, des pages parfois délirantes consacrées à un projet de fous, démesuré, né du cerveau d’une Amérique détraquée, ne connaissant pratiquement plus de freins ni de limites. Projet mortifère conté sur un mode presque humoristique, oscillant entre l’absurde et le tragique. Pour les amateurs, on y croisera un portrait peu flatteur d’Edward Abbey et une anecdote mélancolique sur Edward Munch dont le Cri orne si symboliquement la couverture de l’édition française. Un récit peu banal qui transperce le coeur et laisse autant mélancolique que sonné. Pour information, le projet a été abandonné il y a peu… il risque fort de ressurgir, sous une autre forme, car il semble bien qu’avec le nouveau président américain, folie et démesure ne soient pas près de disparaître…

photo : bsnorrell.blogspot.com

photo : bsnorrell.blogspot.com

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Un éléphant dans un jeu de quilles de Robert Barbault

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Coup de coeur pour cet ouvrage du regretté Robert Barbault dont les bouquins ont contribué enrichir mes connaissances en écologie au fil des années. L’éléphant du titre, c’est homo sapiens, on s’en doute, lui qui a décidé de se prendre pour un dieu de seconde zone et bouleverse tout ce qu’il touche, tout ce qu’il côtoie, balayant d’un revers de main des centaines d’années de coopération avec les autres espèces.
Ce qui est assez fortiche, c’est qu’en moins de 300 pages, l’auteur nous redonne un cours d’écologie bourré d’exemples assez frappants et révélateurs (un exemple parmi d’autres, l’introduction de la peste bovine en Afrique) et nous rafraichit la mémoire sur la sélection génétique, les interactions entre espèces et écosystèmes, et surtout la coopération qui lui tient à coeur. Tout l’intéresse, du microbe à l’éléphant d’Afrique !
Bon nombre d’anecdotes m’ont passionnée, et ce n’est pas si difficile d’appréhender des notions scientifiques expliquées avec humour.
C’est aussi un bel outil de réflexion.
Durant les deux premières parties du livre, on suit avec intérêt les astuces et stratagèmes inventés par la Nature pour résister et s’adapter, en un mot survivre. L’ingéniosité de certaines espèces, quelles soient animales ou végétales, laisse pantois !
Et boum ! La troisième partie : « Vivre contre… ou avec la nature » sape singulièrement le moral. L’espèce humaine arrive avec ses gros sabots et son envie de tout maîtriser et dominer. Adieu équilibres millénaires, associations fructueuses, la sixième extinction de masse est en cours, le dérèglement climatique est largement amorcé et nous sommes quand même bien coincés, il faut l’avouer. Comme tant d’autres auteurs et scientifiques, Barbault clôt son ouvrage par une note optimiste, non tout n’est pas complètement perdu, à moins d’un sursaut et d’un rude combat… contre nous-mêmes. Réconcilier l’homme avec la nature… un beau projet mais, comme je me le demande toujours, pourra-t-il réalisé, avec quelles forces ? avant que nous ne détruisions irrémédiablement ce qui nous fait encore tenir debout…

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Ce qui compte vraiment de Fabrice Nicolino

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Le nouveau livre de Fabrice Nicolino traite d’un sujet qui lui tient à coeur, cette urgence écologique qui devrait pousser tout un chacun à réagir et agir de manière significative. Comme à son habitude, l’auteur présente de manière implacable, l’état du malade, notre planète, lequel est plus que préoccupant, et le diagnostic est sans appel. Choisissant cinq thèmes, la campagne française, la restauration des écosystèmes dans le monde; l’état des mers et océans avec un point sur la pêche; les rivières; et enfin la cohabitation avec les animaux, l’auteur déroule son argumentaire truffé d’exemples saisissants.

Pour le lecteur attentif du blog de Nicolino, Planète sans visa, certaines informations, pour ne pas dire la plupart, ne seront pas à classer dans les scoops ! Le journaliste a entrepris un travail colossal depuis plusieurs années consistant à écrire encore et encore maints billets sur l’écologie, et sur pratiquement tous les sujets ou peu s’en faut. Cet ouvrage est en quelque sorte une compilation de certains thèmes, et emprunte également des données de précédents livres comme celui sur les pesticides.

