Lire pour agir

Terre Mère de Jean Malaurie

Jean Malaurie, ethnologue et explorateur, est l’auteur d’un ouvrage essentiel (parmi d’autres) : les derniers rois de Thulé. J’ai bien envie de classer aussi ce court essai, qui est en fait un texte extrait de son discours rédigé à l’occasion de sa nomination d’Ambassadeur de l’Arctique en 2007, parmi les écrits essentiels de notre début de siècle. Loin du texte sec et scientifique que l’on pourrait attendre d’un tel auteur, cet extrait est au contraire plein des émotions et des souvenirs de Malaurie, lesquels le poussent à lancer son cri d’alarme pour notre planète, à travers son combat pour les peuples autochtones du Nord. Un de plus direz-vous.

Mais ce récit poétique et engagé est celui d’un homme passionné par sa cause et terriblement lucide qui fait cet effroyable constat : « Nous sommes des veilleurs de nuit face à une mondialisation sauvage, à un développement désordonné. Si nous n’y prenons pas garde, ce sera un développement dévastateur. La Terre souffre. Notre Terre Mère ne souffre que trop. Elle se vengera. Et déjà les signes sont annoncés ».

La prose est belle, le combat est juste. Ce ne sont pas les propos d’un « écolo illuminé » ou d’un doux rêveur, mais d’un scientifique et écrivain accompli qui assiste impuissant à la disparition d’un monde, au milieu d’une indifférence quasi générale dont nous sommes tous responsables, nous Occidentaux. Puissent ces paroles atteindre ceux qui pensent encore que le sort de l’homme et la l’état de la planète sont dissociables…

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Super engagé de Dan Mathews

Merci à Babelio pour ce masse critique qui m’a permis de découvrir un chouette livre. Même si le thème m’intéressait, j’étais tout de même un peu sceptique quant à la forme et au contenu. Je ne connais pas grand-chose des actions de PETA France, mais la maison-mère américaine est la spécialiste des actions tape-à-l’oeil reprises dans les tabloïds pour deux raisons : soit l’action est soutenue par une personnalité du show-biz ou un people, soit l’action est dirigée contre l’un deux; En tous les cas, cela draine l’attention des médias et de l’opinion publique.

La plupart d’entre vous vont spontanément citer Pamela Anderson, l’ex-plantureuse sirène d’Alerte à Malibu, qui soutient la cause depuis des années et qui est sujette à pas mal de moqueries, soyons honnête, mais si je vous dis que pas mal de pointures du rock ou de la pop, au hasard Pink pour n’en citer qu’une, et des actrices ou acteurs de la trempe d’Alec Baldwin, ou James Cromwell, ou encore Liev Schreiber, appuient tout aussi régulièrement PETA, on se dit que cette association n’est peut-être pas aussi farfelue qu’elle le parait.

L’auteur de ce bouquin est aujourd’hui vice-président, mais il démarré sa carrière en étant à l’accueil, il y a bien des années, et a gravi les échelons au fil de ses actions et coup d’éclats, de ses amitiés aussi dans le show-business. D’un naturel optimiste et farceur, ouvertement gay mais pas excentrique, opiniâtre et déterminé, jamais à court d’idées désopilantes pour informer le grand public, et le sensibiliser à la cause animale, Dan Matthews est finalement une personnalité attachante.

Son récit est donc aussi bien parsemé d’anecdotes personnelles – peut-être pas toujours palpitantes-  que d’exemples célèbres d’actions militantes (sa rencontre avec Nina Hagen ou son  court passage dans un hôpital parisien sont à peine croyables !). A la lecture du livre, on comprend mieux pourquoi ce séduisant quinquagénaire ne sombre pas dans une déprime chronique : certes, il est le témoin direct de pratiques révoltantes ou visionne régulièrement des horreurs faites sur les animaux (industrie de la fourrure, expérimentations sur des singes…), qu’il entend toujours dénoncer publiquement à grand renfort de mises en scènes médiatisées, mais il est aussi capable  d’apprécier chaque instant ou chaque opportunité sans lien avec la cause. Comme quoi, on peut être un activiste joyeux et décomplexé.

