Mes coups de coeur

Quand sort le recluse de Fred Vargas

Il y a quelques auteurs, comme ça, dont j’attends toujours la nouvelle cuvée avec une impatience souvent difficile à réfréner et qui ne me déçoivent que fort rarement et en tout cas, quand je chipote, c’est à propos de détails peu importants. Chez les français, je peux citer Pierre Pevel et Fred Vargas. Le dernier opus de cette dernière a donc fini par atterrir sur mes étagères en grand format, car je n’avais pas la patience d’attendre la sortir poche.

C’est du Vargas pur jus, ce qui signifie ce que ceux ou celles qui cherchent une intrigue policière classique, louchant vers le rationnel, en seront pour leurs frais. Pour les autres, pour ceux qui ne dédaignent pas se perdre un peu dans les méandres de l’Histoire, pour les inconditionnels de l’équipe Adamsberg dont on a toujours plaisir à retrouver les visages familiers, pour les amateurs de caractères bien trempés ou singuliers, cette Recluse constituera un cru appréciable et plein de surprises.

« L’espace d’un instant, Adamsberg trouva la vie de la brigade très compliquée. Est-ce qu’il avait trop laissé filer les brides ? Laissé trainer les revues d’ichtyologie sur le bureau de Voisenet, laissé le chat organiser son territoire, laissé un lit pour Mercadet, laissé Froissy emplir une armoire de réserves alimentaires, disponibles en cas de guerre, laissé Mordent à sa passion des contes de fées, laissé Danglard à une érudition envahissante, laissé Noël couver son sexisme et son homophobie ? Laissé son propre esprit ouvert à tous les vents ? »

Comme souvent, Vargas distille ses connaissances que ce soit sur le monde animal ou sur des faits historiques au travers d’une enquête cependant bien plus tordue que dans les précédents tomes. La recluse est aussi bien cette timide araignée que l’on prend plaisir à découvrir, que la femme au moyen-âge qui vivait retirée car, je cite, « Il était d’usage de pratiquer, auprès de certaines églises du moyen âge, de petites cellules dans lesquelles s’enfermaient des femmes renonçant pour jamais au monde. Ces reclusoirs avaient le plus souvent une petite ouverture grillée s’ouvrant sur l’intérieur de l’église. » Il va sans dire que je préfère nettement la petite araignée, qui sera d’ailleurs, et sans mauvais jeu de mots, le  fil conducteur d’une intrigue reposant sur une implacable vengeance. A propos, l’intrigue principale se suffisait largement à elle-même, il n’était peut-être pas nécessaire de l’encombrer d’une enquête mineure quelque peu abracadabrante, mais ceci n’engage que moi.

Comme pour le dernier roman, je ne cacherai pas une pointe de déception quant au traitement des personnages, devenus des amis au fil du temps. Bien sûr, tout ce petit monde gravite autour de l’insaisissable Adamsberg, mais certains membres de l’équipe mériteraient tout de même autre chose que ces éternels rôles de faire-valoir. Et si Danglard devient de plus en plus détestable (ça va devenir difficile de continuer à l’excuser celui-là…), d’autres comme Violette et Veyrenc, demeurent sous-exploités, lointains, à la périphérie du génial commissaire. Cela devient un peu frustrant.

Encore une fois, je me laisse aller à chipoter – mais c’est toujours ainsi, quand on place la barre assez haut avec son auteur favori – alors qu’évidemment, j’ai pris un plaisir fou à cette lecture (roman dévoré en deux jours). En guise de dessert, deux extraits de dialogues made in Vargas.

Dormi dans l’avion ? intervint Veyrenc en souriant.
– Possible, Veyrenc. Ça pue.
– Sans aucun doute, ça pue. On bute, on bute.
– Je veux dire : ça pue réellement, dans cette pièce. Vous ne sentez rien ?
Les agents levèrent leurs têtes tous ensemble pour repérer l’odeur. Curieux, pensa Adamsberg, que l’être humain hausse instinctivement le nez de dix centimètres quand il s’agit de saisir une odeur. Comme si dix centimètres allaient changer quoi que ce soit. Mue par ce réflexe animal conservé depuis la nuit des temps, la troupe des agents évoquait tout à fait un groupe de gerbilles cherchant à capter l’odeur de l’ennemi dans le vent.

 

– (..) Dis-moi comment s’appelle cette manière de parler qui consiste à emmerder l’autre en le questionnant sans cesse pour lui faire cracher ce qu’il ne sait pas mais qu’il sait?
– La maïeutique.
-Et qui a inventé ce truc?
– Socrate.
– Si bien que lorsque tu me questionnes coup sur coup, c’est cela que tu fais?
– Va savoir, dit Veyrenc en souriant.