Mais pour le lecteur et le citoyen lambda, certaines de ces informations, qui sont peu ou pas relayées par les médias traditionnels, risquent fort de paraitre non seulement déprimantes mais surréalistes. Devant tant d’atrocités et d’horreurs commises pour mettre à genoux un bout de nature ou une espèce animale, il est difficile de ne pas être authentiquement « sonné » et on pourrait presque se dire que non, cela n’a pas pu arriver, ça se saurait, les gouvernements auraient réagi… Que nenni, et c’est bien là la tragédie.

Or, si on ne peut donc plus compter sur les élus, les politiques en cheville avec les puissants lobbies mortifères, que faire ? Résister, se secouer les puces et changer notre perspective du monde.

Et voilà où se situe, à mes yeux, le premier point faible du livre. Fabrice Nicolino propose bien, en fin de chaque chapitre, un autre regard, un début d’idée ou d’action. Mais après ? Qui fait quoi ? Qui a envie de faire quelque chose ? Vous, moi et quelques imbéciles heureux comme nous. Bon.

Je vais donner un exemple tout bête : on n’a jamais autant parlé de la crise climatique, même si elle n’a pas l’air d’affoler tout le monde, ni de la réelle nécessité de planter des arbres, de conserver les forêts. Chacun y va de son discours, réunions, plans d’actions, programmes dédiés, animations à tout-va, journée mondiale des forêts, etc. Et moi, dans mon petit département rural pas trop peuplé, depuis 2 ans, je n’ai jamais autant vu d’arbres coupés dans les bois et forêts ni de haies arrachées ou taillées au minimum. Juste dans mon département. Et faire quoi ? Se battre contre les forestiers, les collectivités locales, les agriculteurs ? Comment ? Maintenant que le mal est fait, dans une indifférence quasi générale, qui se soucie du sort de ces arbres, qui se lamente devant ce désastre qui se traduit par des paysages désolants où subsistent des moignons d’arbres ?

Fabrice Nicolino ne peut pas, et c’est bien compréhensible, donner de solution miracle, juste un peu d’espoir si on est encore assez optimiste pour y croire.

Le second point faible peut paraitre anecdotique mais je regrette qu’il ait passé sous silence ce qui constitue, selon moi, le plus préoccupant des problèmes : la surpopulation humaine, la démographie galopante d’homo sapiens. Certes, et j’en ai bien conscience, c’est un sujet à manier avec précaution, qui réveille de douloureux échos. Mais sur le strict plan écologique, ne pas évoquer le trop grand nombre d’humains sur terre, même inégalement réparti (mais pour combien de temps encore ? ) me parait regrettable. C’est une question de place, de qualité de vie – que nous devons à tous – de cohabitation avec les autres espèces. Si on ne règle pas ça, on ne règle rien. Peut-être que je me trompe, que je ne suis pas une scientifique, que je ne sais pas grand-chose au final, mais de cette constatation, je suis certaine.

Malgré ces deux réserves, mais mon opinion est personnelle et totalement subjective, je ne crains pas de dire que ce livre doit être lu. Et pour ne pas terminer sur une note pessimiste, je dois bien reconnaître que les choses et les gens bougent et changent, parfois de manière inespérée. Des initiatives se créent, des citoyens se mobilisent. Ces petits ruisseaux qui se créent un peu partout formeront-ils une grosse rivière ? Je n’ai pas la réponse, mais je l’espère.

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Manifeste animaliste de Corinne Pelluchon

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D’abord un grand merci à Babelio pour ce masse critique qui m’a permis de lire ce livre, dont évidemment le titre m’avait indéniablement attirée mais qui, cependant, me paraissait un peu vague et fantaisiste.

Fantaisiste, le propos ne l’est plus du tout en fin de lecture. Car il ne s’agit ni plus ni moins  que de politiser la cause animale afin d’obtenir des résultats certains, en proposant des mesures susceptibles d’obtenir un large consensus, ce qui éviterait de « piétiner » sur certains dossiers pendant encore 10 ou 20 ans.