Ce que je retiendrai de ces mémoires, c’est que ce gars est issu d’un milieu très modeste, dans un coin d’Amérique où la tolérance n’est pas ce qui est le plus flagrant, a eu de la compassion pour les bêtes très jeune, comme une évidence. J’ai apprécié également cette approche typiquement américaine pour une association, de se choisir un segment encore non occupé et de se développer de manière très professionnelle, avec du marketing, des stratégies. Comme on dit, il faut combattre avec les mêmes armes que l’adversaire ! Voilà, plutôt une bonne surprise car il y a pas mal d’anecdotes qui m’ont fait rire malgré la gravité du sujet, et c’est une lecture qui peut même redonner du peps aux militants de la cause animale fatigués et défaitistes (et je ne les critique pas, loin de là).

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Renard sauve son vélo de Floriane Ricard et Fibretigre

Comment évoquer le problème des déchets et le réemploi avec les petits ? En racontant l’histoire du sympathique Renard qui aurait voulu garder son vélo, même cassé, alors que tout le monde voudrait en faire un déchet !

Le vendeur chez qui Renard apporte son vélo cassé lui recommande d’en acheter un neuf plutôt que de le réparer puis le camion-benne qui ramasse les poubelles évacue le pauvre vélo dans une décharge !

J’ai lu cet album pour enfants avec d’autant plus d’attention que je travaille dans le secteur des déchets et que je connais donc bien le problème de la surconsommation et de l’obsolescence programmée qui conduisent chaque jour d’innombrables objets dans les déchetteries ou les centres d’enfouissement.

Imaginez l’étonnement de Renard face à cette réponse absurde du marchand ! Acheter à nouveau plutôt que réparer ! Mais la surprise de Renard sera encore plus grande quand il s’apercevra que la décharge regorge d’objets presque neufs  ou en très bon état et pourtant jetés ! Les deux auteurs abordent ici de manière légère et subtile le réemploi et les recycleries dont le concept commence à se développer dans nos campagnes.

A l’heure où nous sommes saturés de déchets et où beaucoup d’entre nous peinent à boucler les fins de mois, le réemploi des objets devrait devenir un geste instinctif et vital.

Cette nouvelle collection des éditions Rue de l’échiquier a donc le grand mérite d’initier de jeunes lecteurs au développent durable et à l’écologie. Les textes sont simples et drôles, les illustrations sympathiques, et l’ouvrage devrait pouvoir servir d’amorce à une discussion à l’école ou à la maison sur le thème de nos déchets auquel les enfants sont naturellement assez sensibles.

Merci à Babelio et à l’éditeur pour e masse critique.

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Lettre à une petiote sur l’abominable histoire de la bouffe industrielle de Fabrice Nicolino

Le journaliste écologiste Fabrice Nicolino nous livre une fois de plus un essai brillant, décapant et percutant sur ce qui semble être son sujet de prédilection : la malbouffe et la puissance de l’industrie agro-alimentaire.

Vous allez me dire, pour peu qu’on s’intéresse au sujet, rien de neuf sous le soleil ! Et bien détrompez-vous. Quand bien même vous ne seriez pas séduits par ce ton mordant et ironique, cette construction digne d’un polar où faits historiques et personnages réels s’imbriquent pour former une redoutable intrigue, vous devrez bien reconnaître qu’on apprend toujours une ou deux choses nouvelles dans le catalogue des horreurs produites par ces gens sans scrupules sont l’unique but est de nous gaver de saloperies pour asseoir leur puissance.

Alors, entre deux anecdotes « savoureuses », comme la naissance du restauroute français et les balbutiements de la fabrication des premières conserves, je retiendrai 2 choses : la connaissance parfaite du journaliste des collusions, liens d’affaires et manoeuvres marketing qui conduisent des professionnels de la santé, pour certains scientifiques reconnus, à vanter les mérites de la malbouffe, et comment les industriels, avec la complicité des pouvoirs publics nous imposent et nous gavent de sucre et de sel, deux ingrédients ennemis de la santé et qui causent la mort des milliers de personnes par an. La consommation excessive de sucre et de sel est cependant jugée moins terrifiante ( j’entends comme cause de décès) que la consommation de tabac ou d’alcool. Et les sommes d’argent en jeu sont colossales. Après cette lecture, vous ne ferez plus vos courses de la même façon, c’est certain !

