A vol d’oiseau de Craig Johnson

Les cheyennes sont à l’honneur dans ce huitième opus de la série Longmire (c’est d’ailleurs le seul véritable intérêt de ce nouvel opus), et forcément, ça c’est chouette, et les femmes sont très présentes, et ça, c’est un peu moins bien ! La petite nouvelle, dont le caractère bien trempé évoque immanquablement celui de Vic, l’ajointe au langage de charretier, est dotée d’une personnalité pour le moins agaçante. Lolo Long est la nouvelle (jeune et belle) chef de la police tribale, bien décidée à se montrer plus hargneuse que ses collègues masculins, sans doute pour se frayer un chemin sûr dans cette rude communauté. C’est louable sans doute, mais il n’en reste pas moins que son insolence envers Walt est extrêmement choquante ! Ajoutons la fille chérie de Longmire, tout occupée à trouver le lieu de mariage idéal (son père ayant plus ou moins saboté cette mission sacrée) et la trop séduisante mère de Vic, et vous aurez un bon aperçu  de l’atmosphère générale ! L’histoire du meurtre est à peine suffisamment intéressante pour poursuivre la lecture (excusez-moi mais les histoires de jupons de ce bon vieux shérif ont le don de m’ennuyer, mais à un point…) mais fort heureusement, j’ai pris plaisir à retrouver, comme d’habitude, la Nation Cheyenne et une ancienne connaissance, dont la personnalité aurait mérité d’être davantage creusée, l’agent du FBI, Cliff Cly. Au-delà des relations pas toujours bien palpitantes entre les personnages de la saga, on apprend une foule de choses, pas réellement réjouissantes, sur la vie dans la réserve, un parti pris tout à l’honneur de Craig Johnson. Sans surprises, on dira que c’est le roman que j’ai le moins aimé de la saga Longmire mais je fais confiance à l’auteur pour m’emmener sur une autre voie la prochaine fois…

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Terre Mère de Jean Malaurie

Jean Malaurie, ethnologue et explorateur, est l’auteur d’un ouvrage essentiel (parmi d’autres) : les derniers rois de Thulé. J’ai bien envie de classer aussi ce court essai, qui est en fait un texte extrait de son discours rédigé à l’occasion de sa nomination d’Ambassadeur de l’Arctique en 2007, parmi les écrits essentiels de notre début de siècle. Loin du texte sec et scientifique que l’on pourrait attendre d’un tel auteur, cet extrait est au contraire plein des émotions et des souvenirs de Malaurie, lesquels le poussent à lancer son cri d’alarme pour notre planète, à travers son combat pour les peuples autochtones du Nord. Un de plus direz-vous.

Mais ce récit poétique et engagé est celui d’un homme passionné par sa cause et terriblement lucide qui fait cet effroyable constat : « Nous sommes des veilleurs de nuit face à une mondialisation sauvage, à un développement désordonné. Si nous n’y prenons pas garde, ce sera un développement dévastateur. La Terre souffre. Notre Terre Mère ne souffre que trop. Elle se vengera. Et déjà les signes sont annoncés ».

La prose est belle, le combat est juste. Ce ne sont pas les propos d’un « écolo illuminé » ou d’un doux rêveur, mais d’un scientifique et écrivain accompli qui assiste impuissant à la disparition d’un monde, au milieu d’une indifférence quasi générale dont nous sommes tous responsables, nous Occidentaux. Puissent ces paroles atteindre ceux qui pensent encore que le sort de l’homme et la l’état de la planète sont dissociables…

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Loin de la foule déchaînée de Thomas Hardy

Ma première incursion dans l’oeuvre de Thomas Hardy fut plutôt mélancolique, je dois bien l’avouer. Il s’agissait de Tess d’Uberville, une lecture imposée à la fac qui plus est. Est-ce à dire que j’aurai continué à ignorer indéfiniment cet écrivain anglais ? Probablement pas, et pour deux raisons : d’abord un avis plus qu’enthousiaste de Gwen21 sur Babelio et le visionnage de la belle adaptation de Thomas Vitenberg qui m’auront finalement convaincue de lire le roman.

