Mes coups de coeur

Feral de George Monbiot

Deux mots avant de commencer : d’abord, ce livre est écrit en anglais et non traduit en France, soyez courageux et munissez-vous d’un dico. Ensuite, brève présentation de Monbiot, une sommité outre-Manche : c’est un journaliste anglais, militant écolo et éditorialiste du Guardian (lisez quelques uns de ses articles, que du bonheur, et notamment celui-ci : http://www.monbiot.com/2017/05/19/fell-purpose/ ). Et puis c’est surtout l’auteur de ce monumental bouquin, Feral.

Une nature férale c’est une nature domestiquée qui est retournée à l’état sauvage et c’est ce que Monbiot appelle de tous ses voeux en Angleterre, au Pays de Galles et en Ecosse. Et côté nature, contrairement à ce que l’on pourrait croire, nos voisins d’Outre-Manche ne sont pas gâtés ! Les Anglais aiment la nature certes, mais une nature domestiquée, sous contrôle et évoquant sans nul doute la Comté des Hobbits ! A tel point que l’ennemi n°1 de George Monbiot, c’est le mouton !  Comme dans notre pays, l’élevage ovin a tendance à s’étendre notamment parce que la filière est soutenue à l’aide de subventions. Et les moutons se rencontrent pratiquement dans le moindre espace naturel. Cela a pour conséquence le modelage des paysages anglais (gallois et écossais n’échappent pas à cette malédiction) que nous connaissons aujourd’hui (genre pelouse tondue à ras). Principalement des landes, des endroits dépourvus d’arbres de préférence, où les grands animaux, herbivores comme carnivores, sont absents, à une ou deux exceptions près (à des fins de chasse par exemple).

George Monbiot arpente tous les espaces soi-disant naturels de son royaume, rencontre des gens, discute avec des spécialistes et va même voir au-delà des frontières si ses voisins européens font mieux. Il est vrai que les friches gagnent du terrain grâce à la déprise agricole en certains pays, c’est encore timide certes, mais le processus est bel et bien enclenché. Toutes ces merveilleuses perspectives donnent des idées saugrenues à Monbiot et le voilà qui se prend à rêver d’une Angleterre peuplée d’une biodiversité sauvage. Soyons fous, et ramenons le loup, le lynx, le castor, le sanglier ou encore la forêt en Ecosse ! Car Monbiot pense en plus grand et en plus sauvage.

“Arrange these threats in ascending order of deadliness: wolves, vending machines, cows, domestic dogs and toothpicks. I will save you the trouble: they have been ordered already.

The number of deaths known to have been caused by wolves in North America in the twenty-first century is one: if averaged out, that would be 0.08 per year. The average number of people killed in the US by vending machines is 2.2 (people sometimes rock them to try to extract their drinks, with predictable results). Cows kill some twenty people in the US, dogs thirty-one. Over the past century, swallowing toothpicks caused the deaths of around 170 Americans a year. Though there are sixty thousand wolves in North America, the risk of being killed by one is almost nonexistent.”

Faire revenir la nature ou en tout cas le laisser prospérer à nouveau peut rapporter autant que l’élevage ou la chasse, et en outre le bilan est positif aussi bien que le plan écologique que social. En résumé, Monbiot ne manque d’arguments solides et de bon sens, sous ses idées folles. Il n’est guère écouté cependant, ni par l’Administration, ni par les éleveurs, même si une partie de ses concitoyens réfléchissent sérieusement à la question. Il y a donc fort à parier, malgré le fol enthousiasme de sa prose, que George Monbiot continue à rêver de longues années cette nature férale car elle suppose une remise en question totale et un changement radical de vie que peu de personnes oseraient concrétiser. Je dois reconnaître, et cela Monbiot n’en parle pas, qu’il existe un peu partout dans le monde des initiatives menées par des propriétaires, particuliers ou associations pour reboiser ou réintroduire des espèces sur le long terme. Qui sait si un jour, nous ne reverrons pas le bison brouter tranquillement l’herbe d’une vaste forêt française…

PS : Ci-dessous, un paysage du pays de Galles détesté par Monbiot, le Cambrian desert. Vous noterez l’absence d’arbres et d’animaux sur une vaste superficie…

 

 

 

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Le mur invisible de Marlen Haushofer

Attention coup de coeur !