Pour une fois, Nicolino s’adresse clairement à une enfant. C’est donc reconnaître que tout sursaut est désormais illusoire pour nous et qu’il faut tout miser sur la jeune génération ? Peut-être. car, loin de vouloir ajouter une touche déprimante, force est de constater que manger local et bio, et retrouver le goût de faire la cuisine sont des modes d’actions qui certes, progressent, mais restent encore très, trop, marginaux pour espérer un changement notable dans la façon dont nous nous alimentons. Seul le mouvement vegan me parait prometteur, mais seul l’avenir dira si nous sommes sur la bonne voie…

 

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Feral de George Monbiot

Deux mots avant de commencer : d’abord, ce livre est écrit en anglais et non traduit en France, soyez courageux et munissez-vous d’un dico. Ensuite, brève présentation de Monbiot, une sommité outre-Manche : c’est un journaliste anglais, militant écolo et éditorialiste du Guardian (lisez quelques uns de ses articles, que du bonheur, et notamment celui-ci : http://www.monbiot.com/2017/05/19/fell-purpose/ ). Et puis c’est surtout l’auteur de ce monumental bouquin, Feral.

Une nature férale c’est une nature domestiquée qui est retournée à l’état sauvage et c’est ce que Monbiot appelle de tous ses voeux en Angleterre, au Pays de Galles et en Ecosse. Et côté nature, contrairement à ce que l’on pourrait croire, nos voisins d’Outre-Manche ne sont pas gâtés ! Les Anglais aiment la nature certes, mais une nature domestiquée, sous contrôle et évoquant sans nul doute la Comté des Hobbits ! A tel point que l’ennemi n°1 de George Monbiot, c’est le mouton !  Comme dans notre pays, l’élevage ovin a tendance à s’étendre notamment parce que la filière est soutenue à l’aide de subventions. Et les moutons se rencontrent pratiquement dans le moindre espace naturel. Cela a pour conséquence le modelage des paysages anglais (gallois et écossais n’échappent pas à cette malédiction) que nous connaissons aujourd’hui (genre pelouse tondue à ras). Principalement des landes, des endroits dépourvus d’arbres de préférence, où les grands animaux, herbivores comme carnivores, sont absents, à une ou deux exceptions près (à des fins de chasse par exemple).

George Monbiot arpente tous les espaces soi-disant naturels de son royaume, rencontre des gens, discute avec des spécialistes et va même voir au-delà des frontières si ses voisins européens font mieux. Il est vrai que les friches gagnent du terrain grâce à la déprise agricole en certains pays, c’est encore timide certes, mais le processus est bel et bien enclenché. Toutes ces merveilleuses perspectives donnent des idées saugrenues à Monbiot et le voilà qui se prend à rêver d’une Angleterre peuplée d’une biodiversité sauvage. Soyons fous, et ramenons le loup, le lynx, le castor, le sanglier ou encore la forêt en Ecosse ! Car Monbiot pense en plus grand et en plus sauvage.

“Arrange these threats in ascending order of deadliness: wolves, vending machines, cows, domestic dogs and toothpicks. I will save you the trouble: they have been ordered already.

The number of deaths known to have been caused by wolves in North America in the twenty-first century is one: if averaged out, that would be 0.08 per year. The average number of people killed in the US by vending machines is 2.2 (people sometimes rock them to try to extract their drinks, with predictable results). Cows kill some twenty people in the US, dogs thirty-one. Over the past century, swallowing toothpicks caused the deaths of around 170 Americans a year. Though there are sixty thousand wolves in North America, the risk of being killed by one is almost nonexistent.”

