Tout droit jusqu’au matin

S’accrocher aux étoiles de Katie Khan

Je crois bien que j’ai un faible pour le catalogue des éditions super 8, je leur dois de belles découvertes, dont « Carter contre le diable » ou « Au service surnaturel de sa majesté », entre autres. Voici une autre très bonne surprise avec cette romance intersidérale qui, il est vrai, rappelle énormément le scénario de Gravity, lequel aurait été saupoudré d’une romance comme je les aime.

Elle c’est Carys, qui a l’étoffe d’une héroïne, c’est à dire qu’elle pilote des navettes,  lui c’est max, cuisinier qui se rêve pilote. Nos deux tourtereaux vivent dans la société du futur où il a été édicté que l’on ne peut vivre en couple en deçà de l’âge de 35 ans. Comme le rappelle l’un des personnages : sur Utopia, c’est l’individualisme quand tu es jeune, la famille quand tu es vieux ! L’auteure nous dépeint une nouvelle société qui parait idéale, mais vous savez bien comment ça se passe avec ce type société : il y a toujours un quidam pour gratter là où ça fait mal, pour réfléchir et pour se dire, ben non, finalement, c’est pas si bien que ça.

Et Carys et Max ont l’idée pas très sage de s’aimer à 25 ans, autant dire qu’ils vont se faire mal voir… Bien sûr, la punition, si l’on peut appeler ça comme ça, ne tarde pas à tomber. Une ceinture d’astéroïdes gêne considérablement les vols spatiaux, et les instances dirigeantes décident d’envoyer notre couple maudit jouer les cobayes et accessoirement les kamikazes. Et c’est évidemment lorsqu’ils sont enfin dans l’espace, que la comparaison avec le film Gravity vous saute aux yeux.

Et pourtant, on aurait tort d’y voir une pâle copie du film. D’abord, parce que l’histoire d’amour entre Carys et Max est touchante et intense, et que les chapitres alternent entre leur passé commun, leur rencontre et ce qui s’ensuivit, et ce suspense insoutenable qui se diffuse dans ceux consacrés au voyage dans l’espace. Mais surtout, le tour de force de Katia Khan, c’est cette fin brillante et originale, qui peut paraitre un brin frustrante mais qui satisfera obligatoirement le lecteur ou la lectrice. C’est beau l’amour, quand même….

Trêve de sottises, un bon roman qui m’a touchée, ni glauque, ni sordide, ni vulgaire… ça fait du bien. Et en prime (mais qui en aurait douté ? ) il va être adapté au cinéma. Que demander de plus ?

Grand merci à Babelio et à l’éditeur pour ce masse critique.

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Comme un conte de Graham Joyce

Voilà un roman qui a failli être un coup de coeur. Failli seulement….

Repéré dans le catalogue Bragelonne, et auréolé de quelques prix non négligeables (Imaginales 2015, British fantasy award 2013…),  le roman de Joyce avait piqué ma curiosité car le récit me rappelait évidemment la légende de Thomas le Rimeur. Ici, c’est une jeune fille qui, disparue pendant 20 ans, se présente dans sa famille un soir de Noël. On peut imaginer le choc subi par les parents et son frère aîné, d’autant que Tara, notre héroïne, est bien troublante. Son apparence physique a très peu changé et son absence repose sur une histoire à dormir debout : elle aurait été retenue dans le monde des fées durant toutes ces années !

Une histoire bien originale comme je les aime qui met donc en scène une famille anéantie par le retour de Tara et qui tente de retrouver un sens à cette tragédie, chacun à sa façon, tout en livrant quelques secrets sur le monde féérique. Si le frère de Tara, buté et rancunier,  Peter, refuse de croire sa soeur, au point de lui payer des consultations chez un drôle de psy, il n’en va pas de même pour Ritchie, l’ex-petit ami, looser attachant, dont les retrouvailles avec Tara sont douloureuses.

C’est bien le personnage le plus sympathique de ce récit, celui qui m’aura le plus touchée en tout cas, avec, peut-être, Jack, le neveu de Tara, lancé bien malgré lui dans un quête pour racheter une mauvaise action.