Quand on s’investit pour la cause animale, sur le long terme, on s’aperçoit que tout fonctionne par cycle : je ne donnerai qu’un exemple : le port de la fourrure : honni et ringard il y a 10 ans, redevenant à la mode aujourd’hui. Or, ce sont ces incessants revirements qui freinent les avancées et épuisent les militants qui ont l’impression de tourner en rond.

Par ailleurs, des causes ont certainement été perdues car bien que l’opinion publique soutienne la fin d’une pratique ou d’une activité néfaste aux animaux, rares sont les solutions alternatives proposées. Or, l’intérêt de se manifeste est de prendre en compte, et même d’anticiper la reconversion d’un grand nombre de salariés travaillant dans des domaines impliquant l’exploitation animale.

Enfin, l’auteur, (qui est philosophe, au fait) propose la mise en place de cursus, de formations sur la condition animale, le droit des animaux afin que chacun puisse prendre conscience des enjeux. Le volet éducatif est donc aussi important que le volet législatif.

Corinne Pelluchon prend en modèle le processus enclenché par le Président Lincoln lorsqu’il a voulu supprimer l’esclavage. Il est certain que l’on peut tirer des leçons bénéfiques de cet illustre exemple.

Car pour ne pas cantonner la cause des animalistes sur le plan purement intellectuel ou moral, il faut lui donner une dimension sociale et politique et appréhender de nouvelles stratégies, une approche novatrice qui a réellement suscité mon enthousiasme.

Car la société est en train de changer. Certes, lentement, mais de manière significative. La maltraitance animale pousse des citoyens à modifier leurs habitudes de consommation, changements ayant un impact de plus en plus lourd sur certains secteurs économiques, que plus personne ne peut nier. Il faut donc prendre le train en marche, car si ajoute cette prise de conscience à tout ce que les citoyens sont en train de se réapproprier en terme d’initiatives écologiques collectives, je me dis que le tournant est peut-être historique.

Au final, un coup de coeur pour ce »petit » livre d’une centaine de pages qui a le mérite de poser les fondations solides du travail à venir pour qui veut vivre et évoluer dans une société où la cause des animaux et la cause des humains ne seront qu’une.

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Je fais de la pub pour Fabrice Nicolino

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J’avais de toute façon prévu d’acheter son nouveau bouquin, je vous livre ici son message, avec grand plaisir.

Vous seriez bien aimables (de parler d’un livre)
30 janvier 2017

Je vais droit au but, car ceci est un appel. Je publie le 20 – ou le 22 – février un livre dont le titre est Ce qui compte vraiment (Les liens qui libèrent). Je vais essayer de vous mettre sa couverture en PDF, de manière que vous puissiez vous rendre compte. J’ai un besoin aussi évident qu’essentiel de votre aide, pour de multiples raisons. Ce livre sort en pleine campagne présidentielle, dont il se moque éperdument, et la plupart des journaux n’en ont, d’avance, rien à faire. Je ne vous demanderai jamais de me faire confiance a priori, mais vous pouvez, et je crois que vous devez faire circuler la nouvelle de sa parution.

J’ai ouvert ce blog il y aura dix ans cet été, et j’ai bien dû y écrire 1500 articles, ce qui n’est pas rien, je pense que vous le savez. Je l’ai fait bénévolement bien sûr, à la réserve près qu’il m’a régulièrement coûté des sous. Non seulement je ne me plains pas, mais je dois dire que je suis pleinement satisfait d’avoir apporté informations et jugements sur l’infernale crise écologique dans laquelle nous sommes tous plongés. Je ne crois pas que mes lecteurs ont été volés, et comme ils sont – vous êtes – des milliers, je m’avance et vous dis : donnez-moi un coup de main. C’est à votre portée, et si vous avez pris intérêt et plaisir à me retrouver ici ces dernières années – et ce n’est pas fini ! -, eh bien faites usage de ce que je pourrais appeler un contre-don. Recopiez et diffusez ce petit mot, ou mieux encore écrivez-en un à votre manière, que vous enverrez à vos amis et connaissances. Je suis très certain que, de votre engagement, peut naître un succès d’édition.