Faire revenir la nature ou en tout cas le laisser prospérer à nouveau peut rapporter autant que l’élevage ou la chasse, et en outre le bilan est positif aussi bien que le plan écologique que social. En résumé, Monbiot ne manque d’arguments solides et de bon sens, sous ses idées folles. Il n’est guère écouté cependant, ni par l’Administration, ni par les éleveurs, même si une partie de ses concitoyens réfléchissent sérieusement à la question. Il y a donc fort à parier, malgré le fol enthousiasme de sa prose, que George Monbiot continue à rêver de longues années cette nature férale car elle suppose une remise en question totale et un changement radical de vie que peu de personnes oseraient concrétiser. Je dois reconnaître, et cela Monbiot n’en parle pas, qu’il existe un peu partout dans le monde des initiatives menées par des propriétaires, particuliers ou associations pour reboiser ou réintroduire des espèces sur le long terme. Qui sait si un jour, nous ne reverrons pas le bison brouter tranquillement l’herbe d’une vaste forêt française…

PS : Ci-dessous, un paysage du pays de Galles détesté par Monbiot, le Cambrian desert. Vous noterez l’absence d’arbres et d’animaux sur une vaste superficie…

 

 

 

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Désobéir de Frédéric Gros

Comme c’est difficile de désobéir, que ce soit à un ordre donné par un supérieur hiérarchique ou une loi qui nous parait injuste. Pourquoi nous comportons-nous comme des petits soldats bien obéissants ? La peur de sortir du rang, de se singulariser ? le conformisme ? La peur du changement, le confort de la routine ? Ou bien un mélange de paresse et de lâcheté ? Voilà la question primordiale à laquelle s’efforce de répondre Frédéric Gros en balayant les motivations humaines, les blocages culturels ou psychologiques et en puisant de nombreux exemples dans l’Histoire ou la littérature, d’Antigone à Thoreau en passant par La Boétie, ou encore le procès Eichmann et l’analyse d’Hannah Arendt ou la glaçante expérience de Milgram (l’obéissance à l’autorité).

Si j’ai tout de suite postulé pour cet ouvrage, c’est évidement car le propos m’intéressait au plus haut point mais aussi parce que la désobéissance civile s’inscrit à mes yeux dans une résistance citoyenne à la destruction de notre planète. Quand je pense désobéissance, je pense en particulier aux zadistes partout dans le monde, aux lanceurs d’alerte, mais aussi les objecteurs de conscience. Ces personnes ont trouvé le moyen de désobéir en engageant leur responsabilité, en opposant devrais-je écrire, leur responsabilité individuelle à la passivité collective. De toutes les pistes de réflexion proposées par Frédéric Gros, l’une d’elle en particulier m’a frappée, et qui fait écho à cette fameuse « banalité du mal » évoquée par Hannah Arendt à propos du nazisme. Lorsqu’on ne désobéit pas, lorsqu’on renonce à critiquer, à défendre la justice et l’égalité, on devient complice, et même, aussi sûrement coupable que ceux qui cherchent à nous soumettre.

«… on se dit que tant de déraison – cette monstruosité démente des inégalités – doit avoir une explication supérieure, théologico-mathématique au moins, et elle ne serait que de surface. C’est bien là la fonction atroce de l’introduction du formalisme mathématique en économie : innocenter celui qui engrange des bénéfices. Non, il n’est pas le salaud de profiteur qui fait crever l’humanité, mais l’humble serviteur de lois dont la souveraineté, la complexité échappent au commun des mortels. J’entends la voix de ces dirigeants surpayés, de ces sportifs millionnaires. Ils se donnent une conscience facile en opposant : «Mais enfin, ces émoluments exorbitants, je ne les ai pas exigés, on me les a proposés ! C’est bien que je dois les valoir.» Allez dire aux travailleurs surexploités qu’ils méritent leur salaire et qu’ils sont sous-payés parce qu’ils sont des sous-hommes.

Pour autant, cet essai n’est pas un appel à la désobéissance, il est plus que ça : c’est un outil destiné à nous faire réellement réfléchir, à nous mettre face à nos responsabilités. Il ne s’agit de désobéir pour le plaisir, histoire de mettre le bazar en société, il s’agit de s’interroger sur la façon dont on peut s’opposer à des mauvaises décisions, à des ordres stupides, dont on peut endiguer le flot des injustices, par des moyens divers et variés, adaptés à la situation et à la personne. Désobéissance ne rime pas forcément avec violence.