Ai-je été aussi emballée que ma camarade blogueuse ? Et bien non, à mon grand désappointement.

Pourtant, le roman commençait bien. Il était une fois une belle jeune fille, nommée Batsheba Everdene, qui hérite d’une grosse ferme quelque part dans un coin d’Angleterre. Loin d’être rebutée par l’ampleur de la tâche, la demoiselle s’efforce de relever le défi : elle participe aux travaux, négocie sur les marchés, fait chaque soir, bravement, le tour de son domaine pour veiller au bien-être de chacun… Bref, une figure féminine comme j’aimerais en croiser plus souvent au détour d’un roman anglais du XIXème. Comme elle est belle, un premier prétendant fait son apparition au bout de quelques pages, qu’elle repousse. La demoiselle est non seulement courageuse, mais elle a du caractère, voilà qui me plait encore davantage. Je n’ai pu cependant m’empêcher d’éprouver un peu de regret devant ce premier épisode romanesque qui tourne court, car le malheureux fermier éconduit, Gabriel Oak, est pourtant digne d’intérêt et même plus que ça. Mais tant pis, Batsheba est volontaire et décidée à se passer d’un homme, et une telle détermination me faisait bien plaisir.

Mais ai-je dit qu’elle était jeune et belle ? Oui, je l’ai dit. C’est important de le souligner car après Gabriel Oak, deux autres hommes vont tomber raide dingue de notre délicieuse fermière. C’est un peu comme une épidémie qui se répand, mais je me dis que les belles jeunes filles à la tête d’un domaine dans la campagne profonde ne devaient pas être légion, et que, par conséquent, c’était peut-être normal d’assister à cette ruée de prétendants. Sauf que c’est à partir de ce moment là que l’histoire se gâte à mes yeux. Batsheba devient tout d’un coup gamine, inconséquente, coquette, voire même ingrate. Adieu sagesse, détermination et self-control. La voilà devenue plutôt cruche et toute prête à se jeter sur un bellâtre… Ah le prestige de l’uniforme… Car figurez-vous que j’ai irrésistiblement pensé à Lydia et son capitaine Wickham, d’Orgueil et préjugés. Oui, la comparaison n’est pas flatteuse pour notre héroïne…

 

Que dire alors des personnages masculins ? Et bien les portraits ne sont guère reluisants : l’un est un jeune coq briseur de coeurs qu’aucune femme sensée n’aurait daigné aimer (Jane Austen, reviens !!!), l’autre n’a pas toute sa tête (il y a du Hamlet chez cet homme, je vous le dis…), et une partie du malheur qui s’abat sur chacun des deux amoureux est dû à notre jeune écervelée…

Voilà, ma déception était donc inévitable. Mais qu’on se rassure, j’ai quand même pris du plaisir à lire ce bon roman. La plume de Hardy qui ressuscite ce pan de l’Angleterre d’une manière tellement juste et empreinte de poésie, qui rend hommage à la vie de ces paysans, à la nature et aux bêtes, justifiait à elle seule la lecture. Et je remercie ce grand écrivain, non pas pour avoir créé le personnage de Batsheba, qui m’a laissée de marbre et m’a bien déçue, mais plutôt pour avoir donné vie à un magnifique portrait d’homme, Gabriel Oak, pour moi le seul véritable héros du roman. Le gars que beaucoup de femmes rêvent de rencontrer je pense…

En définitive, si vous voulez faire connaissance avec des femmes fortes, qui ont du piquant et du caractère, mais qui ont aussi une belle sensibilité et une dose de romantisme, rabattez-vous sur La bienfaitrice d’Elisabeth Von Arnim, Nord et sud d’Elisabeth Gaskell, Beaucoup de bruit pour rien du grand Will, car le personnage de Beatrice figure parmi mes favoris ou tout simplement sur Autant en emporte le vent. Car en terme de femme indépendante et volontaire, personne n’a jamais fait mieux que Scarlett O’Hara…