Ritchie apporte chaleur et humanité en opposition à Tara, lointaine, énigmatique et inaccessible. Tandem pourtant attachant et j’avoue avoir été tour à tour triste et heureuse pour ces deux-là. Le récit est plein de délicatesse et non dénué de poésie, et puis il pousse à réfléchir, encore et encore, sur le pouvoir de notre imagination, sur notre tolérance à accepter la présence du Petit Peuple à nos côtés, que cette vie soit réelle ou rêvée.

Bref, tout aurait été parfait jusqu’à l’incursion de Tara chez les fées ou elfes, bien qu’ils n’aiment pas qu’on les nomme ainsi… Bon sang, mais qu’est-ce que c’est que cette communauté hippie dont les membres ont pour unique passe-temps de forniquer de toutes les manières possibles !! Au secours ! Quelque peu choquée d’abord par la vulgarité des propos qui tranche singulièrement avec le ton de l’ouvrage, je me suis surprise à rire face au ridicule achevé de certaines situations : le passage du lac vaut son pesant de cacahuètes, croyez-moi ! Adieu mystère, poésie et onirisme, Joyce choisit le trivial pour… quoi, au juste ? Démontrer que Tolkien avait tout faux ? Que les Elfes sont de parfaits païens qu’il ne fait pas bon fréquenter ? Je ne sais absolument pas quel message l’auteur a voulu faire passer, mais ce que je sais, c’est que sa vision des fées est la faute de goût  qui m’a poussée à classer ce roman parmi les livres très sympas, plutôt que le chef-d’oeuvre inoubliable qu’il aurait pu être… C’est dommage mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier tout de même Comme un conte, tout en regrettant le potentiel gâché.

Par curiosité, je ne renoncerai pas pour autant à lire un second roman de cette écrivain, si quelqu’un à un titre à me conseiller, je suis preneuse.

 

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La trilogie Wielstadt de Pierre Pevel

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Attention coup de coeur !

L’histoire se passe en 1620, dans une ville imaginaire du Saint-Empire germanique, ravagé par une longue guerre.

Le héros de cette trilogie est le chevalier Krantz, à mi-chemin entre le justicier et l’exorciste qui assume des missions pour les Templiers. Dans le premier volume, il est question de goules qui pillent et assassinent, répandant la terreur dans la ville. Pourtant, celle-ci bénéficie de la protection d’un énorme dragon, mais cette créature ancestrale ne peut rien contre les ennemis internes à la cité.

« La tempête de neige faiblit, à présent ; elle cessera d’ici peu. Lâchant prise, le dragon bascule soudain du haut de la falaise. Il tombe à pic vers les eaux agitées de la Rhein See, entraîné par sa masse énorme, le corps tendu pour mieux fendre l’air, tête la première, les ailes collées à lui. La descente est vertigineuse, impossible : trois à quatre cents pieds de chute que le dragon accomplit le temps de quelques battements de cœur. Il a presque rejoint les flots quand ses ailes se déploient dans un grand claquement de cuir. Le plongeon devient alors un vol plané que le dragon prolonge à plaisir, au ras des vagues dont les embruns trempent les écailles grisâtres de son ventre. Il file ainsi une longue minute, sans un mouvement, avant d’obliquer vers Wielstadt. »

Dans son enquête, Kantz est épaulé, parfois, par Le Lieutenant du Prévost, Rainer Von Regenhalt, et quelques uns de ses amis, dont le bon géant Feodor, le nain Willemm, ou le faune Zacharios qui tient l’auberge de la Cigogne Noire. Ici en effet, les êtres humains cohabitent avec des créatures féériques ou des peuples anciens (Nains, centaures…).

D’ailleurs, le premier chapitre des Ombres de Wielstadt s’ouvre sur une course-poursuite haletante entre une petite fée et un corbeau. Elle sera sauvée de justesse par Kantz, puis baptisée Chandelle. Une excitante entrée en matière car on trouve déjà tous les ingrédients de la trilogie, un héros solitaire, confronté à des événements magiques ou surnaturels… et d’horribles ennemis sous forme de goules (de bien répugnantes créatures…).