Et parfois, la désobéissance, la résistance, se nichent dans de petits actes anodins. J’aime à donner souvent le même exemple sur un thème qui me tient à coeur, dont je parsème souvent mes billets : quand le citoyen se rend compte que les autorités, le gouvernement, à grands renfort d’explications scientifiques destinées à nous rassurer, font main basse sur notre alimentation et notre santé, quand les intérêts économiques priment sur tous les autres, quand ils interdisent l’échange de semences bio, permettent aux multinationales de breveter le vivant, et déclarent la guerre au purin d’ortie, alors, le devoir de chacun c’est de désobéir en cultivant un carré de légumes bios, en utilisant le purin d’ortie au potager, en aidant à développer des jardins familiaux, en échangeant graines et plants avec son voisin. C’est peu et c’est beaucoup à la fois. Et c’est un premier pas.

« Obéir, c’est se faire « le traitre de soi-même ». Au bout du compte on n’obéit pas, ou peu, par peur de l’autre. Ce dont on a peur vraiment – l’inquisiteur de Dostoïevski le redira encore après La Boétie – c’est de la liberté, celle qui oblige, qui met en demeure, et déclenche en chacun de nous ce mouvement de désobéissance qui commence par soi-même ».

Voilà en tout cas un essai à mettre entre toutes les mains, clair et abordable même pour une hermétique à la philo comme moi, à lire et relire. Merci à Babelio et Albin Michel.

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Les déchets ça suffit ! de Jacques Exbalin

Vous allez penser « encore un livre sur les déchets », oui, mais celui-là est drôlement bien pour deux raisons. D’abord il est écrit par un homme engagé, mais un « monsieur-tout-le-monde ». Il a été enseignant, pratiquant l’éducation à l’environnement, a monté son association et surtout a été bénévole pour ramasser les déchets, partout où il pouvait. Et le regard d’un citoyen actif, présent sur le terrain, ça change tout !

Ensuite, parce que malgré les milliers d’articles écrits sur les déchets, Jacques Exbalin m’a pourtant appris des choses. Pas de risque donc, d’avoir un sentiment de « déjà vu-lu-entendu » au cours de cette lecture.

L’ouvrage est centré plus précisément autour du plastique, ce fléau des temps modernes, et l’auteur analyse avec logique les effets pervers d’une consommation immodérée de ce dérivé du pétrole dans notre vie quotidienne. A ceux qui se fichent totalement de savoir que des animaux meurent tous les jours en ingurgitant des sacs plastiques, sachez qu’on s’empoisonne lentement mais sûrement, nous, humains,  (avis aux amateurs de miel, d’huitres ou de bière !) à cause notamment (mais pas que) des micro-billes que l’on trouve désormais dans un grand nombre de produits. Et si on commence tous à connaître les effets de la pollution due aux plastiques dans les océans, on demeure encore largement ignorant de celle qui atteint nos réserves d’eau douce, comme nos lacs par exemple. Même nos articles de randonnée (les chaussures pour ne nommer qu’un accessoire) peuvent polluer à cause de leurs composants, c’est ahurissant !

Mais ce livre ne contient pas que de mauvaises nouvelles et informations déprimantes, l’auteur relève quelques méthodes ou inventions qui peuvent contribuer à faire baisser le volume des déchets. Et puis surtout, à l’instar de la famille zéro déchets, sachez que nous pouvons tous agir dans notre vie quotidienne grâce à nos choix de consommation.

Enfin, il n’est pas interdit, non plus, d’aller donner un coup de main à une association de temps en temps, pour aller collecter les déchets sur un site naturel. Dans presque tous les départements, on peur trouver au moins une journée dédiée au ramassage des dépôts sauvages.

Un ouvrage court (130 pages seulement !), percutant et bourré d’infos qui est un excellent complément au livre de la famille zéro déchets.