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Super engagé de Dan Mathews

Merci à Babelio pour ce masse critique qui m’a permis de découvrir un chouette livre. Même si le thème m’intéressait, j’étais tout de même un peu sceptique quant à la forme et au contenu. Je ne connais pas grand-chose des actions de PETA France, mais la maison-mère américaine est la spécialiste des actions tape-à-l’oeil reprises dans les tabloïds pour deux raisons : soit l’action est soutenue par une personnalité du show-biz ou un people, soit l’action est dirigée contre l’un deux; En tous les cas, cela draine l’attention des médias et de l’opinion publique.

La plupart d’entre vous vont spontanément citer Pamela Anderson, l’ex-plantureuse sirène d’Alerte à Malibu, qui soutient la cause depuis des années et qui est sujette à pas mal de moqueries, soyons honnête, mais si je vous dis que pas mal de pointures du rock ou de la pop, au hasard Pink pour n’en citer qu’une, et des actrices ou acteurs de la trempe d’Alec Baldwin, ou James Cromwell, ou encore Liev Schreiber, appuient tout aussi régulièrement PETA, on se dit que cette association n’est peut-être pas aussi farfelue qu’elle le parait.

L’auteur de ce bouquin est aujourd’hui vice-président, mais il démarré sa carrière en étant à l’accueil, il y a bien des années, et a gravi les échelons au fil de ses actions et coup d’éclats, de ses amitiés aussi dans le show-business. D’un naturel optimiste et farceur, ouvertement gay mais pas excentrique, opiniâtre et déterminé, jamais à court d’idées désopilantes pour informer le grand public, et le sensibiliser à la cause animale, Dan Matthews est finalement une personnalité attachante.

Son récit est donc aussi bien parsemé d’anecdotes personnelles – peut-être pas toujours palpitantes-  que d’exemples célèbres d’actions militantes (sa rencontre avec Nina Hagen ou son  court passage dans un hôpital parisien sont à peine croyables !). A la lecture du livre, on comprend mieux pourquoi ce séduisant quinquagénaire ne sombre pas dans une déprime chronique : certes, il est le témoin direct de pratiques révoltantes ou visionne régulièrement des horreurs faites sur les animaux (industrie de la fourrure, expérimentations sur des singes…), qu’il entend toujours dénoncer publiquement à grand renfort de mises en scènes médiatisées, mais il est aussi capable  d’apprécier chaque instant ou chaque opportunité sans lien avec la cause. Comme quoi, on peut être un activiste joyeux et décomplexé.

Ce que je retiendrai de ces mémoires, c’est que ce gars est issu d’un milieu très modeste, dans un coin d’Amérique où la tolérance n’est pas ce qui est le plus flagrant, a eu de la compassion pour les bêtes très jeune, comme une évidence. J’ai apprécié également cette approche typiquement américaine pour une association, de se choisir un segment encore non occupé et de se développer de manière très professionnelle, avec du marketing, des stratégies. Comme on dit, il faut combattre avec les mêmes armes que l’adversaire ! Voilà, plutôt une bonne surprise car il y a pas mal d’anecdotes qui m’ont fait rire malgré la gravité du sujet, et c’est une lecture qui peut même redonner du peps aux militants de la cause animale fatigués et défaitistes (et je ne les critique pas, loin de là).

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La cartographie des nuages de David Mitchell

Parce que je regardais, il y a quelques jours, l’adaptation ciné de ce formidable roman, j’ai eu envie de le relire… le plaisir est toujours intact, qu’on se rassure !