Dans le deuxième volet, il est question d’une très ancienne prophétie, d’une société secrète qui va causer bien des tracas, d’une cour des miracles et de son roi Misère, d’une mystérieuse Dame en rouge qui protège la cité, tandis que dans le troisième épisode, nous faisons connaissance avec le redoutable voleur de visages, une belle trouvaille même si j’ai regretté, un peu, les crimes plutôt glauques et les trop nombreuses références bibliques… Mais le cadre historique est soigné, comme toujours, la langue est belle, aucun dialogue n’est artificiel ou superflu, bref, une réussite de ce côté là.

Les trois livres sont évidemment liés puisque nous retrouvons une bonne partie des protagonistes tout au long de la trilogie (malgré le départ ou la mort de certains d’entre eux), on mentionne la Sainte-Vehme à plusieurs reprises, et surtout, on assiste au profond changement qui affecte Kantz et qui trouve sa conclusion logique dans les dernières pages. Tout comme dans les Lames du Cardinal, j’ai retrouvé ce plaisant mélange de fantasy et de roman d’aventures historiques. Pevel est un peu le fils spirituel d’Alexandre Dumas, et tout comme lui, il sait rendre ses personnages diablement attachants. Ce n’est pas sans un petit pincement au coeur que l’on dit adieu à Kantz au terme de cette excellente intégrale.

Je me suis donc replongée avec le plus grand des plaisirs dans ces récits qui m’ont permis d’ajouter un nouveau héros à mon panthéon personnel : Kantz est en effet le héros par excellence, solitaire et auréolé de mystère, l’un de ceux que l’on ne peut oublier. Les scènes de bravoure sont nombreuses mais l’émotion affleure toujours et le troisième volet est certainement le plus poignant des trois. Je me demande si de tous les romans de Pevel, je n’ai pas une petite préférence pour cette trilogie…

Une belle relecture pour moi et une chouette initiative des éditions Pocket d’avoir regroupé ces trois volumes.

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Contes de Wilhelm Hauff

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Qu’est-ce que j’ai pu les aimer ces contes… Enfant, j’avais déniché dans la bibliothèque familiale une version abrégée qui contenait seulement les contes de la Caravane. Je n’ai jamais oublié cette merveilleuse lecture, aussi je m’étais précipitée sur cette version parue chez Actes Sud dès sa sortie. Il existe aussi l’édition poche chez Babel.

Cet écrivain allemand du XIXème siècle (1802-1827) est considéré dans son pays comme le fils spirituel des frères Grimm. Ici, on retrouve les contes regroupés sous le titre « la caravane », avec en prime des inédits, « le cheikh d’Alexandrie et ses esclaves » et « l’auberge du Spessart », ainsi que des illustrations.
Ces contes ont pour cadre l’orient magique, Alexandrie, Bagdad, ou l’Allemagne et ses forêts profondes et même l’Ecosse, et ils commencent pratiquement tous de la même façon : des personnages sont placés dans une situation un peu difficile (des marchands sur le point d’être attaqués par des bandits dans le désert, un groupe de voyageurs prisonniers d’une auberge pleine de brigands…) et qui, pour conjurer la peur, racontent à tour de rôle une histoire. Mes contes préférés sont ceux de la Caravane, surtout l’histoire de la main coupée et celle du petit Muck.

Ces contes un peu cruels, mais toujours empreints de sagesse et de merveilleux, n’ont d’autre but que d’ouvrir les yeux aux enfants et aux adultes, en leur enseignant la bonté et la sagesse, le courage et la loyauté. Il y a également, en ouverture, un conte intitulé La princesse des contes en robe d’Almanach. La princesse se désole de l’accueil froid des hommes qui, « ont placé à leurs portes de savants gardiens , qui sondent et examinent d’un oeil aigu, ô reine Imagination, tout ce qui vient de ton royaume. Quand arrive quelqu’un qui n’entre pas dans leurs idées, ils poussent de grands cris, le tuent ou le calomnient… ». Cela rappelle le message délivré par Michaël Ende dans l’Histoire sans fin ou celui de James Matthew Barrie à travers la fée Clochette.