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Africa, carnets d’artiste de Kim Donaldson

Rarement livre de peinture m’aura autant impressionnée que celui-ci ! Kim Donaldson, né au Zimbabwe, est souvent considéré comme le plus grand artiste animalier actuel, et je le crois sans peine au vu de ses oeuvres magnifiques, qui rendent pleinement justice à la beauté de ce continent. Quelle magie s’en dégage ! Il a sillonné la plupart des grands parcs nationaux africains et en a ramené tableaux, croquis, commentaires et notes qu’il nous livre dans ce superbe ouvrage. Il a su capter et apprivoiser la lumière de l’Afrique, restituer les couleurs les plus délicates, la grâce des animaux, et sa connaissance de l’anatomie animale est si ahurissante que certaines de ses peintures semblent être plutôt des photographies.

Le texte est lui aussi intéressant, bourré d’anecdotes et de passages tirés de ses carnets de voyages. Donaldson espère ainsi faire aimer l’Afrique et faire en sorte de préserver sa faune, ainsi que les peuples nomades, condamnés eux aussi à disparaître. Avec beaucoup de finesse et de sagesse, Donaldson nous interpelle sur la beauté du monde sauvage, nous confronte à notre conscience et à nos devoirs. Bref, un indispensable.

En tout cas, ces illustrations et peintures sont magnifiques, de quoi en rester ébahie…

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Feral de George Monbiot

Deux mots avant de commencer : d’abord, ce livre est écrit en anglais et non traduit en France, soyez courageux et munissez-vous d’un dico. Ensuite, brève présentation de Monbiot, une sommité outre-Manche : c’est un journaliste anglais, militant écolo et éditorialiste du Guardian (lisez quelques uns de ses articles, que du bonheur, et notamment celui-ci : http://www.monbiot.com/2017/05/19/fell-purpose/ ). Et puis c’est surtout l’auteur de ce monumental bouquin, Feral.

Une nature férale c’est une nature domestiquée qui est retournée à l’état sauvage et c’est ce que Monbiot appelle de tous ses voeux en Angleterre, au Pays de Galles et en Ecosse. Et côté nature, contrairement à ce que l’on pourrait croire, nos voisins d’Outre-Manche ne sont pas gâtés ! Les Anglais aiment la nature certes, mais une nature domestiquée, sous contrôle et évoquant sans nul doute la Comté des Hobbits ! A tel point que l’ennemi n°1 de George Monbiot, c’est le mouton !  Comme dans notre pays, l’élevage ovin a tendance à s’étendre notamment parce que la filière est soutenue à l’aide de subventions. Et les moutons se rencontrent pratiquement dans le moindre espace naturel. Cela a pour conséquence le modelage des paysages anglais (gallois et écossais n’échappent pas à cette malédiction) que nous connaissons aujourd’hui (genre pelouse tondue à ras). Principalement des landes, des endroits dépourvus d’arbres de préférence, où les grands animaux, herbivores comme carnivores, sont absents, à une ou deux exceptions près (à des fins de chasse par exemple).

George Monbiot arpente tous les espaces soi-disant naturels de son royaume, rencontre des gens, discute avec des spécialistes et va même voir au-delà des frontières si ses voisins européens font mieux. Il est vrai que les friches gagnent du terrain grâce à la déprise agricole en certains pays, c’est encore timide certes, mais le processus est bel et bien enclenché. Toutes ces merveilleuses perspectives donnent des idées saugrenues à Monbiot et le voilà qui se prend à rêver d’une Angleterre peuplée d’une biodiversité sauvage. Soyons fous, et ramenons le loup, le lynx, le castor, le sanglier ou encore la forêt en Ecosse ! Car Monbiot pense en plus grand et en plus sauvage.

“Arrange these threats in ascending order of deadliness: wolves, vending machines, cows, domestic dogs and toothpicks. I will save you the trouble: they have been ordered already.

The number of deaths known to have been caused by wolves in North America in the twenty-first century is one: if averaged out, that would be 0.08 per year. The average number of people killed in the US by vending machines is 2.2 (people sometimes rock them to try to extract their drinks, with predictable results). Cows kill some twenty people in the US, dogs thirty-one. Over the past century, swallowing toothpicks caused the deaths of around 170 Americans a year. Though there are sixty thousand wolves in North America, the risk of being killed by one is almost nonexistent.”