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Yucca mountain de John d’Agata

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J’avais écrit un article pour une ONG en 2008, sur la bagarre qui opposait à l’époque les Shoshones à l’administration Bush quant à la création d’un site de stockage des déchets radioactifs… au sein d’une montagne, pas loin de Las Vegas : Yucca Mountain.
Quelques années plus tard, John d’Agata s’empare du sujet (c’est une chronique de Fabrice Colin qui m’a remise sur la piste de Yucca…) pour nous présenter un drôle de livre, à mi-chemin entre le roman, l’essai et le documentaire. le point de départ est un déménagement à Las Vegas pour la mère de l’auteur, à l’arrivée, ce dernier s’interroge sur le suicide d’un jeune homme. Entre les deux, des pages parfois délirantes consacrées à un projet de fous, démesuré, né du cerveau d’une Amérique détraquée, ne connaissant pratiquement plus de freins ni de limites. Projet mortifère conté sur un mode presque humoristique, oscillant entre l’absurde et le tragique. Pour les amateurs, on y croisera un portrait peu flatteur d’Edward Abbey et une anecdote mélancolique sur Edward Munch dont le Cri orne si symboliquement la couverture de l’édition française. Un récit peu banal qui transperce le coeur et laisse autant mélancolique que sonné. Pour information, le projet a été abandonné il y a peu… il risque fort de ressurgir, sous une autre forme, car il semble bien qu’avec le nouveau président américain, folie et démesure ne soient pas près de disparaître…

photo : bsnorrell.blogspot.com

photo : bsnorrell.blogspot.com

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Un éléphant dans un jeu de quilles de Robert Barbault

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Coup de coeur pour cet ouvrage du regretté Robert Barbault dont les bouquins ont contribué enrichir mes connaissances en écologie au fil des années. L’éléphant du titre, c’est homo sapiens, on s’en doute, lui qui a décidé de se prendre pour un dieu de seconde zone et bouleverse tout ce qu’il touche, tout ce qu’il côtoie, balayant d’un revers de main des centaines d’années de coopération avec les autres espèces.
Ce qui est assez fortiche, c’est qu’en moins de 300 pages, l’auteur nous redonne un cours d’écologie bourré d’exemples assez frappants et révélateurs (un exemple parmi d’autres, l’introduction de la peste bovine en Afrique) et nous rafraichit la mémoire sur la sélection génétique, les interactions entre espèces et écosystèmes, et surtout la coopération qui lui tient à coeur. Tout l’intéresse, du microbe à l’éléphant d’Afrique !
Bon nombre d’anecdotes m’ont passionnée, et ce n’est pas si difficile d’appréhender des notions scientifiques expliquées avec humour.
C’est aussi un bel outil de réflexion.
Durant les deux premières parties du livre, on suit avec intérêt les astuces et stratagèmes inventés par la Nature pour résister et s’adapter, en un mot survivre. L’ingéniosité de certaines espèces, quelles soient animales ou végétales, laisse pantois !
Et boum ! La troisième partie : « Vivre contre… ou avec la nature » sape singulièrement le moral. L’espèce humaine arrive avec ses gros sabots et son envie de tout maîtriser et dominer. Adieu équilibres millénaires, associations fructueuses, la sixième extinction de masse est en cours, le dérèglement climatique est largement amorcé et nous sommes quand même bien coincés, il faut l’avouer. Comme tant d’autres auteurs et scientifiques, Barbault clôt son ouvrage par une note optimiste, non tout n’est pas complètement perdu, à moins d’un sursaut et d’un rude combat… contre nous-mêmes. Réconcilier l’homme avec la nature… un beau projet mais, comme je me le demande toujours, pourra-t-il réalisé, avec quelles forces ? avant que nous ne détruisions irrémédiablement ce qui nous fait encore tenir debout…

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Ce qui compte vraiment de Fabrice Nicolino

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Le nouveau livre de Fabrice Nicolino traite d’un sujet qui lui tient à coeur, cette urgence écologique qui devrait pousser tout un chacun à réagir et agir de manière significative. Comme à son habitude, l’auteur présente de manière implacable, l’état du malade, notre planète, lequel est plus que préoccupant, et le diagnostic est sans appel. Choisissant cinq thèmes, la campagne française, la restauration des écosystèmes dans le monde; l’état des mers et océans avec un point sur la pêche; les rivières; et enfin la cohabitation avec les animaux, l’auteur déroule son argumentaire truffé d’exemples saisissants.