Moi, je les ai relus avec un plaisir fou tant ils semblent intemporels, dans le fond comme dans la forme, le tout servi par une belle écriture, et un bel écrin car les éditions Actes Sud ont soigné cette réédition.

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Haut-Royaume – Les 7 cités (trilogie) de Pierre Pevel

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Tout écrit de Pierre Pevel étant impatiemment attendu, j’ai acheté les trois livres d’un coup, petit cadeau fait à moi-même pour l’occasion. Il faut aimer Pevel pour faire ce sacrifice, je vous le dis tout de suite. A presque 18 € le tome, je vous laisse faire le calcul, d’autant que chaque livre ne dépasse pas les 250 pages. Il eût été plus sympa de vendre les 7 cités en un seul volume, et je préviens d’ores et déjà les gars de Bragelonne : si la cote de Pierre Pevel s’envole à ce point là (je pense notamment à la prochaine sortie de la nouvelle basée sur les Lames du cardinal, je crains le pire au niveau prix !), ce sera sans moi ! Après tout, les bibliothèques municipales sont bien utiles pour les petits budgets, profitons-en que diable ! Mais je referme cette parenthèse sur de basses considérations matérielles pour évoquer plutôt la trilogie.

Les fans de Pierre Pevel y trouveront leur compte, rien ne manque, ni le panache et les aventures, ni les coups bas, les trahisons et les complots, les retournements de situation, et on se prend vite d’affection pour la petite bande de cambrioleurs, Iryän et Svern en tête. Le premier est mi-homme, mi-drac, le second est un Skande pour lequel on se sent une sympathie immédiate. La ville de Samarande est presque un personnage à elle seule et Pierre Pevel excelle à rendre les ambiances d’une ville peu recommandable du Haut-Royaume où la pègre et les voleurs de seconde zone se partagent les rues.

Au fil des trois romans, et à partir d’une banale affaire de vol de diamant, Iryän et ses complices vont se retrouvés confrontés à des créatures bien plus redoutables qu’un préfet de nuit. Le ton léger du premier volume n’est plus qu’un souvenir à la fin de troisième volet, au terme d’aventures sanglantes ponctuées de morts violentes et de scènes de tortures, heureusement peu nombreuses.

Si je ne m’abuse, cette trilogie est une oeuvre de jeunesse, remaniée pour intégrer le cycle du Haut-Royaume. Et si on y regarde bien, on trouvera en germe certains éléments, réutilisés et améliorés notamment dans les Lames du Cardinal et la trilogie Wielstatd.

Comme à son habitude, l’auteur a su donner vie à un personnage diablement attachant, même s’il est également entouré de comparses dignes d’intérêt. Ce sang-mêlé, loyal et fidèle à ses amis, capable de tout sacrifier pour une vengeance, inspire à la fois une franche sympathie et un brin de méfiance tant il se laisse emporter facilement par sa nature drac.

Bien que je place cette trilogie un cran en-dessous des autres oeuvres de Pevel, j’ai pris davantage de plaisir à cette lecture que pour certains « mastodontes » de la littérature fantasy anglo-saxonne. Pevel reste une valeur sûre de ce genre littéraire, pas de doute là-dessus !

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L’épouvantable encyclopédie des fantômes de Pierre Dubois

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Croyez-vous aux fantômes ? Moi, pas du tout. Il y a longtemps, j’ai bien cru que j’avais rencontré un fantôme en Ecosse (c’est quand même un peu leur patrie) mais je n’ai jamais pu en être certaine, le doute a donc demeuré.

En lisant le magnifique ouvrage de Pierre Dubois, je suis cependant tentée de revoir mon opinion et de sonder mes certitudes. Mon elficologue préféré a récolté des anecdotes, retranscrit des témoignages et étudié les sources folkloriques de ces habitants des limbes, avec une plume pleine de grâce un rien désuète, de richesse et d’élégance, servie par les magnifiques illustrations de Carine M. et Elian Black’Mor qui m’ont rappelée plus d’une fois l’univers de Tim Burton.