Imaginez qu’un beau jour, vous vous retrouvez toute seule dans une maison en lisière de forêt. Tous les autres êtres humains (et pas qu’eux d’ailleurs) ont succombé à un mal mystérieux et vous devez survivre sur un espace délimité par un mur invisible que vous ne pouvez franchir.

Tel est le point de départ d’une histoire bien singulière qui fait d’une simple femme la véritable héroïne d’un récit troublant sur la capacité de chacun à survivre, sur l’isolement, la solitude et la condition féminine.

Mélangez La route de McCarthy, Julius Winsome de Gerard Donovan et Une année à la campagne de Sue Hubbell et vous aurez une petite idée de ce que j’ai pu ressentir durant cette lecture, ces trois romans m’ayant particulièrement marquée…

C’est un récit doux-amer qui étreint le coeur car cette femme seule, passées les premières heures de stupeur et d’incompréhension, doit rapidement s’organiser si elle veut pouvoir survivre à ce qu’elle pense être une anomalie passagère. Plongée en pleine nature, il lui faudra travailler la terre, tâche dure et répétitive ou encore chasser quelques bêtes sauvages.Cet isolement aurait pu la conduire à la folie sans la présence salvatrice du chien, des chats, d’une vache et de son veau.

Cette femme nous fait ainsi part de ses réflexions et constats sur ce monde sauvage qui l’entoure. La nature n’est jamais décrite comme bienveillante ou hostile, elle est, tout simplement, et notre infortunée héroïne doit s’en accommoder. Tuer un animal pour se nourrir lui répugne et peu à peu son regard change sur la forêt et ses hôtes. La femme et les bêtes font partie du même univers et doivent apprendre la cohabitation et la tolérance.

Les passages décrivant ses relations avec ses animaux domestiques sont justes et touchants, pour ne pas dire poignants. Ils deviennent compagnons de route et amis sincères, chaque ayant sa propre personnalité. Toute personne ayant des animaux sait qu’un chat ne se comportera pas de la même façon qu’un chien, et qu’une vache est loin d’être un steak sur pattes, pour peu qu’on lui prête un peu d’attention…

Ce sont eux, ces amis à quatre pattes, qui la sauvent du découragement et du désespoir. C’est un peu comme si l’auteur avait voulu mettre la femme et les animaux au même niveau, rappelant cette nécessaire union pour survivre face à l’adversaire commun : l’homme, qui dans sa brutalité et sa violence, est cause de tous les maux sur terre. Car l’homme va bien finir par surgir dans cette histoire, et je dis : à chacun d’en tirer sa conclusion.

Une lecture que je n’oublierai pas de sitôt, triste et dérangeante, qui laisse un goût amer une fois la dernière page tournée.

Un autre avis chez Keiha

PS : j’ai hâte de voir le film qui en a tiré.

 

 

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Anne la maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery

C’est avec l’excellente mini série canadienne diffusée sur une chaîne cablée la fin des années 80 je crois, que je fis connaissance avec l’univers de Lucy Maud Montgomery, l’auteur de ce cette délicieuse saga.
Une distribution irréprochable, la charmante Megan Follows en tête, une reconstitution fidèle et des paysages à couper le souffle (depuis cette époque je rêve d’aller passer quelques jours sur l’île du Prince Edouard), voilà qui me donna envie de découvrir les romans.
Le seul premier volume était édité chez Presses Pocket à l’époque. Pour trouver les trois autres,  j’ai dû les commander dans une fantastique librairie canadienne à Paris, the Abbeybook shop.

Anne Shirley est une jeune orpheline recueillie par les Cuthbert à Green Gables, sur l’Ile-du-Prince-Édouard au début du siècle dernier. Enfant débrouillarde, vive et intelligente, Anne est dotée d’une grande sensibilité et d’une imagination enflammée. De bêtises en découvertes, la jeune orpheline va conquérir le coeur de Marilla et Matthew et se faire une place à Avonlea. J’ai suivi avec délices les aventures de cette gamine puis jeune fille si romanesque, avec une légère angoisse quand même : finira-t-elle par tomber réellement amoureuse de son camarade Gilbert Blythe avec qui elle ne cesse de se chamailler depuis l’école ?

