L’Auvergne, encore !

A la mi-septembre, court séjour au Mont-Dore où mes projets de rando sur les sommets a été contrarié par le mauvais temps : pluie et brouillard, sans compte une chute des températures, auront eu raison de nos envies de crapahuter sur les volcans. Alors que quelques km plus loin, à Murol, nous déjeunions en terrasse au soleil !

Ce n’est que partie remise, et en attendant, j’ai quand même eu mon lot de beaux paysages, notamment autour du lac de Guéry.

lac de guéry

 

lac de Guéry

Les bois entourant le lac sont superbes, et après une rude montée en sous-bois, on accède à un point de vue sur une cascade.

cascade

château de Murol

 

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Lettre à une petiote sur l’abominable histoire de la bouffe industrielle de Fabrice Nicolino

Le journaliste écologiste Fabrice Nicolino nous livre une fois de plus un essai brillant, décapant et percutant sur ce qui semble être son sujet de prédilection : la malbouffe et la puissance de l’industrie agro-alimentaire.

Vous allez me dire, pour peu qu’on s’intéresse au sujet, rien de neuf sous le soleil ! Et bien détrompez-vous. Quand bien même vous ne seriez pas séduits par ce ton mordant et ironique, cette construction digne d’un polar où faits historiques et personnages réels s’imbriquent pour former une redoutable intrigue, vous devrez bien reconnaître qu’on apprend toujours une ou deux choses nouvelles dans le catalogue des horreurs produites par ces gens sans scrupules sont l’unique but est de nous gaver de saloperies pour asseoir leur puissance.

Alors, entre deux anecdotes « savoureuses », comme la naissance du restauroute français et les balbutiements de la fabrication des premières conserves, je retiendrai 2 choses : la connaissance parfaite du journaliste des collusions, liens d’affaires et manoeuvres marketing qui conduisent des professionnels de la santé, pour certains scientifiques reconnus, à vanter les mérites de la malbouffe, et comment les industriels, avec la complicité des pouvoirs publics nous imposent et nous gavent de sucre et de sel, deux ingrédients ennemis de la santé et qui causent la mort des milliers de personnes par an. La consommation excessive de sucre et de sel est cependant jugée moins terrifiante ( j’entends comme cause de décès) que la consommation de tabac ou d’alcool. Et les sommes d’argent en jeu sont colossales. Après cette lecture, vous ne ferez plus vos courses de la même façon, c’est certain !

Pour une fois, Nicolino s’adresse clairement à une enfant. C’est donc reconnaître que tout sursaut est désormais illusoire pour nous et qu’il faut tout miser sur la jeune génération ? Peut-être. car, loin de vouloir ajouter une touche déprimante, force est de constater que manger local et bio, et retrouver le goût de faire la cuisine sont des modes d’actions qui certes, progressent, mais restent encore très, trop, marginaux pour espérer un changement notable dans la façon dont nous nous alimentons. Seul le mouvement vegan me parait prometteur, mais seul l’avenir dira si nous sommes sur la bonne voie…

 

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Feral de George Monbiot

Deux mots avant de commencer : d’abord, ce livre est écrit en anglais et non traduit en France, soyez courageux et munissez-vous d’un dico. Ensuite, brève présentation de Monbiot, une sommité outre-Manche : c’est un journaliste anglais, militant écolo et éditorialiste du Guardian (lisez quelques uns de ses articles, que du bonheur, et notamment celui-ci : http://www.monbiot.com/2017/05/19/fell-purpose/ ). Et puis c’est surtout l’auteur de ce monumental bouquin, Feral.

Une nature férale c’est une nature domestiquée qui est retournée à l’état sauvage et c’est ce que Monbiot appelle de tous ses voeux en Angleterre, au Pays de Galles et en Ecosse. Et côté nature, contrairement à ce que l’on pourrait croire, nos voisins d’Outre-Manche ne sont pas gâtés ! Les Anglais aiment la nature certes, mais une nature domestiquée, sous contrôle et évoquant sans nul doute la Comté des Hobbits ! A tel point que l’ennemi n°1 de George Monbiot, c’est le mouton !  Comme dans notre pays, l’élevage ovin a tendance à s’étendre notamment parce que la filière est soutenue à l’aide de subventions. Et les moutons se rencontrent pratiquement dans le moindre espace naturel. Cela a pour conséquence le modelage des paysages anglais (gallois et écossais n’échappent pas à cette malédiction) que nous connaissons aujourd’hui (genre pelouse tondue à ras). Principalement des landes, des endroits dépourvus d’arbres de préférence, où les grands animaux, herbivores comme carnivores, sont absents, à une ou deux exceptions près (à des fins de chasse par exemple).