Faire revenir la nature ou en tout cas le laisser prospérer à nouveau peut rapporter autant que l’élevage ou la chasse, et en outre le bilan est positif aussi bien que le plan écologique que social. En résumé, Monbiot ne manque d’arguments solides et de bon sens, sous ses idées folles. Il n’est guère écouté cependant, ni par l’Administration, ni par les éleveurs, même si une partie de ses concitoyens réfléchissent sérieusement à la question. Il y a donc fort à parier, malgré le fol enthousiasme de sa prose, que George Monbiot continue à rêver de longues années cette nature férale car elle suppose une remise en question totale et un changement radical de vie que peu de personnes oseraient concrétiser. Je dois reconnaître, et cela Monbiot n’en parle pas, qu’il existe un peu partout dans le monde des initiatives menées par des propriétaires, particuliers ou associations pour reboiser ou réintroduire des espèces sur le long terme. Qui sait si un jour, nous ne reverrons pas le bison brouter tranquillement l’herbe d’une vaste forêt française…

PS : Ci-dessous, un paysage du pays de Galles détesté par Monbiot, le Cambrian desert. Vous noterez l’absence d’arbres et d’animaux sur une vaste superficie…

 

 

 

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Le mur invisible de Marlen Haushofer

Attention coup de coeur !

Imaginez qu’un beau jour, vous vous retrouvez toute seule dans une maison en lisière de forêt. Tous les autres êtres humains (et pas qu’eux d’ailleurs) ont succombé à un mal mystérieux et vous devez survivre sur un espace délimité par un mur invisible que vous ne pouvez franchir.

Tel est le point de départ d’une histoire bien singulière qui fait d’une simple femme la véritable héroïne d’un récit troublant sur la capacité de chacun à survivre, sur l’isolement, la solitude et la condition féminine.

Mélangez La route de McCarthy, Julius Winsome de Gerard Donovan et Une année à la campagne de Sue Hubbell et vous aurez une petite idée de ce que j’ai pu ressentir durant cette lecture, ces trois romans m’ayant particulièrement marquée…

C’est un récit doux-amer qui étreint le coeur car cette femme seule, passées les premières heures de stupeur et d’incompréhension, doit rapidement s’organiser si elle veut pouvoir survivre à ce qu’elle pense être une anomalie passagère. Plongée en pleine nature, il lui faudra travailler la terre, tâche dure et répétitive ou encore chasser quelques bêtes sauvages.Cet isolement aurait pu la conduire à la folie sans la présence salvatrice du chien, des chats, d’une vache et de son veau.

Cette femme nous fait ainsi part de ses réflexions et constats sur ce monde sauvage qui l’entoure. La nature n’est jamais décrite comme bienveillante ou hostile, elle est, tout simplement, et notre infortunée héroïne doit s’en accommoder. Tuer un animal pour se nourrir lui répugne et peu à peu son regard change sur la forêt et ses hôtes. La femme et les bêtes font partie du même univers et doivent apprendre la cohabitation et la tolérance.

Les passages décrivant ses relations avec ses animaux domestiques sont justes et touchants, pour ne pas dire poignants. Ils deviennent compagnons de route et amis sincères, chaque ayant sa propre personnalité. Toute personne ayant des animaux sait qu’un chat ne se comportera pas de la même façon qu’un chien, et qu’une vache est loin d’être un steak sur pattes, pour peu qu’on lui prête un peu d’attention…

Ce sont eux, ces amis à quatre pattes, qui la sauvent du découragement et du désespoir. C’est un peu comme si l’auteur avait voulu mettre la femme et les animaux au même niveau, rappelant cette nécessaire union pour survivre face à l’adversaire commun : l’homme, qui dans sa brutalité et sa violence, est cause de tous les maux sur terre. Car l’homme va bien finir par surgir dans cette histoire, et je dis : à chacun d’en tirer sa conclusion.

Une lecture que je n’oublierai pas de sitôt, triste et dérangeante, qui laisse un goût amer une fois la dernière page tournée.

Un autre avis chez Keiha

PS : j’ai hâte de voir le film qui en a tiré.

 

 

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Anne la maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery

C’est avec l’excellente mini série canadienne diffusée sur une chaîne cablée la fin des années 80 je crois, que je fis connaissance avec l’univers de Lucy Maud Montgomery, l’auteur de ce cette délicieuse saga.
Une distribution irréprochable, la charmante Megan Follows en tête, une reconstitution fidèle et des paysages à couper le souffle (depuis cette époque je rêve d’aller passer quelques jours sur l’île du Prince Edouard), voilà qui me donna envie de découvrir les romans.
Le seul premier volume était édité chez Presses Pocket à l’époque. Pour trouver les trois autres,  j’ai dû les commander dans une fantastique librairie canadienne à Paris, the Abbeybook shop.