Un roman plein de charme, de poésie, de simplicité qui réjouit le coeur. Pourquoi cette série plait-elle autant ? Peut-être parce que Anne a toujours le don de déceler un peu de bonté en chaque personne et beaucoup de merveilleux en chaque chose, un arbre, un petit vallon couvert de fleurs, une allée délicieusement ombragée par des arbres séculaires. L’humour n’est pas absent, loin de là, surtout si l’on écoute les commérages de Rachel Lynde par exemple. Et puis certainement parce que chaque lecteur se surprend  à désirer vivre en un pareil lieu, aux paysages enchanteurs, où la vie semble si douce.

Enfin, il est beaucoup question de littérature. Anne en effet, bien que douée dans toutes les matières, domine surtout en littérature. C’est elle qui est choisie pour représenter l’école à l’occasion d’un événement artistique et qui récite sur scène le bandit de grand chemin d’Alfred Noyes. Elle encore qui, alors qu’elle est institutrice, monte une pièce avec ses élèves, elle enfin qui écrit son premier livre alors qu’elle s’est exilée loin d’Avonlea. Il y a évidemment beaucoup de la personnalité de LM Montgomery dans le personnage d’Anne…

Ce fut donc une grande découverte dans ma vie de lectrice. Si je les relis en ce moment, c’est qu’une nouvelle mini série a vu le jour, la première saison s’est terminée fin avril. Ayant regardé le trailer et quelques extraits, je peux d’ores et déjà affirmer que ça me plait bien, et que les deux jeunes acteurs qui ont la lourde tâche d’endosser les rôles d’Anne (Amybeth Mc Nulty) et de Gilbert (Lucas Jade Zumann) sont bien craquants. J’ai hâte de visionner cette nouvelle mouture…

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Quelques minutes après minuit de Patrick Ness

C’est bien difficile d’évoquer la maladie, surtout si c’est le cancer et surtout si c’est maman qui est malade.  Que peut-on donc bien faire un gamin de 13 ans si ce n’est des cauchemars ? Conor ne peut pas vraiment compter sur son amie d’enfance dont les maladresses le mettent au supplice, ni sur son père, lequel se cantonne plutôt aux abonnés absents ni sur la grand-mère quelque peu brusque et revêche. Conor semble donc bien seul pour affronter son chagrin… jusqu’à l’irruption dans sa vie d’un if monstrueux qui s’est mis en tête de raconter des histoires à ce garçon solitaire… Cette apparition pour le moins surprenante et presque terrifiante permet au récit de trouver sa propre voix et de se démarquer de romans traitant du même sujet.

Quelle drôle d’idée, à la fois macabre et poétique, que la présence de cet arbre fantastique qui non seulement repousse les cauchemars mais livre sa leçon de sagesse sous la forme de trois contes édifiants et empreints d’une certaine subtilité. Comprendre, accepter, mettre des mots sur sa peine, faire son deuil… autant de sentiments ou d’actions enclenchés par la seule présence de ce monstre chevelu et millénaire qui n’est pas la moindre  des trouvailles de ce touchant récit.

Décidément, c’est bien en littérature jeunesse que je trouve ces pépites depuis quelques années. J’ajouterai enfin que j’ai été sensible à la préface de l’auteur, lequel évoque le décès de l’écrivaine à l’origine de cette histoire. Un roman terriblement attachant, découvert grâce aux lectrices et lecteurs de Babelio (145 avis à ce jour !).

PS : Le livre a eu droit à son adaptation ciné.

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Simple de Marie-Aude Murail

Monsieur Pinpin, c’est la star de ce roman, c’est donc bien normal qu’il figure seul sur la couverture. « Simple sans monsieur Pinpin, c’était comme monsieur Pinpin sans Simple : la fin de tout ». Ce n’est pas que monsieur Pinpin soit le seul ami de Simple, non, mais c’est quand même bien pratique d’avoir une peluche prête à endosser toutes les bêtises qui vous passent par la tête. Mais surtout, monsieur Pinpin, il pète la gueule à Malicroix, et ça, c’est quelque chose.

Kléber, 17 ans, doit trouver sa place entre Simple, dont le quotidien se résume à jouer avec ses playmobil et échafauder mille bêtises avec son lapin en peluche, et son père, appuyé par les services sociaux qui souhaiteraient que Simple retourne à Malicroix, l’institution où ce pauvre garçon a l’impression de mourir chaque fois qu’il y retourne. C’est que Simple, 22 ans, a en fait 3 ans d’âge mental, « 3 ans et demi dans ses bons jours » comme dit Kléber. ça ne facilite pas les choses.