Pourquoi ? Mais parce que ce livre est un contrepoint, et même un contre-pied à tous les discours politiques en cours. Lesquels ne parlent ni ne parleront de notre planète en déroute. À l’opposé de ce que j’écris généralement, ce livre n’est pas vraiment de dénonciation. Je l’ai voulu non optimiste, car c’était au-dessus de mes forces, mais en tout cas tourné vers un avenir possible pour tous. Ici, ailleurs, humains, animaux, plantes, mers et rivières. J’y passe en revue cinq questions à mes yeux décisives – le sort des campagnes en France; la restauration des écosystèmes dans le monde; la situation des mers et de la pêche; le si grand malheur des eaux vives; la cohabitation avec ces Autres si proches que sont les animaux.

À chaque fois, je prétends démontrer qu’il y a une voie, un espoir véritable, une faille dans le grand mur par laquelle nous pourrions nous faufiler. Ainsi que vous verrez peut-être, certains constats sont difficiles à contester. Et c’est bien pourquoi ce monde malade n’a aucunement l’intention d’en parler. Mais vous, mes amis, mes lecteurs, et même mes critiques ? Ne croyez-vous venu le temps de dire enfin ce que nous pensons ? Ce que nous voulons ? Ce que nous devons, envers et malgré toutes les forces de la destruction ?

Ce que vous pouvez faire peut vous sembler sans importance. Moi, je suis convaincu que j’ai besoin du moindre geste du dernier d’entre vous. Au fait, votre présence m’aide constamment à faire face. Car je crois que je fais face.

http://fabrice-nicolino.com/?p=2540

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Rambunctious garden de Emma Marris

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Je l’avoue d’emblée, écrire une chronique sur ce livre fut une tâche compliquée. Oh, pas parce que le bouquin est en anglais, non, mais parce que les propos de l’auteur m’ont amenée à une réflexion en deux temps, qui du coup, a nécessité deux lectures à quelques semaines d’intervalles.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les opinions d’Emma Marris ne laissent pas indifférent. Soit on s’enthousiasme, soit on critique vertement. Et moi, je me suis retrouvée à éprouver divers sentiments, me situant entre ces deux réactions extrêmes.

Mais qu’est-ce qu’un rambunctious garden ? Et bien c’est un jardin, le bout de nature civilisé par excellence, qui se montre exubérant, dans le sens de sauvage et non contrôlé. Un jardin qui aurait pris ses aises, qui deviendrait un écosystème à lui seul, avec ses nouvelles caractéristiques écologiques. Le meilleur exemple qui me vienne en tête, c’est la friche, une nature férale qui, longtemps domestiquée par l’homme, redevient peu à peu sauvage pour peu qu’on lui en laisse la possibilité. Le choix de ce titre n’est donc pas anodin.

Dès les premières pages, Emma Marris remet les pendules à l’heure : le monde va mal, la nature va mal, et puisque les moyens classiques de la protéger ne sont pas très efficaces, il faut donc innover et surtout penser et voir autrement. Elle en profite donc pour tordre le cou à une idée reçue, pourtant encore bien ancrée et vivace : la nature originelle, la nature vierge n’existe pas.

Pour ma part, j’ai été naïve très longtemps (quand j’étais jeune), persuadée que ce type de nature existait bel et bien. Pas en Europe bien sûr, mais en Amérique du sud, en Asie. Des écosystèmes particuliers, forêts primaires notamment, des reliques d’une nature vierge. Que nenni hélas, et aujourd’hui je sais bien que même lorsque nous étions encore si peu nombreux, même à l’aube de la civilisation, nous avons touché, modifié la nature et laissé irrémédiablement notre empreinte. Il faut évidement replacer ces modifications humaines à leur juste échelle. Rien de comparable avec ce que l’homme saccage aujourd’hui, évidemment. Jusqu’ici, j’approuve pleinement, ce fait a d’ailleurs été mis en lumière depuis un bon bout de temps par les scientifiques, ce n’est plus un scoop… De même que je suis d’accord sur l’un de ses constats : quand on est habitué (là elle cible surtout les américains) à une nature grandiose, on se fiche complètement de la nature ordinaire, celle du jardin, du pré, de ces lieux quelque peu banals et insignifiants. Mais là où son discours me parait fort dangereux, c’est lorsqu’elle remet en cause l’utilité des parcs nationaux et réserves naturelles. Ou lorsqu’elle met pratiquement sur un pied d’égalité la forêt d’Amazonie et le terrain vague situé derrière la voie de chemin de fer à Trifouillis les oies. La biodiversité d’une peut-elle se mesurer à celle de l’autre ? Pas vraiment…
On peut et on doit sauver aussi bien un marais puant et une friche qu’une rivière, la Grande prairie ou la barrière de corail. Mais on ne peut remettre en cause le travail de fourmi entrepris par des générations d’écologistes pour sauver et protéger d’immenses pans de nature, qui, sans ces fameux parcs, ne seraient aujourd’hui que des parkings et complexes touristiques, zones « naturelles » de loisirs, terrains de chasse ou de sport extrême. Je ne sais pas si Emma Marris est une femme de terrain, rien ne le laisse supposer dans son bouquin, mais pour moi, il suffit simplement de regarder les différences en bord de Loire entre zones protégées et non protégées pour constater que l’absence de protection juridique conduit à tous les débordements possibles… Quant à Yellowstone, qu’elle prend en exemple, enlevez-lui donc son statut de parc, et vous allez voir…