Pour le lecteur attentif du blog de Nicolino, Planète sans visa, certaines informations, pour ne pas dire la plupart, ne seront pas à classer dans les scoops ! Le journaliste a entrepris un travail colossal depuis plusieurs années consistant à écrire encore et encore maints billets sur l’écologie, et sur pratiquement tous les sujets ou peu s’en faut. Cet ouvrage est en quelque sorte une compilation de certains thèmes, et emprunte également des données de précédents livres comme celui sur les pesticides.

Mais pour le lecteur et le citoyen lambda, certaines de ces informations, qui sont peu ou pas relayées par les médias traditionnels, risquent fort de paraitre non seulement déprimantes mais surréalistes. Devant tant d’atrocités et d’horreurs commises pour mettre à genoux un bout de nature ou une espèce animale, il est difficile de ne pas être authentiquement « sonné » et on pourrait presque se dire que non, cela n’a pas pu arriver, ça se saurait, les gouvernements auraient réagi… Que nenni, et c’est bien là la tragédie.

Or, si on ne peut donc plus compter sur les élus, les politiques en cheville avec les puissants lobbies mortifères, que faire ? Résister, se secouer les puces et changer notre perspective du monde.

Et voilà où se situe, à mes yeux, le premier point faible du livre. Fabrice Nicolino propose bien, en fin de chaque chapitre, un autre regard, un début d’idée ou d’action. Mais après ? Qui fait quoi ? Qui a envie de faire quelque chose ? Vous, moi et quelques imbéciles heureux comme nous. Bon.

Je vais donner un exemple tout bête : on n’a jamais autant parlé de la crise climatique, même si elle n’a pas l’air d’affoler tout le monde, ni de la réelle nécessité de planter des arbres, de conserver les forêts. Chacun y va de son discours, réunions, plans d’actions, programmes dédiés, animations à tout-va, journée mondiale des forêts, etc. Et moi, dans mon petit département rural pas trop peuplé, depuis 2 ans, je n’ai jamais autant vu d’arbres coupés dans les bois et forêts ni de haies arrachées ou taillées au minimum. Juste dans mon département. Et faire quoi ? Se battre contre les forestiers, les collectivités locales, les agriculteurs ? Comment ? Maintenant que le mal est fait, dans une indifférence quasi générale, qui se soucie du sort de ces arbres, qui se lamente devant ce désastre qui se traduit par des paysages désolants où subsistent des moignons d’arbres ?

Fabrice Nicolino ne peut pas, et c’est bien compréhensible, donner de solution miracle, juste un peu d’espoir si on est encore assez optimiste pour y croire.

Le second point faible peut paraitre anecdotique mais je regrette qu’il ait passé sous silence ce qui constitue, selon moi, le plus préoccupant des problèmes : la surpopulation humaine, la démographie galopante d’homo sapiens. Certes, et j’en ai bien conscience, c’est un sujet à manier avec précaution, qui réveille de douloureux échos. Mais sur le strict plan écologique, ne pas évoquer le trop grand nombre d’humains sur terre, même inégalement réparti (mais pour combien de temps encore ? ) me parait regrettable. C’est une question de place, de qualité de vie – que nous devons à tous – de cohabitation avec les autres espèces. Si on ne règle pas ça, on ne règle rien. Peut-être que je me trompe, que je ne suis pas une scientifique, que je ne sais pas grand-chose au final, mais de cette constatation, je suis certaine.

Malgré ces deux réserves, mais mon opinion est personnelle et totalement subjective, je ne crains pas de dire que ce livre doit être lu. Et pour ne pas terminer sur une note pessimiste, je dois bien reconnaître que les choses et les gens bougent et changent, parfois de manière inespérée. Des initiatives se créent, des citoyens se mobilisent. Ces petits ruisseaux qui se créent un peu partout formeront-ils une grosse rivière ? Je n’ai pas la réponse, mais je l’espère.

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