Anne Shirley est une jeune orpheline recueillie par les Cuthbert à Green Gables, sur l’Ile-du-Prince-Édouard au début du siècle dernier. Enfant débrouillarde, vive et intelligente, Anne est dotée d’une grande sensibilité et d’une imagination enflammée. De bêtises en découvertes, la jeune orpheline va conquérir le coeur de Marilla et Matthew et se faire une place à Avonlea. J’ai suivi avec délices les aventures de cette gamine puis jeune fille si romanesque, avec une légère angoisse quand même : finira-t-elle par tomber réellement amoureuse de son camarade Gilbert Blythe avec qui elle ne cesse de se chamailler depuis l’école ?

Un roman plein de charme, de poésie, de simplicité qui réjouit le coeur. Pourquoi cette série plait-elle autant ? Peut-être parce que Anne a toujours le don de déceler un peu de bonté en chaque personne et beaucoup de merveilleux en chaque chose, un arbre, un petit vallon couvert de fleurs, une allée délicieusement ombragée par des arbres séculaires. L’humour n’est pas absent, loin de là, surtout si l’on écoute les commérages de Rachel Lynde par exemple. Et puis certainement parce que chaque lecteur se surprend  à désirer vivre en un pareil lieu, aux paysages enchanteurs, où la vie semble si douce.

Enfin, il est beaucoup question de littérature. Anne en effet, bien que douée dans toutes les matières, domine surtout en littérature. C’est elle qui est choisie pour représenter l’école à l’occasion d’un événement artistique et qui récite sur scène le bandit de grand chemin d’Alfred Noyes. Elle encore qui, alors qu’elle est institutrice, monte une pièce avec ses élèves, elle enfin qui écrit son premier livre alors qu’elle s’est exilée loin d’Avonlea. Il y a évidemment beaucoup de la personnalité de LM Montgomery dans le personnage d’Anne…

Ce fut donc une grande découverte dans ma vie de lectrice. Si je les relis en ce moment, c’est qu’une nouvelle mini série a vu le jour, la première saison s’est terminée fin avril. Ayant regardé le trailer et quelques extraits, je peux d’ores et déjà affirmer que ça me plait bien, et que les deux jeunes acteurs qui ont la lourde tâche d’endosser les rôles d’Anne (Amybeth Mc Nulty) et de Gilbert (Lucas Jade Zumann) sont bien craquants. J’ai hâte de visionner cette nouvelle mouture…

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Quelques minutes après minuit de Patrick Ness

C’est bien difficile d’évoquer la maladie, surtout si c’est le cancer et surtout si c’est maman qui est malade.  Que peut-on donc bien faire un gamin de 13 ans si ce n’est des cauchemars ? Conor ne peut pas vraiment compter sur son amie d’enfance dont les maladresses le mettent au supplice, ni sur son père, lequel se cantonne plutôt aux abonnés absents ni sur la grand-mère quelque peu brusque et revêche. Conor semble donc bien seul pour affronter son chagrin… jusqu’à l’irruption dans sa vie d’un if monstrueux qui s’est mis en tête de raconter des histoires à ce garçon solitaire… Cette apparition pour le moins surprenante et presque terrifiante permet au récit de trouver sa propre voix et de se démarquer de romans traitant du même sujet.

Quelle drôle d’idée, à la fois macabre et poétique, que la présence de cet arbre fantastique qui non seulement repousse les cauchemars mais livre sa leçon de sagesse sous la forme de trois contes édifiants et empreints d’une certaine subtilité. Comprendre, accepter, mettre des mots sur sa peine, faire son deuil… autant de sentiments ou d’actions enclenchés par la seule présence de ce monstre chevelu et millénaire qui n’est pas la moindre  des trouvailles de ce touchant récit.

Décidément, c’est bien en littérature jeunesse que je trouve ces pépites depuis quelques années. J’ajouterai enfin que j’ai été sensible à la préface de l’auteur, lequel évoque le décès de l’écrivaine à l’origine de cette histoire. Un roman terriblement attachant, découvert grâce aux lectrices et lecteurs de Babelio (145 avis à ce jour !).

PS : Le livre a eu droit à son adaptation ciné.