Elle rappelle également, et à juste titre, que l’homme ne doit pas se dissocier de la nature. Nous faisons partie de la nature, et le mal qui nous lui faisons, nous le faisons à nous-même. Il y a une réelle prise de conscience à faire naître à ce sujet car cette séparation permet évidemment de saccager au nom du progrès et de la civilisation.

Elle aborde, quelques chapitres plus loin, le problème des espèces invasives. Là encore, elle écrit des choses intéressantes qui mériteraient d’être développées. En raison du changement climatique, de la disparition d’écosystèmes, des espèces animales et végétales colonisent des lieux où elles sont théoriquement étrangères. La France, ayant adopté la position Européenne, a pondu plusieurs décrets instituant des listes d’espèces invasives qu’il faut éradiquer. Pourquoi ne laisserions-nous pas une chance à celles qui peuvent s’installer sans créer trop de dommages ou en tout cas, sans faire disparaître une espèce autochtone ? Le débat mérite en tout cas d’être lancé.

Plus loin encore, Marris évoque le difficile choix qui s’offre à la plupart des conservationnistes : protéger une espèce au détriment d’un écosystème et vice-versa. Exemple célèbre : en certaines parties d’Afrique, les éléphants trop nombreux détériorent leur habitat naturel. Alors on les « gère », c’est à dire qu’on les abat, alors qu’ailleurs, des troupeaux sont décimés par les braconniers. Cruelle contradiction et parait-il, mal nécessaire… là encore, il y aurait bien des remarques à formuler…

Je ne vais pas m’étendre davantage et il vaut mieux lire le livre pour se faire sa propre opinion, mais il n’en reste pas moins que Rambunctious garden donne l’impression d’avoir été écrit avec une très grande naïveté. Contrairement à ce qu’elle pense, la restauration d’écosystèmes, intelligemment menée, est souhaitable et possible. Cela s’est passé avec des rivières par exemple, et cela a été un succès. Quand on peut réparer le mal causé, il faut le faire, même si le coût est parfois élevé.

Je reproche également à Emma Marris d’occulter ou d’ignorer un des plus gros problèmes causant la dégradation des écosystèmes : la surpopulation humaine et la présence humaine dans des zones dites « reculées » et encore sauvages il y a peu, en raison de déplacements de populations pour des causes diverses mais majoritairement liés à des guerres et des conflits. Je lui reproche également de ne pas prendre en compte les besoins des espèces animales dans son tableau idyllique d’une nature artificialisée. Deux exemples : oui, des espèces sauvages apprennent à cohabiter avec les hommes, jusque dans les villes, comme le faucon (qui niche à paris) ou le renard (qui s’est installé à Londres). Mais quid de l’éléphant, du gorille, de l’ours ou du léopard ? Ceux-là entrent nécessairement en conflit avec l’homme car il n’y a presque plus de corridor écologique, de territoires suffisamment vastes pour que les animaux ne se gênent pas entre eux, pire encore, des voies migratoires sont coupées (une pensée pour les éléphants et les gnous). Elle peut bien essayer de vanter l’apparition de « nouveaux » écosystèmes, certaines espèces animales et végétales seront sacrifiées !