L’histoire aurait pu sombrer dans un épouvantable pathos mais ce serait mal connaître Marie-Aude Murail. Au moment où la tragédie pointe le bout de son nez, Kléber a l’idée lumineuse de trouver un logement pour lui et son frère, en colocation. Les voilà partis chambouler la petite vie tranquille et égoïste de Corentin, Emmanuel, Aria et Enzo, tous étudiants à la fac. La cohabitation est parfois épique, les péripéties sont nombreuses, et puis en plus des études, il y a l’Amour, les filles et tout ça. Mais Simple n’est pas parfois pas si différent des autres colocs, c’est quand même pas facile de grandir, même si on a atteint la vingtaine.

Entre rires et émotions, Marie-Aude Murail nous concocte une belle histoire, comme à son habitude, qui parle d’un problème grave sur un ton léger, qui déborde de bons sentiments et qui vous laisse la larme à l’oeil mais le coeur content, la dernière page tournée.

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Avant toi de Jojo Moyes

Je vais parler d’un roman qui, bien que populaire dans sa catégorie, va détonner quelque peu sur mon blog. Autant j’aime voir des comédies romantiques au ciné, voire même des mélos (encore que je ne me souviens pas avoir vu un vrai mélo depuis Love story avec Ali McGraw et Ryan O’Neal, imaginez comme ça date !!!) autant je les déteste en littérature car souvent mal écrits ou mal traduits et bourrés de clichés. Des clichés qui passent mieux à l‘écran pour peu que l’acteur principal me plaise suffisamment (oui, j’avoue).

Ce long détour pour vous dire que, à priori, rien ne me prédisposait à lire Avant toi de Jojo Moyes.
Mais vous connaissez les petits hasards de la vie… on me passe il y a quelques jours une très belle chanson affreusement triste qui m’émeut fort, en me disant qu’elle fait partie de la bande-son du film Before you, lui-même adapté d’un roman. Curieuse, je visionne donc la bande-annonce. Laquelle me plait instantanément. Je pense évidemment à une version d’Intouchables teintée de romantisme, et je me dis « pourquoi pas ». Ensuite, je vais lire sur Babelio les avis sur le roman, presque tous unanimes d’ailleurs. Mais c’est celui de Gwen21 qui a fait tilt. Un tel enthousiasme teinté d’émotion, surtout de sa part, a soulevé plus que de la curiosité.

Et donc, sans plus hésiter, j’ai filé acheter le roman en poche.

Que dire à part que c’est un gros, gros coup de cœur ? Je crois bien que j’ai dû sangloter pendant une bonne partie de ma lecture, d’ailleurs j’ai lu le roman d’une traite, au cours de la nuit. Le matin je suis arrivée au bureau avec le moral en berne et des yeux explosés, c’était joli à voir !

Le personnage de Will, le jeune homme tétraplégique m’a bien sûr énormément touchée, de même que celui de la pétillante aide-soignante, Lou, aux tenues improbables et à la bonne humeur contagieuse. Nos deux héros bataillent chacun à leur façon contre un destin tout tracé, et on pourrait se dire que le roman n’est pas exempt de ces fameux clichés : le type hyper-brillant et sportif, riche, désormais coincé dans son fauteuil roulant, qui, devenu aigri et sarcastique, mène la vie dure à la pauvre Lou, celle qui fait partie des « invisibles », issue d’un milieu bien modeste, ne sachant pas quoi faire de sa vie et allant de petit boulot en petit boulot. Il est cultivé, elle n’a jamais bougé de sa ville natale, ils vont se découvrir et s’aider, se compléter.

Mais le roman est tellement plus intelligent que ça… Jojo Moyes, par petites touches, nous conte bien des choses, met le doigt où ça fait mal, évoque aussi un problème de société tabou qui déchaine bien des passions – le droit de disposer de sa vie et de choisir sa mort et de la faire accepter par ses proches – de manière sensible et délicate. A travers les yeux de Lou, on se rend compte de la difficulté à vivre au jour le jour quand on est handicapé, tant de lieux encore non adaptés et forcément inaccessibles, les petites aspérités du quotidien, les rapports aux autres, l’incapacité à communiquer nos émotions, le sentiment de culpabilité qui demeure tenace et qui occasionne tant de maladresses, la dépendance enfin, l’absence de choix et les petites misères du corps qui lâche peu à peu. Pas bien gai tout ça, je sais.