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Simple de Marie-Aude Murail

Monsieur Pinpin, c’est la star de ce roman, c’est donc bien normal qu’il figure seul sur la couverture. « Simple sans monsieur Pinpin, c’était comme monsieur Pinpin sans Simple : la fin de tout ». Ce n’est pas que monsieur Pinpin soit le seul ami de Simple, non, mais c’est quand même bien pratique d’avoir une peluche prête à endosser toutes les bêtises qui vous passent par la tête. Mais surtout, monsieur Pinpin, il pète la gueule à Malicroix, et ça, c’est quelque chose.

Kléber, 17 ans, doit trouver sa place entre Simple, dont le quotidien se résume à jouer avec ses playmobil et échafauder mille bêtises avec son lapin en peluche, et son père, appuyé par les services sociaux qui souhaiteraient que Simple retourne à Malicroix, l’institution où ce pauvre garçon a l’impression de mourir chaque fois qu’il y retourne. C’est que Simple, 22 ans, a en fait 3 ans d’âge mental, « 3 ans et demi dans ses bons jours » comme dit Kléber. ça ne facilite pas les choses.

L’histoire aurait pu sombrer dans un épouvantable pathos mais ce serait mal connaître Marie-Aude Murail. Au moment où la tragédie pointe le bout de son nez, Kléber a l’idée lumineuse de trouver un logement pour lui et son frère, en colocation. Les voilà partis chambouler la petite vie tranquille et égoïste de Corentin, Emmanuel, Aria et Enzo, tous étudiants à la fac. La cohabitation est parfois épique, les péripéties sont nombreuses, et puis en plus des études, il y a l’Amour, les filles et tout ça. Mais Simple n’est pas parfois pas si différent des autres colocs, c’est quand même pas facile de grandir, même si on a atteint la vingtaine.

Entre rires et émotions, Marie-Aude Murail nous concocte une belle histoire, comme à son habitude, qui parle d’un problème grave sur un ton léger, qui déborde de bons sentiments et qui vous laisse la larme à l’oeil mais le coeur content, la dernière page tournée.

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Avant toi de Jojo Moyes

Je vais parler d’un roman qui, bien que populaire dans sa catégorie, va détonner quelque peu sur mon blog. Autant j’aime voir des comédies romantiques au ciné, voire même des mélos (encore que je ne me souviens pas avoir vu un vrai mélo depuis Love story avec Ali McGraw et Ryan O’Neal, imaginez comme ça date !!!) autant je les déteste en littérature car souvent mal écrits ou mal traduits et bourrés de clichés. Des clichés qui passent mieux à l‘écran pour peu que l’acteur principal me plaise suffisamment (oui, j’avoue).

Ce long détour pour vous dire que, à priori, rien ne me prédisposait à lire Avant toi de Jojo Moyes.
Mais vous connaissez les petits hasards de la vie… on me passe il y a quelques jours une très belle chanson affreusement triste qui m’émeut fort, en me disant qu’elle fait partie de la bande-son du film Before you, lui-même adapté d’un roman. Curieuse, je visionne donc la bande-annonce. Laquelle me plait instantanément. Je pense évidemment à une version d’Intouchables teintée de romantisme, et je me dis « pourquoi pas ». Ensuite, je vais lire sur Babelio les avis sur le roman, presque tous unanimes d’ailleurs. Mais c’est celui de Gwen21 qui a fait tilt. Un tel enthousiasme teinté d’émotion, surtout de sa part, a soulevé plus que de la curiosité.

Et donc, sans plus hésiter, j’ai filé acheter le roman en poche.

Que dire à part que c’est un gros, gros coup de cœur ? Je crois bien que j’ai dû sangloter pendant une bonne partie de ma lecture, d’ailleurs j’ai lu le roman d’une traite, au cours de la nuit. Le matin je suis arrivée au bureau avec le moral en berne et des yeux explosés, c’était joli à voir !

Le personnage de Will, le jeune homme tétraplégique m’a bien sûr énormément touchée, de même que celui de la pétillante aide-soignante, Lou, aux tenues improbables et à la bonne humeur contagieuse. Nos deux héros bataillent chacun à leur façon contre un destin tout tracé, et on pourrait se dire que le roman n’est pas exempt de ces fameux clichés : le type hyper-brillant et sportif, riche, désormais coincé dans son fauteuil roulant, qui, devenu aigri et sarcastique, mène la vie dure à la pauvre Lou, celle qui fait partie des « invisibles », issue d’un milieu bien modeste, ne sachant pas quoi faire de sa vie et allant de petit boulot en petit boulot. Il est cultivé, elle n’a jamais bougé de sa ville natale, ils vont se découvrir et s’aider, se compléter.