Cartographie des nuages, c’est le nom donné à son sextuor par Robert Frobisher en 1931. le jeune homme est installé dans le château de Zedelghem, et sert d’assistant au vieux Ayrs, un compositeur anglais de renom. Il écrit de longues lettres à son ami Sixsmith dans lesquelles il lui narre son quotidien et lui décrit les affres de la création musicale.

Et voilà qu’il découvre une moitié de livre qui l’intéresse fort, contant les pérégrinations d’Adam Ewing, homme de loi anglais qui voyage dans les Iles Chatham en 1850. Ce dernier assiste, impuissant et résigné, à l’esclavage pratiqué par des autochtones sur d’autres tribus. C’est la première histoire de ce livre incroyable qui m’a émue et captivée, un vrai coup de coeur !

Le ton est en effet donné dès le premier récit – il y en a 6, tour à tour drôles, tragiques, émouvants, dont 5 sont découpés en deux parties. Ces derniers sont tous imbriqués (vous découvrirez comment on passe de l’histoire d’Ewing à celle de Frobisher, puis Luisa Rey, Sonmi 451 et Zachry…), se passent à des époques différentes certes mais ont un commun des individus étrangement reliés par une tache de naissance, et mettent en lumière un destin individuel, un homme ou une femme ayant à lutter contre des événements plus ou moins dramatiques.

Qu’ils soient englués dans un monde terrifiant (qui peut prendre bien des aspects, de la maison de retraite à la société du futur) ou en butte à l’hostilité de leur milieu, chacun est seul. Luisa Rey, mon personnage préféré, combat une installation nucléaire dans les années 70, Sonmi 421 est un clone qui s’est rebellée et qui a découvert l’horrible destin de ses semblables, Cavendish est un vieux bonhomme mis au rebut dans une maison qui n’aurait rien à envier à l’établissement de Vol au-dessus d’un nid de coucou…

Le constat est donc amer. L’humanité est perdue. Il n’y a plus rien à en espérer pour la simple et bonne raison que personne ne tire les leçons du passé, chacun répète les mêmes erreurs. voilà, c’est un éternel recommencement.

La civilisation elle-même est un leurre. Il suffit d’un grand « boum » nucléaire pour que l’homme retourne à l’état de barbare. le récit « La croisée d’Sloosha pis tout c’qu’ a suivi » est plutôt édifiant. C’est le seul qui soit « entier » et qui constitue le point d’orgue de cette histoire de l’humanité. C’est la réponse de Mitchell à la naïve question d’Ewing : « Prétendez-vous que la race blanche ne domine point par la grâce divine mais par le mousquet ? »

C’est un roman bourré de références ciné et littéraires si on sait lire entre les lignes, construit de manière brillante, qui m’a vraiment estomaquée. La traduction est excellente, cela a dû constituer un tour de force pour reproduire ces styles littéraires différents, SF, thriller, récit de voyage du 19ème, genre épistolaire et surtout le langage imaginaire de l’histoire centrale. Chapeau.

Génie et inventivité de l’écrivain qui imaginé toutes ces boites gigognes pour amener le lecteur à réfléchir sur nous, jeu de miroirs, voyage dans le temps qui laisse songeur. Je ressors étourdie de cette lecture, éblouie par la virtuosité de Mitchell et son implacable logique. Légèrement tempérée par la dernière phrase…

Alors, que vaut le film qui en a été tiré ? Je ne suis sans doute pas objective, car j’ai également beaucoup aimé cette chouette adaptation qui représentait tout de même un sacré défi. Après, je me demande ce que peut réellement en retenir un spectateur qui n’aurait pas lu le roman. J’avoue avoir été particulièrement séduite par la prestations des acteurs. Si Tom Hanks est toujours incroyable, au point que cela en devient la routine, je dois tirer mon chapeau au reste du casting qui endosse plusieurs rôles. Certains sont d’ailleurs totalement méconnaissables comme le très surprenant Hugh Grant qui ne nous avait jamais habitué à ce type de performance ! Un film à voir sans hésiter !