Je l’ai aimé ce roman, il m’a serré le cœur et pris aux tripes bien souvent mais il n’y a pas eu que des larmes non plus, heureusement. Beaucoup de situations prêtent à sourire, les échanges entre Will et Lou sont souvent savoureux, et leur histoire d’amour met du baume au coeur. Les personnages secondaires, que ce soit les parents de Will ou Lou, Patrick le fiancé obsédé par le sport, ou Nathan, le solide infirmier qui partage le quotidien de Will, permettent aussi de donner plus d’ampleur au récit et de respirer entre deux scènes trop chargées d’émotion.
Je m’aperçois que c’est un billet bien décousu mais il a été écrit alors même que les toutes les émotions nées de cette lecture ne se sont pas encore dissipées. Une très belle histoire qui me restera longtemps en mémoire.

PS : Puisque j’étais disposée à verser quelques larmes supplémentaires (et évidemment ça n’a pas manqué !), j’ai vu le film dans la foulée, après quelques hésitations.  Et bien m’en a pris. Sam Claflin et Emilia Clarke incarnent parfaitement les personnages du roman, et même si le film, durée oblige, passe sous silence pas mal de scènes, l’essentiel demeure. Double ration de mouchoirs à prévoir pour ceux ou celles qui veulent se faire la totale !

 

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Un éléphant dans un jeu de quilles de Robert Barbault

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Coup de coeur pour cet ouvrage du regretté Robert Barbault dont les bouquins ont contribué enrichir mes connaissances en écologie au fil des années. L’éléphant du titre, c’est homo sapiens, on s’en doute, lui qui a décidé de se prendre pour un dieu de seconde zone et bouleverse tout ce qu’il touche, tout ce qu’il côtoie, balayant d’un revers de main des centaines d’années de coopération avec les autres espèces.
Ce qui est assez fortiche, c’est qu’en moins de 300 pages, l’auteur nous redonne un cours d’écologie bourré d’exemples assez frappants et révélateurs (un exemple parmi d’autres, l’introduction de la peste bovine en Afrique) et nous rafraichit la mémoire sur la sélection génétique, les interactions entre espèces et écosystèmes, et surtout la coopération qui lui tient à coeur. Tout l’intéresse, du microbe à l’éléphant d’Afrique !
Bon nombre d’anecdotes m’ont passionnée, et ce n’est pas si difficile d’appréhender des notions scientifiques expliquées avec humour.
C’est aussi un bel outil de réflexion.
Durant les deux premières parties du livre, on suit avec intérêt les astuces et stratagèmes inventés par la Nature pour résister et s’adapter, en un mot survivre. L’ingéniosité de certaines espèces, quelles soient animales ou végétales, laisse pantois !
Et boum ! La troisième partie : « Vivre contre… ou avec la nature » sape singulièrement le moral. L’espèce humaine arrive avec ses gros sabots et son envie de tout maîtriser et dominer. Adieu équilibres millénaires, associations fructueuses, la sixième extinction de masse est en cours, le dérèglement climatique est largement amorcé et nous sommes quand même bien coincés, il faut l’avouer. Comme tant d’autres auteurs et scientifiques, Barbault clôt son ouvrage par une note optimiste, non tout n’est pas complètement perdu, à moins d’un sursaut et d’un rude combat… contre nous-mêmes. Réconcilier l’homme avec la nature… un beau projet mais, comme je me le demande toujours, pourra-t-il réalisé, avec quelles forces ? avant que nous ne détruisions irrémédiablement ce qui nous fait encore tenir debout…

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Toute la lumière que nous ne pouvons voir d’Anthony Doerr

DAPHNE REBECCA

J’ai terminé l’année 2016 par un coup de coeur en catégorie « romans ». Prix Pulitzer 2015, ce qui est la cerise sur le gâteau.

L’auteur s’est aventuré sur un de mes terrains familiers, la seconde guerre mondiale, cadre historique qui continue d’inspirer un grand nombre d’écrivains. Difficile parfois de trouver un angle original ou de  raconter cette guerre de manière différente, pourtant Anthony Doerr y parvient avec grâce et sensibilité. Ses deux héros dont les trajectoires parallèles finiront par se croiser, sont inhabituels : côté français, Marie-Laure, une jeune aveugle dont le père travaille au Muséum d’Histoire Naturelle à Paris comme serrurier-chef et côté allemand, Werner, un jeune spécialiste des transmissions électromagnétiques, miraculeusement soustrait à un destin tout tracé de mineur à Essen, car repéré par les grands pontes du parti nazi.