Au détour de ces pages, vous croiserez des revenants plutôt classiques, de ceux qui hantent les manoirs et les cimetières, les dames blanches, mal-morts, lupeux, banshies et autres créatures, le choix est vaste, ma foi. On les entend avant de les voir et ils surgissent dans votre vie à n’importe quelle époque de l’année, même à Noël !

Si l’atmosphère est parfois mélancolique ou fantaisiste, le ton est résolument macabre, les fantômes sont loin d’être bienveillants, ils terrifient, tuent, tourmentent, bref, rendent la vie impossible. De quoi donner des cauchemars…

Cette lecture suit de peu finalement celle de Gaiman, L’étrange vie de Nobody Owens, et on sent bien la filiation entre les deux oeuvres, pas seulement à cause de la présence des fantômes, plutôt en raison de leur perception du monde des morts. Les fantômes aussi ont besoin d’un monde encore un peu champêtre, un peu sauvage, une part d’ombre et de mystère que l’on dissipe hélas, à coups de parkings et d’allées gravillonnées dans des banlieues bien trop urbanisées. Ne plus croire au fantôme, ne plus lui prêter attention, n’est-ce pas mépriser un peu ou dédaigner les contes d’autrefois, le folklore de nos campagnes et la part de merveilleux qu’il n’y a pas si longtemps encore, on cultivait sans s’en rendre compte ?

Alors, pouvait-il y avoir mauvaise surprise ou déception avec Pierre Dubois ? Non, bien sûr. « La suite, peut-être… en revenant ? ».

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Guinevere de Jean-Louis Fetjaine

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J’attendais la conclusion de la série Arthurienne de Fetjaine avec une grande impatience car les trilogies des elfes de l’écrivain figurent parmi mes coups de coeur et mes grandes découvertes en Fantasy.

Pourtant, j’appréhendais cette lecture à cause du titre : honneur à un personnage central de la légende Arthurienne que je n’ai jamais aimé, celle par qui tout le mal arrive, la fade Guenièvre du cycle. Mes appréhensions se sont trouvées confirmées, mais pas en raison du traitement classique réservé à la reine, au contraire. Sous la plume de Fetjaine, Guinevere incarne une figure bien sinistre, à la volonté implacable, annonciatrice de mort, la Gwenyffar galloise, autrement dit la Dame blanche.

Si j’ai pris plaisir à lire la conclusion de cette vaste fresque entreprise avec le Crépuscule des elfes, je dois bien avouer que j’ai été considérablement déçue. Déçue d’abord par le rôle échu aux femmes. Oh certes, elles sont fortes, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais elles sont manipulatrices, indignes de confiance, avides de pouvoir, impitoyables, Morgause et Guinevere représentent brillamment leur sexe sur ce plan là. Chez Fetjaine, la femme, reine ou suivante, se fait catin, presque logiquement, et tous les hommes du cycle, d’Arthur à Lancelot en passant par le répugnant Méléagant, se laissent gouverner par leur sens. Qu’on glisse dans leur couche une belle femme lascive et c’est est fini de la sagesse et de l’intelligence. Et on complote, et on trahit et on se laisse berner… En définitive, on peut grossièrement dessiner deux camps : celui, primaire, des hommes, si faibles et si aveugles, qui ne songent qu’à batailler ou forniquer et celui des femmes, qui ne veulent que le pouvoir.  Pas un gramme de douceur dans ce monde de brutes !

C’était bien là l’une des stupidités magnifiques des hommes qu’il n’avait jamais bien comprises, depuis le temps qu’il vivait parmi eux… Cet acharnement à tuer ou se faire tuer pour des riens, une parole, une bannière, une femme…

Ma seconde déception tient à l’intrigue. La bataille finale contre les Monstres, même si elle s’intègre dans la tragédie Arthurienne qui voit la mort d’Arthur et de Mordred, est une répétition de toutes les batailles se déroulant dans les trilogies des Elfes précédentes. Aucune surprise n’est possible, on sait exactement comment elle va se dérouler, sur quel massacre elle va déboucher, mais je reconnais l’auteur sait à merveille, et comme à son habitude, restituer ces carnages, propres à donner des frissons.