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La passe-miroir, tome 3 : La mémoire de Babel par Christelle Dabos

Troisième tome des aventures de la liseuse Ophélie et troisième arche, cosmopolite et originale : Babel. Après un suspense quasi-insoutenable à la fin du second volume, il me tardait de retrouver cette drôle d’héroïne et son amoureux, d’autant que leur mission, mettre Dieu hors d’état de nuire, s’annonçait à la fois excitante et périlleuse. Alors, que dire de ce troisième volet ? Et bien dans l’ensemble, il a tenu ses promesses mais hélas, il est demeuré à mes yeux un tome de transition. Deux ans se sont écoulés entre la fuite de Thorn du Pôle et l’arrivée d’Ophélie sur Babel. Un nouveau monde avec de nouveaux personnages, dont l’énigmatique mais intrigant Octavio, que l’on reverra j’espère.

Les personnages justement, parlons-en : petite déception avec la mise en retrait du charmeur Archibald, de Bérénilde et de la tante Roseline. Ils m’ont diablement manquée, je l’avoue. Pour autant, Christelle Dabos a su maintenir l’intérêt des lecteurs en éveil avec l’apparition de la petite Victoire, fille de Bérénilde et Farouk, enfant singulière – et pour cause – qui sera certainement au centre du quatrième livre. Je regrette également un schéma plaqué sur le premier volet : Ophélie redevient cette fille un peu molle et passive, et Thorn semble se figer dans une attitude qui le dessert sur le plan émotionnel. Le choix de cette non-évolution m’a quelque peu chagrinée, d’autant que la nouvelle « couverture » de notre Ophélie-détective n’est pas des plus originales. Il y a petit côté « école de Harry Potter » avec ses épreuves, ses bizutages et ses méchants élèves qui vont tout faire pour écarter Ophélie de cette curieuse académie, thème hélas recyclé chez bien d’autres auteurs.

Heureusement que ces petites faiblesses sont contrebalancées par une imagination foisonnante de l’auteure qui parvient à recréer un monde fascinant, riche, coloré en quelques traits de plume. La richesse des descriptions et du vocabulaire, les surprises dont le récit est parsemé, les trouvailles et rebondissements forcent l’admiration, car si je peux bien à nouveau chipoter sur certains détails, je continue à clamer que Christelle Dabos a un vrai talent d’écrivain et une place certaine dans les auteurs de fantasy qui comptent. Ce gros pavé a été dévoré rapidement et presque sans pause, et je le relirai certainement plus tranquillement pour digérer tous ces nouveaux événements.

L’horloge fonçait à toute allure. C’était une immense comtoise montée sur roulettes avec un balancier qui battait puissamment les secondes. Ce n’était pas tous les jours qu’Ophélie voyait un meuble de cette stature se précipiter sur elle.
– Veuillez l’excuser, chère cousine ! s’exclama une jeune fille en tirant de toutes ses forces sur la laisse de l’horloge. Elle n’est pas si familière d’habitude. À sa décharge, maman ne la sort pas souvent. Puis-je avoir une gaufre ?

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Quand sort la recluse de Fred Vargas

Il y a quelques auteurs, comme ça, dont j’attends toujours la nouvelle cuvée avec une impatience souvent difficile à réfréner et qui ne me déçoivent que fort rarement et en tout cas, quand je chipote, c’est à propos de détails peu importants. Chez les français, je peux citer Pierre Pevel et Fred Vargas. Le dernier opus de cette dernière a donc fini par atterrir sur mes étagères en grand format, car je n’avais pas la patience d’attendre la sortir poche.

C’est du Vargas pur jus, ce qui signifie ce que ceux ou celles qui cherchent une intrigue policière classique, louchant vers le rationnel, en seront pour leurs frais. Pour les autres, pour ceux qui ne dédaignent pas se perdre un peu dans les méandres de l’Histoire, pour les inconditionnels de l’équipe Adamsberg dont on a toujours plaisir à retrouver les visages familiers, pour les amateurs de caractères bien trempés ou singuliers, cette Recluse constituera un cru appréciable et plein de surprises.