Et comme le destin – encore lui –  est souvent farceur et capricieux, ces deux-là se rencontreront grâce  à un diamant maudit et des enregistrements à la radio, voix salvatrices dans la nuit et l’ignorance, qui apporteront un peu de lumière à Werner, que l’on veut aveugler à tout prix dans son école d’élite et Marie-Laure, perdue dans ses ténèbres et celles de la cité de Saint-Malo qu’elle s’efforce d’apprivoiser. Deux solitudes qui se télescopent au moment le plus tragique de la histoire de la cité malouine.

Le roman alterne les moments de grâce et de joie et les drames avec beaucoup de justesse et de sobriété, Werner et Marie-Laure croisent ou côtoient une galerie de personnages secondaires tour à tour touchants ou inquiétants et si on est parfois tenté de verser une petite larme, le récit ne sombre jamais dans le tragique ou la mièvrerie.

 

J’ai été énormément  touchée par ce roman, pas manichéen pour un sou, qui était en gestation depuis 10 ans environ ! L’auteur, semblable à Charles Frazier qui a mis à peu près autant de temps à accoucher de Cold Mountain, vient de l’Idaho et fait donc partie de ces fameux écrivains de l’Ouest américain que j’affectionne tant. Aux dernières nouvelles, le roman, après avoir été traduit dans de nombreuses langues, ferait l’objet d’une adaptation ciné. Je souhaite en tout cas que Jonathan Doerr n’attende pas 10 ans de plus pour publier son prochain livre.

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Révolutions animales (collectif)

D’abord, mes excuses à l’éditeur pour le retard pris dans la rédaction de cette chronique. Ce n’était pas par manque d’intérêt, bien au contraire. On n’avale pas un peu plus de 550 pages d’un tel bouquin comme on lit une bd, c’est certain. J’ai appris certaines choses, redécouvert certains faits et événements et surtout énormément réfléchi à la portée de ces écrits, à ce qu’ils pouvaient impliquer dans ma vie.
Ce retard tombe à point nommé, car deux nouvelles toutes fraiches ont achevé de me convaincre du bien-fondé d’un tel ouvrage : la création en france du premier parti animaliste et un manifeste politique rassemblant 30 mesures en faveur de la cause animale a été présenté à la presse par les 26 associations qui sont à l’origine de sa création. La société est en train de changer (en témoigne la montée en puissance du véganisme) et je ne peux que m’en réjouir.

Mais revenons à ce livre, porté par Karine Lou Matignon et qui rassemble des textes fondateurs de personnalités aussi diverses que Jane Goodall, Fabrice Nicolino, Mathieu Ricard, Boris Cyrulnik ou encore Peter Singer pour ne citer que les plus connus (par le grand public en tout cas). Des auteurs issus de disciplines très différentes, aux cursus variés mais qui ont en commun la volonté de bousculer les idées reçues, de rappeler notre évidente filiation avec les animaux, d’apporter un autre éclairage à nos relations avec ces êtres dits inférieurs, et surtout de susciter interrogations, réflexions et remises en question.
Ce sont des textes qui ne dépassent pas dix pages pour la plupart, mais dont la richesse et la profondeur méritent une lecture lente et appliquée. C’est qu’on y aborde la condition animale dans tous ses aspects : historique, avec le rappel de l’utilisation des animaux notamment au cours des guerres, éthique, scientifique, morale, juridique.

Les animaux possèdent une intelligence et une sensibilité que personne ne peut plus nier (il faut s’attarder sur le texte consacré aux sèches et pieuvres, passionnant !) mais qu’il nous faut intégrer et admettre dans tous les actes de la vie quotidienne. Du cochon d’élevage à l’abeille en passant par les grands singes, la chèvre ou l’éléphant, chaque animal mérite que l’on respecte son intégrité. Qu’on le traite avec dignité. Rien que d’y songer, d’en faire accepter l’idée, c’est déjà un exploit !