George Monbiot arpente tous les espaces soi-disant naturels de son royaume, rencontre des gens, discute avec des spécialistes et va même voir au-delà des frontières si ses voisins européens font mieux. Il est vrai que les friches gagnent du terrain grâce à la déprise agricole en certains pays, c’est encore timide certes, mais le processus est bel et bien enclenché. Toutes ces merveilleuses perspectives donnent des idées saugrenues à Monbiot et le voilà qui se prend à rêver d’une Angleterre peuplée d’une biodiversité sauvage. Soyons fous, et ramenons le loup, le lynx, le castor, le sanglier ou encore la forêt en Ecosse ! Car Monbiot pense en plus grand et en plus sauvage.

“Arrange these threats in ascending order of deadliness: wolves, vending machines, cows, domestic dogs and toothpicks. I will save you the trouble: they have been ordered already.

The number of deaths known to have been caused by wolves in North America in the twenty-first century is one: if averaged out, that would be 0.08 per year. The average number of people killed in the US by vending machines is 2.2 (people sometimes rock them to try to extract their drinks, with predictable results). Cows kill some twenty people in the US, dogs thirty-one. Over the past century, swallowing toothpicks caused the deaths of around 170 Americans a year. Though there are sixty thousand wolves in North America, the risk of being killed by one is almost nonexistent.”

Faire revenir la nature ou en tout cas le laisser prospérer à nouveau peut rapporter autant que l’élevage ou la chasse, et en outre le bilan est positif aussi bien que le plan écologique que social. En résumé, Monbiot ne manque d’arguments solides et de bon sens, sous ses idées folles. Il n’est guère écouté cependant, ni par l’Administration, ni par les éleveurs, même si une partie de ses concitoyens réfléchissent sérieusement à la question. Il y a donc fort à parier, malgré le fol enthousiasme de sa prose, que George Monbiot continue à rêver de longues années cette nature férale car elle suppose une remise en question totale et un changement radical de vie que peu de personnes oseraient concrétiser. Je dois reconnaître, et cela Monbiot n’en parle pas, qu’il existe un peu partout dans le monde des initiatives menées par des propriétaires, particuliers ou associations pour reboiser ou réintroduire des espèces sur le long terme. Qui sait si un jour, nous ne reverrons pas le bison brouter tranquillement l’herbe d’une vaste forêt française…

PS : Ci-dessous, un paysage du pays de Galles détesté par Monbiot, le Cambrian desert. Vous noterez l’absence d’arbres et d’animaux sur une vaste superficie…

 

 

 

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Tous les démons sont ici de Craig Johnson

Septième volume des aventures du shérif Longmire, et certainement l’un des plus sombres. En tout cas, il tranche singulièrement avec le précédent. Je vous épargnerai le résumé, ce serait dommage, mais sachez que vous allez avoir très, très froid, et quand même un peu peur aussi. La faute à un psychopathe qui sème la terreur lors d’une mortelle randonnée en montagne. Le blanc de la neige, symbole de la pureté, opposé à la noirceur des âmes… Dès les premières pages, on sent que Walt Longmire va en baver. L’atmosphère étrange qui règne lors de ce transfert de prisonniers est promesse de lourdes menaces et de danger mortel. Et ce bon vieux Longmire (mais quelle mouche le pique ?) s’engage tête baissée dans cette course-poursuite éprouvante au cours de laquelle chacun fera face à ses démons; Walt bien sûr, le tueur mais aussi un allié inattendu en la personne du géant taciturne, déjà croisé dans une autre enquête : Virgil.

L’intrigue est donc recentrée sur très peu de personnages, et n’eût été le cadre sauvage et grandiose, on aurait presque pu parler de huis-clos ! Si j’ai regretté la quasi-absence de Henry et de Saizarbitoria, j’ai apprécié que Craig Johnson étoffe un personnage qui risque fort de faire partie de mes préférés à l’avenir, Omar Rhoades dont le bon sens et le sang-froid m’ont bien plu. Enfin, last but not least, j’aurais été débarrassée le temps d’une enquête de l’horripilante Vic, et c’est sans doute la raison pour laquelle Tous les démons sont ici a ma préférence !