« L’espace d’un instant, Adamsberg trouva la vie de la brigade très compliquée. Est-ce qu’il avait trop laissé filer les brides ? Laissé trainer les revues d’ichtyologie sur le bureau de Voisenet, laissé le chat organiser son territoire, laissé un lit pour Mercadet, laissé Froissy emplir une armoire de réserves alimentaires, disponibles en cas de guerre, laissé Mordent à sa passion des contes de fées, laissé Danglard à une érudition envahissante, laissé Noël couver son sexisme et son homophobie ? Laissé son propre esprit ouvert à tous les vents ? »

Comme souvent, Vargas distille ses connaissances que ce soit sur le monde animal ou sur des faits historiques au travers d’une enquête cependant bien plus tordue que dans les précédents tomes. La recluse est aussi bien cette timide araignée que l’on prend plaisir à découvrir, que la femme au moyen-âge qui vivait retirée car, je cite, « Il était d’usage de pratiquer, auprès de certaines églises du moyen âge, de petites cellules dans lesquelles s’enfermaient des femmes renonçant pour jamais au monde. Ces reclusoirs avaient le plus souvent une petite ouverture grillée s’ouvrant sur l’intérieur de l’église. » Il va sans dire que je préfère nettement la petite araignée, qui sera d’ailleurs, et sans mauvais jeu de mots, le  fil conducteur d’une intrigue reposant sur une implacable vengeance. A propos, l’intrigue principale se suffisait largement à elle-même, il n’était peut-être pas nécessaire de l’encombrer d’une enquête mineure quelque peu abracadabrante, mais ceci n’engage que moi.

Comme pour le dernier roman, je ne cacherai pas une pointe de déception quant au traitement des personnages, devenus des amis au fil du temps. Bien sûr, tout ce petit monde gravite autour de l’insaisissable Adamsberg, mais certains membres de l’équipe mériteraient tout de même autre chose que ces éternels rôles de faire-valoir. Et si Danglard devient de plus en plus détestable (ça va devenir difficile de continuer à l’excuser celui-là…), d’autres comme Violette et Veyrenc, demeurent sous-exploités, lointains, à la périphérie du génial commissaire. Cela devient un peu frustrant.

Encore une fois, je me laisse aller à chipoter – mais c’est toujours ainsi, quand on place la barre assez haut avec son auteur favori – alors qu’évidemment, j’ai pris un plaisir fou à cette lecture (roman dévoré en deux jours). En guise de dessert, deux extraits de dialogues made in Vargas.

Dormi dans l’avion ? intervint Veyrenc en souriant.
– Possible, Veyrenc. Ça pue.
– Sans aucun doute, ça pue. On bute, on bute.
– Je veux dire : ça pue réellement, dans cette pièce. Vous ne sentez rien ?
Les agents levèrent leurs têtes tous ensemble pour repérer l’odeur. Curieux, pensa Adamsberg, que l’être humain hausse instinctivement le nez de dix centimètres quand il s’agit de saisir une odeur. Comme si dix centimètres allaient changer quoi que ce soit. Mue par ce réflexe animal conservé depuis la nuit des temps, la troupe des agents évoquait tout à fait un groupe de gerbilles cherchant à capter l’odeur de l’ennemi dans le vent.

 

– (..) Dis-moi comment s’appelle cette manière de parler qui consiste à emmerder l’autre en le questionnant sans cesse pour lui faire cracher ce qu’il ne sait pas mais qu’il sait?
– La maïeutique.
-Et qui a inventé ce truc?
– Socrate.
– Si bien que lorsque tu me questionnes coup sur coup, c’est cela que tu fais?
– Va savoir, dit Veyrenc en souriant.