Autre reproche, elle fonde toute son approche sur le postulat que l’homme est intelligent, responsable et avisé. Mais ça c’est dans la fiction, chez les bisounours, pas dans le monde réel ! Dans la vraie vie, des gars soi-disant intelligents veulent faire passer un pipeline bien polluant sur les terres des Sioux, dans la vraie vie des ex-citadins sont allés au tribunal demander le comblement d’une mare voisine car le chant des grenouilles est insupportable (et là on est vraiment dans un cas de nature « ordinaire », rien de moins exotique qu’une mare !). Dans la vraie vie, on va raser des zones humides et foutre des paysans dehors à Notre dame des landes parce qu’en ces temps de réchauffement climatique, le nec plus ultra c’est de construire un aéroport !! je ne sais pas si Emma Marris vit dans le monde réel, mais manifestement, elle ne doit pas lever souvent le nez de ses bouquins.

Quoi qu’il en soit, si elle a le mérite de soulever des questions intéressantes qui devraient être creusées, l’auteur enfonce aussi beaucoup de portes ouvertes et fait preuve d’un optimisme si béat que cela décrédibilise son propos. Elle a écrit ou est en cours d’écriture d’un ouvrage sur les loups, qui se fonde en partie sur l’exemple européen. J’ai affreusement peur de ce qu’elle va bien pouvoir préconiser…

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Révolutions animales (collectif)

D’abord, mes excuses à l’éditeur pour le retard pris dans la rédaction de cette chronique. Ce n’était pas par manque d’intérêt, bien au contraire. On n’avale pas un peu plus de 550 pages d’un tel bouquin comme on lit une bd, c’est certain. J’ai appris certaines choses, redécouvert certains faits et événements et surtout énormément réfléchi à la portée de ces écrits, à ce qu’ils pouvaient impliquer dans ma vie.
Ce retard tombe à point nommé, car deux nouvelles toutes fraiches ont achevé de me convaincre du bien-fondé d’un tel ouvrage : la création en france du premier parti animaliste et un manifeste politique rassemblant 30 mesures en faveur de la cause animale a été présenté à la presse par les 26 associations qui sont à l’origine de sa création. La société est en train de changer (en témoigne la montée en puissance du véganisme) et je ne peux que m’en réjouir.

Mais revenons à ce livre, porté par Karine Lou Matignon et qui rassemble des textes fondateurs de personnalités aussi diverses que Jane Goodall, Fabrice Nicolino, Mathieu Ricard, Boris Cyrulnik ou encore Peter Singer pour ne citer que les plus connus (par le grand public en tout cas). Des auteurs issus de disciplines très différentes, aux cursus variés mais qui ont en commun la volonté de bousculer les idées reçues, de rappeler notre évidente filiation avec les animaux, d’apporter un autre éclairage à nos relations avec ces êtres dits inférieurs, et surtout de susciter interrogations, réflexions et remises en question.
Ce sont des textes qui ne dépassent pas dix pages pour la plupart, mais dont la richesse et la profondeur méritent une lecture lente et appliquée. C’est qu’on y aborde la condition animale dans tous ses aspects : historique, avec le rappel de l’utilisation des animaux notamment au cours des guerres, éthique, scientifique, morale, juridique.

Les animaux possèdent une intelligence et une sensibilité que personne ne peut plus nier (il faut s’attarder sur le texte consacré aux sèches et pieuvres, passionnant !) mais qu’il nous faut intégrer et admettre dans tous les actes de la vie quotidienne. Du cochon d’élevage à l’abeille en passant par les grands singes, la chèvre ou l’éléphant, chaque animal mérite que l’on respecte son intégrité. Qu’on le traite avec dignité. Rien que d’y songer, d’en faire accepter l’idée, c’est déjà un exploit !