Je ne cacherai donc pas un coup de coeur pour ce roman, pour de multiples raisons. D’abord, c’est une ode magnifique à la nature, intransigeante et cruelle dans son indifférence. La montagne, le puma croisé près des chalets, sont des composantes essentielles de cette traque qui s’apparente à une quête. La mythologie indienne (cheyenne et crow) presque trop rapidement évoquée à mon goût permet de saisir les enjeux de la tragédie, laquelle est habilement soulignée par la lecture de Longmire de la Divine comédie de Dante. Enfin, la dimension spirituelle, l’acceptation du surnaturel sont la petite touche mélancolique du roman. J’ai dit que vous alliez avoir froid et peur, et peut-être vous sentirez-vous tristes aussi. Un drôle de polar en somme.

La vie est comme ça. (Il passa quelques pages ramollies.) On collectionne des choses à mesure qu’on avance — des choses dont on pense qu’elles sont importantes —, et bientôt elles vous pèsent jusqu’à ce qu’on se rende compte que ces choses auxquelles on tenait ne signifient rien du tout. Notre nature est ainsi faite. (Il grogna.) Et c’est tout ce qui nous reste, finalement.

Un autre avis chez Keisha, et bien sûr, sur Babelio.

 

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La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben

Si je devais choisir trois gros coups de coeur cette année, ce serait Feral de George Monbiot, Un an dans la vie d’une forêt de David Haskell et cet ouvrage. Je vous promet que vous ne regarderez plus jamais les arbres de la même façon après cette lecture !

Au fil des chapitres, et des années, ce forestier hors du commun exprime et restitue à la perfection les connaissances et secrets de la nature qui ont changé le regard qu’il portait sur la forêt.

« j’en savais à peu près autant sur la vie secrète des arbres qu’un boucher sur la vie affective des animaux »
Comme pour beaucoup de professionnels de ce secteur, la forêt n’est perçue qu’en terme de rentabilité. Les gros arbres sont les plus intéressants à couper, les vieux arbres, inutiles et dangereux, sont impitoyablement éliminés, les sous-bois sont « nettoyés » des branches tombées et du bois mort, les pistes élargies pour permettre le passage des engins… bref, une vision peu encourageante de la forêt, à peine compensée ici et là par des actions préconisées par l’ONF et les propriétaires privés.

Et pourtant, à lire les propos et constations de Wohlleben, on se dit que couper des arbres ou pire, déboiser des pans entiers de forêt, ne sont ni plus ni moins que des crimes ! D’ailleurs, j’ai pensé tout au long de ma lecture aux Ents de Tolkien ou encore à ce poème de Ronsard, Ode à la forêt de Gastine.

Comment ça, j’exagère ? Savez-vous que la bonne santé d’un écosystème forestier ne dépend pas seulement de la façon dont les arbres s’entraident, mais repose aussi sur un échange de bons procédés avec d’autres organismes comme les champignons ? Que les arbres développent un certain nombre de parades pour résister aux insectes ravageurs, aux maladies ? Que le hêtre est le véritable roi de la forêt et non le chêne ?

Mais pourquoi les arbres ont-ils un comportement social, pourquoi partagent-ils leur nourriture avec des congénères et entretiennent-ils ainsi leurs concurrents ? Pour les mêmes raisons que dans les sociétés humaines : à plusieurs la vie est plus facile ? Un arbre n’est pas une forêt, il ne peut à lui seul créer des conditions climatiques équilibrées, il est livré sans défense au vent et à la pluie. A plusieurs, en revanche, les arbres forment un écosystème qui modère les températures extrêmes, emmagasine de grande quantité d’eau et augmente l’humidité atmosphérique…Pour maintenir cet idéal, la communauté doit à tous prix perdurer.

Vous découvrirez, entre autres choses passionnantes, que les arbres communiquent grâce à leur impressionnant réseau racinaire, et qu’ils sont capable d’élaborer ensemble des stratégies de défenses contre des  ennemis communs. Je pourrais vous raconter mille anecdotes mais ce serait vous priver du plaisir de découvrir la vie intime d’une forêt, racontée avec rigueur, humour et poésie, par un homme exceptionnel.