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Africa, carnets d’artiste de Kim Donaldson

Rarement livre de peinture m’aura autant impressionnée que celui-ci ! Kim Donaldson, né au Zimbabwe, est souvent considéré comme le plus grand artiste animalier actuel, et je le crois sans peine au vu de ses oeuvres magnifiques, qui rendent pleinement justice à la beauté de ce continent. Quelle magie s’en dégage ! Il a sillonné la plupart des grands parcs nationaux africains et en a ramené tableaux, croquis, commentaires et notes qu’il nous livre dans ce superbe ouvrage. Il a su capter et apprivoiser la lumière de l’Afrique, restituer les couleurs les plus délicates, la grâce des animaux, et sa connaissance de l’anatomie animale est si ahurissante que certaines de ses peintures semblent être plutôt des photographies.

Le texte est lui aussi intéressant, bourré d’anecdotes et de passages tirés de ses carnets de voyages. Donaldson espère ainsi faire aimer l’Afrique et faire en sorte de préserver sa faune, ainsi que les peuples nomades, condamnés eux aussi à disparaître. Avec beaucoup de finesse et de sagesse, Donaldson nous interpelle sur la beauté du monde sauvage, nous confronte à notre conscience et à nos devoirs. Bref, un indispensable.

En tout cas, ces illustrations et peintures sont magnifiques, de quoi en rester ébahie…

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Renard sauve son vélo de Floriane Ricard et Fibretigre

Comment évoquer le problème des déchets et le réemploi avec les petits ? En racontant l’histoire du sympathique Renard qui aurait voulu garder son vélo, même cassé, alors que tout le monde voudrait en faire un déchet !

Le vendeur chez qui Renard apporte son vélo cassé lui recommande d’en acheter un neuf plutôt que de le réparer puis le camion-benne qui ramasse les poubelles évacue le pauvre vélo dans une décharge !

J’ai lu cet album pour enfants avec d’autant plus d’attention que je travaille dans le secteur des déchets et que je connais donc bien le problème de la surconsommation et de l’obsolescence programmée qui conduisent chaque jour d’innombrables objets dans les déchetteries ou les centres d’enfouissement.

Imaginez l’étonnement de Renard face à cette réponse absurde du marchand ! Acheter à nouveau plutôt que réparer ! Mais la surprise de Renard sera encore plus grande quand il s’apercevra que la décharge regorge d’objets presque neufs  ou en très bon état et pourtant jetés ! Les deux auteurs abordent ici de manière légère et subtile le réemploi et les recycleries dont le concept commence à se développer dans nos campagnes.

A l’heure où nous sommes saturés de déchets et où beaucoup d’entre nous peinent à boucler les fins de mois, le réemploi des objets devrait devenir un geste instinctif et vital.

Cette nouvelle collection des éditions Rue de l’échiquier a donc le grand mérite d’initier de jeunes lecteurs au développent durable et à l’écologie. Les textes sont simples et drôles, les illustrations sympathiques, et l’ouvrage devrait pouvoir servir d’amorce à une discussion à l’école ou à la maison sur le thème de nos déchets auquel les enfants sont naturellement assez sensibles.

Merci à Babelio et à l’éditeur pour e masse critique.

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L’Auvergne, encore !

A la mi-septembre, court séjour au Mont-Dore où mes projets de rando sur les sommets ont été contrariés par le mauvais temps : pluie et brouillard, sans compter une chute des températures, auront eu raison de nos envies de crapahuter sur les volcans. Alors que quelques km plus loin, à Murol, nous déjeunions en terrasse au soleil !

Ce n’est que partie remise, et en attendant, j’ai quand même eu mon lot de beaux paysages, notamment autour du lac de Guéry.

lac de guéry

 

lac de Guéry

Les bois entourant le lac sont superbes, et après une rude montée en sous-bois, on accède à un point de vue sur une cascade.

cascade

château de Murol

 

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