Or, la grande force de cet ouvrage c’est d’abord de ne pas être hermétique, d’être accessible à un lecteur même peu familiarisé avec ces données scientifiques, c’est aussi d’avoir réussi ce beau mélange entre des disciplines différentes, et de retracer l’histoire de nos relations avec les animaux, dans le temps bien sûr, mais aussi par le prisme des religions, et à travers d’autres cultures. On nous rappelle l’origine des premiers zoos, des jeux du cirque, on comprend mieux comment la négation de la sensibilité de l’animal a pu conduire à l’élevage intensif, aux expérimentations scientifiques et médicales, la chasse et le braconnage, etc. Si la plupart des textes constituent des sources d’informations scientifiques, des bases de réflexion (parfois percutantes dans leur brutale révélation), d’autres rappellent à notre mauvaise conscience l’ampleur de ce « génocide » animal, qui sacrifie des milliards d’être vivants.

Alors, pour échapper à cette vérité cauchemardesque, on se raccroche à ces mots, ces nouvelles idées qui nous dévoilent un autre monde, forcément meilleur, où, sur le fondement des principes moraux, éthiques, scientifiques et philosophiques, nous traiterions les animaux comme ils le méritent, comme des créatures intelligentes et sensibles, et guère différentes de nous dans le fond. Et ça, c’est un bouleversement culturel complet, une révolution comme, peut-être, cela a dû être la cas, il y a bien longtemps, lorsque l’esclavage a été aboli et que les femmes ont eu le droit de vote.

Pour souligner, et j’en terminerai sur ce constat, ce qui me parait une évidence, je partage totalement les conclusions de deux contributeurs en particulier : Mathieu Ricard et Shelby Elaine McDonald : nous ne pourrons jamais espérer devenir meilleurs, cesser les guerres et les injustices, si nous ne sommes pas capables de faire preuve de compassion pour les animaux. De l’animal domestique à l’animal sauvage, tous sont nos compagnons et nos partenaires, depuis le début de l’histoire de l’humanité. Et il n’est plus possible de poursuivre cette exploitation insensée du monde animal. Si cela pouvait cesser, d’autres perspectives se dessineraient, et parmi elles, un changement dans nos comportements entre êtres humains. J’espère sincèrement que ce bel ouvrage agrémenté de magnifiques photos, permettra une prise de conscience durable.

PS : Je reprends ici ce petit texte de Luce lapin qui résume admirablement ce que nous faisons des bêtes…

Exploités, maltraités, gavés, broyés, harponnés, consommés, expérimentés, toréés, chassés, pêchés, piégés, électrocutés pour leur fourrure, emprisonnés dans les cirques, enfermés dans les zoos, les delphinariums, abandonnés, humiliés, méprisés… NIÉS. À poil, à plume ou à écaille.

Les animaux. La dernière des minorités.

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Libérez-nous ! de Patrick George

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Voilà un superbe album jeunesse, à offrir dès l’âge de 3 ans, pour ce qui sera sans doute la première discussion entre parents et enfants sur la condition animale. Pas de texte, juste des dessins très éloquents où l’animal est mis en situation avant-après grâce au jeu des pages transparentes. Alors, la tortue, vous la préférez sur la plage ou prise dans un filet ? Et le cerf, tête accrochée au mur en guise de trophée de chasse, ou gambadant dans sa forêt ?
Aux parents d’expliquer à leurs bambins pourquoi la visite au zoo n’est pas utile (hé, il y a tellement de choses plus intéressantes à faire avec des enfants que de les traîner dans les prisons pour animaux…) ou encore pourquoi maman ne portera JAMAIS de fourrure.
Peut-on dire que c’est un album militant ? Peut-être bien. Je pense, je crois et j’espère que nous sommes à un tournant. La place de la condition animale et la détermination de ceux qui pensent que les animaux sont des êtres sensibles (en ce moment même, des personnalités réclament la création d’un secrétariat d’Etat à la condition animale) vont obliger de plus en plus de citoyens et de politiques à réfléchir, et nous devrons, dans un avenir proche, modifier durablement le statut des animaux. Leur exploitation est de plus en plus souvent remise en cause, et c’est bien, c’est juste. Il me parait sain que les enfants puissent prendre conscience, à leur rythme, à leur façon, que le respect doit s’appliquer à tous : aux autres enfants, aux adultes et aux créatures à poil et à plumes qui peuplent la terre à nos côtés. Et quelle meilleure façon que s’interroger et réfléchir en feuilletant ce bel album coloré ?
Un coup de coeur qui va s’inviter au pied du sapin pour ce Noël…

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