Ce forestier est  pour moi exceptionnel car il a accepté de remettre en cause ses convictions, d’accepter son ignorance et d’ouvrir les yeux sur un monde insoupçonné. Je crois que c’est ce que je vais retenir de cette lecture : que nous ne sommes rien sans la nature, que la forêt n’a pas besoin de nous pour vivre et s’épanouir, que nous sommes aveugles et que nous ne comprenons rien au monde qui nous entoure. Mais quelques uns d’entre nous sont touchés, par la grâce ou je ne sais quoi d’autre, et ceux-là, qui acceptent de partager leurs découvertes et connaissances, nous permettent d’accéder, un tout petit peu, à une certaine sagesse. Voilà, beaucoup d’émotions à la fin de cette lecture, et comme l’exemplaire que j’ai acheté mentionne déjà 650 000 exemplaires vendus, je me dis que l’auteur a réussi son pari !

Catégories : L'arbre qui cache la forêt | 4 Commentaires

Désobéir de Frédéric Gros

Comme c’est difficile de désobéir, que ce soit à un ordre donné par un supérieur hiérarchique ou une loi qui nous parait injuste. Pourquoi nous comportons-nous comme des petits soldats bien obéissants ? La peur de sortir du rang, de se singulariser ? le conformisme ? La peur du changement, le confort de la routine ? Ou bien un mélange de paresse et de lâcheté ? Voilà la question primordiale à laquelle s’efforce de répondre Frédéric Gros en balayant les motivations humaines, les blocages culturels ou psychologiques et en puisant de nombreux exemples dans l’Histoire ou la littérature, d’Antigone à Thoreau en passant par La Boétie, ou encore le procès Eichmann et l’analyse d’Hannah Arendt ou la glaçante expérience de Milgram (l’obéissance à l’autorité).

Si j’ai tout de suite postulé pour cet ouvrage, c’est évidement car le propos m’intéressait au plus haut point mais aussi parce que la désobéissance civile s’inscrit à mes yeux dans une résistance citoyenne à la destruction de notre planète. Quand je pense désobéissance, je pense en particulier aux zadistes partout dans le monde, aux lanceurs d’alerte, mais aussi les objecteurs de conscience. Ces personnes ont trouvé le moyen de désobéir en engageant leur responsabilité, en opposant devrais-je écrire, leur responsabilité individuelle à la passivité collective. De toutes les pistes de réflexion proposées par Frédéric Gros, l’une d’elle en particulier m’a frappée, et qui fait écho à cette fameuse « banalité du mal » évoquée par Hannah Arendt à propos du nazisme. Lorsqu’on ne désobéit pas, lorsqu’on renonce à critiquer, à défendre la justice et l’égalité, on devient complice, et même, aussi sûrement coupable que ceux qui cherchent à nous soumettre.

«… on se dit que tant de déraison – cette monstruosité démente des inégalités – doit avoir une explication supérieure, théologico-mathématique au moins, et elle ne serait que de surface. C’est bien là la fonction atroce de l’introduction du formalisme mathématique en économie : innocenter celui qui engrange des bénéfices. Non, il n’est pas le salaud de profiteur qui fait crever l’humanité, mais l’humble serviteur de lois dont la souveraineté, la complexité échappent au commun des mortels. J’entends la voix de ces dirigeants surpayés, de ces sportifs millionnaires. Ils se donnent une conscience facile en opposant : «Mais enfin, ces émoluments exorbitants, je ne les ai pas exigés, on me les a proposés ! C’est bien que je dois les valoir.» Allez dire aux travailleurs surexploités qu’ils méritent leur salaire et qu’ils sont sous-payés parce qu’ils sont des sous-hommes.

Pour autant, cet essai n’est pas un appel à la désobéissance, il est plus que ça : c’est un outil destiné à nous faire réellement réfléchir, à nous mettre face à nos responsabilités. Il ne s’agit de désobéir pour le plaisir, histoire de mettre le bazar en société, il s’agit de s’interroger sur la façon dont on peut s’opposer à des mauvaises décisions, à des ordres stupides, dont on peut endiguer le flot des injustices, par des moyens divers et variés, adaptés à la situation et à la personne. Désobéissance ne rime pas forcément avec violence.