Et pourtant, malgré ces réserves, le roman tient ses promesses notamment grâce à ce subtil mélange dont Fetjaine est coutumier : la rencontre des Elfes et des hommes, la seule présence de la reine Lliane et celle, enchantée, de Merlin suffiraient à elles seules à faire renaître la magie du cycle. Mais ces deux personnages demeurent hélas bien trop en retrait, laissant la plus grande place aux hommes, à leurs désespérantes faiblesses et leur goût pour la guerre.

Avec la mort d’Arthur, la disparition d’Excalibur, c’est la fin d’un monde, celui de Merlin, celui de Lliane, et tout le roman baigne dans cette atmosphère de mélancolie et de désenchantement particulièrement déprimante. Le Mal demeurera dans le monde des hommes, tant pis pour nous.

PS : une couverture fabuleuse, extrait d’un tableau d’un préraphaélite, Franck Cadogan Cowper : Lancelot Slays the Caitiff Knight Sir Tarquin

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La séparation de Christopher Priest

product_9782070356980_195x320J’ai longuement hésité avant de lire mon second Priest, tant j’ai été marquée par le Prestige. Et puis j’ai fini par choisir la Séparation en raison de la toile de fond historique, étant toujours passionnée par la seconde guerre mondiale. Un excellent choix pour un roman passionnant de bout en bout mais qui m’a quelquefois laissée perplexe.

Petit avertissement en guise de préambule, le roman est une uchronie, certes, fort plausible mais si légère que j’ai fini par oublier cette distorsion de la réalité historique tout au long de ma lecture. Bien qu’il soit publié en Folio SF, le livre hésite entre plusieurs genres.  Je ne sais pas si tous les romans de Priest s’articulent de cette façon, mais La séparation a une filiation certaine avec Le Prestige.

Un témoin extérieur, un historien pour être précise,  puise dans des documents écrits la source d’une histoire de jumeaux, qui se dédouble selon le narrateur, les témoins et la personnalité du frère jumeau. Joe et Jack Sawyer se trouvent en 1936 à Berlin pour les jeux olympiques. Ils représentent l’Angleterre dans cette discipline fort prisée Outre-manche, l’aviron. Au cours de ce bref séjour, ils vont faire deux rencontres qui vont chambouler leur vie : Rudolf Hess et une jeune femme dont ils vont tomber amoureux, Birgit. A partir de cet événement, Christopher Priest déroule la vie de nos deux héros, semée de pièges et d’illusions, entretenant le mystère et la confusion, jonglant avec les apparences et les faux-semblants. Jack est pilote de la RAF, son frère est ambulancier pour la Croix-Rouge et au cours d’une mission, Jack disparait. La séparation entre les deux jumeaux est d’abord physique, puis idéologique, chacun ayant un point de vue opposé sur le déroulement de la guerre. La séparation est également celle d’un couple, car Birgit a épousé l’un des deux frères que la guerre a aussitôt contraint à partir et le lecteur ne découvre pas tout de suite l’identité de l’époux.

Et il demeure un autre niveau de lecture, où la séparation prend tout son sens. Je l’ai dit, Priest a bâti son roman sur le jeu des apparences, brouillant les cartes et introduisant un certain degré de confusion chez le lecteur, perdu entre les témoignages contradictoires et ces conclusions différentes. Cette autre séparation est donc mentale. La frontière entre la réalité et l’illusion devient floue d’autant que chacun des deux frères est la proie d’hallucinations, traumatisme hérité de missions dangereuses et difficiles où les nerfs finissent pas être fatalement éprouvés. Or les dernières lignes du roman n’apportent aucun éclairage, le doute est soigneusement entretenu jusqu’au bout. Au lecteur, sans doute, d’imaginer sa version, procédé assez frustrant.