Or, la grande force de cet ouvrage c’est d’abord de ne pas être hermétique, d’être accessible à un lecteur même peu familiarisé avec ces données scientifiques, c’est aussi d’avoir réussi ce beau mélange entre des disciplines différentes, et de retracer l’histoire de nos relations avec les animaux, dans le temps bien sûr, mais aussi par le prisme des religions, et à travers d’autres cultures. On nous rappelle l’origine des premiers zoos, des jeux du cirque, on comprend mieux comment la négation de la sensibilité de l’animal a pu conduire à l’élevage intensif, aux expérimentations scientifiques et médicales, la chasse et le braconnage, etc. Si la plupart des textes constituent des sources d’informations scientifiques, des bases de réflexion (parfois percutantes dans leur brutale révélation), d’autres rappellent à notre mauvaise conscience l’ampleur de ce « génocide » animal, qui sacrifie des milliards d’être vivants.

Alors, pour échapper à cette vérité cauchemardesque, on se raccroche à ces mots, ces nouvelles idées qui nous dévoilent un autre monde, forcément meilleur, où, sur le fondement des principes moraux, éthiques, scientifiques et philosophiques, nous traiterions les animaux comme ils le méritent, comme des créatures intelligentes et sensibles, et guère différentes de nous dans le fond. Et ça, c’est un bouleversement culturel complet, une révolution comme, peut-être, cela a dû être la cas, il y a bien longtemps, lorsque l’esclavage a été aboli et que les femmes ont eu le droit de vote.

Pour souligner, et j’en terminerai sur ce constat, ce qui me parait une évidence, je partage totalement les conclusions de deux contributeurs en particulier : Mathieu Ricard et Shelby Elaine McDonald : nous ne pourrons jamais espérer devenir meilleurs, cesser les guerres et les injustices, si nous ne sommes pas capables de faire preuve de compassion pour les animaux. De l’animal domestique à l’animal sauvage, tous sont nos compagnons et nos partenaires, depuis le début de l’histoire de l’humanité. Et il n’est plus possible de poursuivre cette exploitation insensée du monde animal. Si cela pouvait cesser, d’autres perspectives se dessineraient, et parmi elles, un changement dans nos comportements entre êtres humains. J’espère sincèrement que ce bel ouvrage agrémenté de magnifiques photos, permettra une prise de conscience durable.

PS : Je reprends ici ce petit texte de Luce lapin qui résume admirablement ce que nous faisons des bêtes…

Exploités, maltraités, gavés, broyés, harponnés, consommés, expérimentés, toréés, chassés, pêchés, piégés, électrocutés pour leur fourrure, emprisonnés dans les cirques, enfermés dans les zoos, les delphinariums, abandonnés, humiliés, méprisés… NIÉS. À poil, à plume ou à écaille.

Les animaux. La dernière des minorités.

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Libérez-nous ! de Patrick George

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Voilà un superbe album jeunesse, à offrir dès l’âge de 3 ans, pour ce qui sera sans doute la première discussion entre parents et enfants sur la condition animale. Pas de texte, juste des dessins très éloquents où l’animal est mis en situation avant-après grâce au jeu des pages transparentes. Alors, la tortue, vous la préférez sur la plage ou prise dans un filet ? Et le cerf, tête accrochée au mur en guise de trophée de chasse, ou gambadant dans sa forêt ?
Aux parents d’expliquer à leurs bambins pourquoi la visite au zoo n’est pas utile (hé, il y a tellement de choses plus intéressantes à faire avec des enfants que de les traîner dans les prisons pour animaux…) ou encore pourquoi maman ne portera JAMAIS de fourrure.
Peut-on dire que c’est un album militant ? Peut-être bien. Je pense, je crois et j’espère que nous sommes à un tournant. La place de la condition animale et la détermination de ceux qui pensent que les animaux sont des êtres sensibles (en ce moment même, des personnalités réclament la création d’un secrétariat d’Etat à la condition animale) vont obliger de plus en plus de citoyens et de politiques à réfléchir, et nous devrons, dans un avenir proche, modifier durablement le statut des animaux. Leur exploitation est de plus en plus souvent remise en cause, et c’est bien, c’est juste. Il me parait sain que les enfants puissent prendre conscience, à leur rythme, à leur façon, que le respect doit s’appliquer à tous : aux autres enfants, aux adultes et aux créatures à poil et à plumes qui peuplent la terre à nos côtés. Et quelle meilleure façon que s’interroger et réfléchir en feuilletant ce bel album coloré ?
Un coup de coeur qui va s’inviter au pied du sapin pour ce Noël…

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