Et parfois, la désobéissance, la résistance, se nichent dans de petits actes anodins. J’aime à donner souvent le même exemple sur un thème qui me tient à coeur, dont je parsème souvent mes billets : quand le citoyen se rend compte que les autorités, le gouvernement, à grands renfort d’explications scientifiques destinées à nous rassurer, font main basse sur notre alimentation et notre santé, quand les intérêts économiques priment sur tous les autres, quand ils interdisent l’échange de semences bio, permettent aux multinationales de breveter le vivant, et déclarent la guerre au purin d’ortie, alors, le devoir de chacun c’est de désobéir en cultivant un carré de légumes bios, en utilisant le purin d’ortie au potager, en aidant à développer des jardins familiaux, en échangeant graines et plants avec son voisin. C’est peu et c’est beaucoup à la fois. Et c’est un premier pas.

« Obéir, c’est se faire « le traitre de soi-même ». Au bout du compte on n’obéit pas, ou peu, par peur de l’autre. Ce dont on a peur vraiment – l’inquisiteur de Dostoïevski le redira encore après La Boétie – c’est de la liberté, celle qui oblige, qui met en demeure, et déclenche en chacun de nous ce mouvement de désobéissance qui commence par soi-même ».

Voilà en tout cas un essai à mettre entre toutes les mains, clair et abordable même pour une hermétique à la philo comme moi, à lire et relire. Merci à Babelio et Albin Michel.

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Miss Peregrine et les enfants particuliers de Ransom Riggs

Comment aurais-je pu passer à côté de ce roman qui a fait l’objet de critiques dithyrambiques aussi bien sur les blogs que dans la presse ? Plus encore, un roman qui a été adapté au cinéma par Tim Burton himself ?

De cette plongée dans un univers fort étrange, on ne ressort pas vraiment indemne. Ce n’est pas tant le récit original et intrigant, ni l’attirance de l’auteur pour les atmosphères lugubres ou macabres, que la présence de ces photos incroyables, portraits en noir et blanc d’enfants bien singuliers, qui permettent au lecteur de s’immerger totalement dans l’univers merveilleux de Ransom Riggs.

Ces enfants particuliers, aux multiples talents qui rappellent fortement les jeunes mutants des X Men, vivent dans une boucle temporelle, guidés et protégés par Miss Peregrine qui est une Ombrune. Le jeune Jacob Portman, héros de ce roman, se retrouve lié à ces étranges créatures, dont son grand-père, décédé dans de mystérieuses conditions, lui narrait les aventures inquiétantes. Ici, la petite histoire de famille (le grand-père de Jacob n’a jamais été très proche de son fils et se rattrape donc avec son petit-fils) rejoint la grande Histoire avec en filigrane la seconde guerre mondiale et le nazisme. Les monstres des Enfants, les Estres, sont les monstres des Humains, et la peur qui s’installe dans le coeur de Jacob est la même que celle qui habite les gens de l’époque où il évolue par la force des choses, ceux et celles que le chaos de la guerre terrifie.

Roman fantastique certes, mais aussi roman d’apprentissage car le jeune Jacob va se forger sa propre personnalité et balayer ses hésitations d’adolescent à travers les multiples péripéties qui vont émailler son voyage.

Un voyage géographique et temporel, car si une boucle se contente de répéter ad vitam aeternam une période précisément délimitée, laissant croire aux plus naïfs que l’immortalité est à portée de main, elle permet également de retourner dans le passé, commodité que Jacob et ses nouveaux amis vont mettre à profit.

Si le personnage du jeune héros est bien sympathique, ce sont bien ces Enfants Particuliers qui retiennent l’attention et captivent, bien plus à mes yeux que l’Ombrune, Miss Peregrine. J’ai donc hâte de lire la suite et ça tombe bien, 2 autres romans suivent plus deux livres dérivés.

Ransom Riggs me plait bien, il a l’air d’un gars plein d’humour comme le laisse supposer son site, très sympa. A suivre.

PS : j’ai vu l’adaptation de Tim Burton, qui retrouve là un peu de sa grandeur passée et ternie il faut bien le dire par quelques navets commerciaux. Le film est plutôt chouette mais le livre est meilleur…

 

 

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Craig Johnson, la saga Longmire tomes 5 et 6

Il faut croire que je suis plus accro que je n’ai bien voulu l’admettre dans un précédent billet car j’ai dévoré dans la foulée, Molosses et Dark horse, deux autres titres disponibles en poche, ayant toujours pour héros le shérif Walt Longmire. Cette fois, les animaux sont à l’honneur, des chiens et des chevaux, eux aussi en quelque sorte victimes collatérales des hommes.