Au final, on ne sait pas exactement qui détient la vérité, ni même s’il y en a une, car la multiplicité des points de vue donnent à penser que chacun a sa propre perception de la réalité. Il n’est reste pas moins que le roman, admirablement traduit d’ailleurs par Michelle Charrier, est passionnant, au-delà de son intrigue historique. Une histoire qui reste longtemps en mémoire, déroutante et mélancolique, une oeuvre intelligente qui suscite la réflexion. Au fond, que demander de plus ?

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Carnets de croquis du Seigneur des anneaux d’Alan Lee

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Pour qui aime le Seigneur des Anneaux en général et le travail d’Alan Lee en particulier, voilà bien un ouvrage indispensable. Une belle présentation, façon vieux carnet relié de cuir, pour un recueil contenant plus de 150 croquis et esquisses en noir et blanc, et quelques illustrations en couleurs.
Carnet de bord d’un artiste qui explique sa conception de l’oeuvre de Tolkien et ses choix à travers le travail effectué pour la réalisation des trois films de Peter Jackson.
Certes, Alan Lee avait déjà illustré les oeuvres de Tolkien par le passé, mais la somme de travail demandée par Peter Jackson pour donner corps à son projet d’adaptation représentait un défi un peu fou pour Lee qui s’est néanmoins jeté corps et âme dans l’aventure, en compagnie de estimé collègue John Howe.
Le livre est divisé en autant de thèmes qu’il y a de lieux, le Mordor, Fondcombe, la Moria, etc. et pour chacun de ces chapitres, l’artiste explique ses choix et partis pris, et les sources de son inspiration. Outre les cartes de Tolkien et la lecture répétée du Seigneur, il semblerait que les paysages de Nouvelle-Zélande aient largement contribué à nourrir l’imaginaire de l’équipe créatrice des films, y compris Alan Lee.
Passionnant et magnifique !

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Les fées d’Alan Lee et Brian Froud

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Je tenais à présenter et parler à nouveau  de ce remarquable ouvrage que tout amoureux des fées se doit de posséder.
Alan Lee est, entre autres, l’illustrateur attitré des oeuvres de Tolkien et a également participé à la création des décors de la trilogie de l’Anneau portée à l’écran par Peter Jackson (mais je n’apprends sans doute rien aux amateurs !). Cela fait de lui, sans l’ombre d’un doute, un spécialiste du monde de la Faërie. Le personnage est intéressant, peu bavard, un peu mystérieux et tellement doué ! Ses dessins sont magnifiques et les deux auteurs passent en revue le monde secret des fées, dressant le portrait de créatures célèbres ou non.

Un texte accompagne chaque illustration, simple anecdote, explication détaillée ou encore fragment de poème. En plus, bien évidemment, des traditionnels conseils pour fuir la rencontre avec certains petits êtres, aux enchantements très puissants, et éviter certains lieux.

Au hasard des pages, vous ferez connaissance avec les vouivres, les kobolds, les sirènes, les feux follets, les fougres et les bigles et mille et une créatures étranges et improbables. Le dernier chapitre est consacrée à la flore et on y apprend de jolies choses, par exemple que les Ecossais surnomment la campanule la « Cloche des Morts », car celui qui entend tinter la campanule, entend le glas de ses funérailles, car elle est la fleur préférée des Elfes…

Enfin, l’humour n’est pas absent de ce très beau livre. Il se termine en effet par une série de vieilles photos ramenées par les deux auteurs, on l’on y décèle la présence de fées, clin d’oeil amusant à l’ouvrage de Conan Doyle (pour ceux qui ne connaissent pas, Doyle a rapporté dans un livre cette incroyable histoire qui s’est passée en Angleterre à la fin du XIXe siècle : deux jeunes filles photographièrent des fées et mirent la population en émoi durant plusieurs années…). J’en parlerai une autre fois…

Et la prochaine fois que vous allez vous promener en forêt, faites-bien attention de ne pas écraser un cercle de champignons, il pourrait vous arriver de drôles de choses…

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