Dans Molosses, Longmire trouve un doigt humain à la déchetterie locale qui va le conduire à démêler une drôle d’embrouille. Entre préoccupations familiales (sa fille Cady est sur le point de se marier) et casse-tête amoureux (son insupportable adjointe cherche rageusement à ferrer sa prise), Longmire doit non seulement boucler son enquête mais aussi gérer le mal-être du Basque qui ne s’est pas vraiment remis de son agression. Au milieu de tout ça, on croise une galerie de personnages plus ou moins déjantés (c’est fou le nombre d’originaux qui peuplent ce comté ! ) sur lesquels Henry Stand Bear, comme d’habitude, promène son regard acéré de philosophe.

« Quelle est la situation qui coïncide avec le commencement de ces symptômes ?
– Probablement le Combat des guerriers invisibles, en octobre.
– Le Combat des guerriers invisibles ?
– Ouaip, ou alors, c’est quand je me suis fait piétiner par un cheval, cisailler les jambes par un Vietnamien, écrasé par un Indien de 2,10 m, ou quand je suis tombé du pare-chocs arrière d’une voiture à Philadelphie, ou que je me suis battu avec un camé, ou que j’ai été bouffé par le gel dans la montagne. (Il poursuivit son examen, le visage inquiet.) Cette dernière année a été assez chargée, comme ne cesse de me le rappeler Isaac Bloomfield. »

Ce tome est dans doute le plus léger de la saga, au contraire de Dark Horse que j’ai beaucoup aimé mais qui m’a causé quelques sueurs froides… un suspecte qui veut se laisser mourir de faim, des chevaux brûlés vif dans un incendie, et une petite bourgade peu accueillante où se côtoient à nouveau de drôles de personnages. Le contraste est toujours aussi saisissant, car au décor naturel grandiose du Wyoming que Johnson se plait toujours à magnifier entre deux cadavres, se heurte toujours les crapules les plus veules et les morts sordides. Le shérif s’en prend plein la tronche (une mémorable scène de combat dans un bar…) et même le FBI est sur le coup, signe que cette fois, l’enquête peut échapper à tout contrôle. Nulle impression de répétition avec ces deux nouvelles enquêtes, Johnson poursuit son bonhomme de chemin en piochant allègrement dans tous les cas de figure possibles et imaginables.

Un 7ème tome est sorti il y a quelques jours, je serai de retour pour une nouvelle chronique.

« – Vous avez travaillé longtemps pour les Barsad ?
Il soupira.
– A peu près les quatre plus longues années d’ma vie. (Il tendit la main et caressa l’épaisse fourrure du chien.) Il aimait pas les animaux, et j’me méfie des gens qu’aiment pas les animaux. Et j’vais vous dire, les animaux sont les meilleures gens que je connaisse. »
(Hershel à propos de Wade Barsad)

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Craig Johnson, la saga Longmire 1 à 4

Et voilà, j’ai enfin fait connaissance avec le shérif Walt Longmire, le plus célèbre représentant de la loi du comté d’Absaroka dans le Wyoming. Ah, le Wyoming, ses grands espaces et ses rivières limpides, ses citoyens cheyennes et ses crimes crapuleux…. Ce n’est pas parce que c’est un polar mâtiné de nature writing que les enquêtes sont gentillettes. Little bird nous conte l’histoire d’une vengeance, celle qui s’exerce sur les quatre auteurs d’un viol collectif, d’autant plus immonde (si tant est qu’on puisse parler de graduation dans les cas de viol !) qu’il a été commis sur une jeune indienne qualifié d’un peu « simplette ».

J’avoue que dès les premières pages, je n’ai pas été plus enthousiaste que ça. Cette sordide enquête m’en rappelait d’autres (hello, Larry Watson…) et cet air de déjà-lu ne me  disait rien qui vaille, et puis Longmire lui-même me laissait dubitative : je me figurais bien ce grand type un peu lent, cinquantenaire et veuf, à la mélancolie un peu irritante, perpétuellement entouré de femmes protectrices, lui-même ayant une tendance assez marquée à tomber un peu amoureux de chaque créature féminine croisée, quel que soit leur âge… Fort heureusement, Walt a aussi de très bons côtés qui font oublier ses petits défauts : son sens de la justice, son affection pour le peuple Cheyenne, sa compassion pour les animaux. Et puis il est flanqué d’un meilleur ami que je considère comme étant peut-être le véritable héros de la saga Longmire : Henry Standing Bear, patron de bar et philosophe, costaud au coeur tendre et admirable observateur de la nature humaine.

M’étant accoutumée à ce drôle de shérif au fil des pages, j’ai donc enchaîné avec les romans disponibles en poche, d’abord Le camp des morts, suite directe de Little bird, où il est question de querelle autour d’un testament et de vie de femme battue (ben là aussi, c’est pas gai…) puis L’indien blanc où Longmire quitte, une fois n’est pas coutume, son cher Wyoming, pour Philadelphie, haut lieu du crime où travaille sa fille Cady, pour revenir enfin chez les cow-boys avec Enfants de poussière où le shérif va se retrouver confronté à son passé d’enquêteur dans les Marines durant la guerre du Vietnam. L’occasion pour le lecteur de découvrir un pan du trafic lié à la prostitution de jeunes vietnamiennes et de croiser un personnage digne d’intérêt, Virgil White Buffalo. Que du réjouissant…

Evidemment, au bout de quatre romans, on peut dire que Longmire est devenu un ami (malgré une fâcheuse tendance à se regarder dans la glace et s’amouracher su premier jupon croisé). Et pas que lui. Outre Henry (mais comment ne pas être admirative de ce gars, franchement ? ), j’avoue un faible marqué pour l’irascible Lucian Connaly, le mentor de Longmire, qui malgré son âge, est toujours capable de tirer plus vite que son ombre. A eux trois, les enquêtes sont résolues en un tour de main. Certains autres personnages m’intéressent moins, et notamment l’insupportable adjointe, Vic, qui jure comme un charretier, tandis que d’autres gagnent à être développés comme la dernière recrue, Santiago. Il y a donc matière à exploiter plein d’autres pistes dans les prochains romans.

La grande force de Johnson, outre cette écriture efficace et son rythme lancinant, c’est cette parfaite connaissance de la vie dans les petites bourgades (et pour cause, l’auteur vit dans le Wyoming), cette admiration non feinte pour la nation Indienne et sa spiritualité, qui me touche tout spécialement et son indulgence sans bornes pour les femmes qui ont toujours le beau rôle dans les enquêtes. Si l’on ajoute son affection pour les bêtes (de beaux passages consacrés en particulier aux chevaux et aux chiens), je dirais que tous les ingrédients sont réunis pour en faire une série plus qu’attachante.

A noter que le premier récit que j’ai lu de Johnson était une nouvelle gratuite, proposée en téléchargement par Gallmeister : un vieux truc indien, j’avais adoré !

Une série a été adaptée des Longmire, je ne sais pas du tout ce que ça vaut…

Plein d’autres avis sur babelio lecture/Ecriture et Keisha.

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La Hulotte n° 105

Dans ce nouveau numéro toujours très drôle, honneur à la petite chouette chevêche, également surnommée, entre bien d’autres noms, chouette d’Athéna. Ce  rapace est un modèle de discrétion dans nos paysages familiers. Sa petite taille et son sens du camouflage font de lui un hôte presque invisible de nos prairies et de nos bocages.

Cette chouette est pourtant l’une de nos proches voisines, car elle dédaigne les grands bois pour des espaces plus  cultivés, où elle peut être certaine de repérer facilement ses proies. C’est qu’elle a grand appétit et qu’elle n’est pas difficile, la bougresse : batraciens, insectes, orvets, mulots, lézards et même lapins, poules d’eau ou noctules ! Personne n’est à l’abri ! Si en plus du couvert, vous pouvez lui procurer un gîte de luxe du type cavité dans un arbre mort, la chevêche viendra habiter sur vos terres pour le restant de ses jours. Et oui, car elle est casanière et très routinière…

Comme toujours chez la Hulotte, textes et illustrations sont des plus réjouissants et on apprend une foule de choses sur ce petit rapace bien attachant.

Dernière chose, en certains lieux la chevêche frôle l’extinction pour des raisons hélas évidentes et communes à tant d’autres espèces animales : destruction des haies, disparition des vieux arbres creux et épandage d’insecticides. En clair, les agriculteurs et leurs machines diaboliques sont responsables de la crise du logement que subissent les chouettes d’Athéna. Pensons à elle en plantant des arbres et en épargnant ceux qui sont encore debout !

photo : rapaces.lpo

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