Mais le roman est tellement plus intelligent que ça… Jojo Moyes, par petites touches, nous conte bien des choses, met le doigt où ça fait mal, évoque aussi un problème de société tabou qui déchaine bien des passions – le droit de disposer de sa vie et de choisir sa mort et de la faire accepter par ses proches – de manière sensible et délicate. A travers les yeux de Lou, on se rend compte de la difficulté à vivre au jour le jour quand on est handicapé, tant de lieux encore non adaptés et forcément inaccessibles, les petites aspérités du quotidien, les rapports aux autres, l’incapacité à communiquer nos émotions, le sentiment de culpabilité qui demeure tenace et qui occasionne tant de maladresses, la dépendance enfin, l’absence de choix et les petites misères du corps qui lâche peu à peu. Pas bien gai tout ça, je sais.

Je l’ai aimé ce roman, il m’a serré le cœur et pris aux tripes bien souvent mais il n’y a pas eu que des larmes non plus, heureusement. Beaucoup de situations prêtent à sourire, les échanges entre Will et Lou sont souvent savoureux, et leur histoire d’amour met du baume au coeur. Les personnages secondaires, que ce soit les parents de Will ou Lou, Patrick le fiancé obsédé par le sport, ou Nathan, le solide infirmier qui partage le quotidien de Will, permettent aussi de donner plus d’ampleur au récit et de respirer entre deux scènes trop chargées d’émotion.
Je m’aperçois que c’est un billet bien décousu mais il a été écrit alors même que les toutes les émotions nées de cette lecture ne se sont pas encore dissipées. Une très belle histoire qui me restera longtemps en mémoire.

PS : Puisque j’étais disposée à verser quelques larmes supplémentaires (et évidemment ça n’a pas manqué !), j’ai vu le film dans la foulée, après quelques hésitations.  Et bien m’en a pris. Sam Claflin et Emilia Clarke incarnent parfaitement les personnages du roman, et même si le film, durée oblige, passe sous silence pas mal de scènes, l’essentiel demeure. Double ration de mouchoirs à prévoir pour ceux ou celles qui veulent se faire la totale !

 

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Un éléphant dans un jeu de quilles de Robert Barbault

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Coup de coeur pour cet ouvrage du regretté Robert Barbault dont les bouquins ont contribué enrichir mes connaissances en écologie au fil des années. L’éléphant du titre, c’est homo sapiens, on s’en doute, lui qui a décidé de se prendre pour un dieu de seconde zone et bouleverse tout ce qu’il touche, tout ce qu’il côtoie, balayant d’un revers de main des centaines d’années de coopération avec les autres espèces.
Ce qui est assez fortiche, c’est qu’en moins de 300 pages, l’auteur nous redonne un cours d’écologie bourré d’exemples assez frappants et révélateurs (un exemple parmi d’autres, l’introduction de la peste bovine en Afrique) et nous rafraichit la mémoire sur la sélection génétique, les interactions entre espèces et écosystèmes, et surtout la coopération qui lui tient à coeur. Tout l’intéresse, du microbe à l’éléphant d’Afrique !
Bon nombre d’anecdotes m’ont passionnée, et ce n’est pas si difficile d’appréhender des notions scientifiques expliquées avec humour.
C’est aussi un bel outil de réflexion.
Durant les deux premières parties du livre, on suit avec intérêt les astuces et stratagèmes inventés par la Nature pour résister et s’adapter, en un mot survivre. L’ingéniosité de certaines espèces, quelles soient animales ou végétales, laisse pantois !
Et boum ! La troisième partie : « Vivre contre… ou avec la nature » sape singulièrement le moral. L’espèce humaine arrive avec ses gros sabots et son envie de tout maîtriser et dominer. Adieu équilibres millénaires, associations fructueuses, la sixième extinction de masse est en cours, le dérèglement climatique est largement amorcé et nous sommes quand même bien coincés, il faut l’avouer. Comme tant d’autres auteurs et scientifiques, Barbault clôt son ouvrage par une note optimiste, non tout n’est pas complètement perdu, à moins d’un sursaut et d’un rude combat… contre nous-mêmes. Réconcilier l’homme avec la nature… un beau projet mais, comme je me le demande toujours, pourra-t-il réalisé, avec quelles forces ? avant que nous ne détruisions irrémédiablement ce qui nous fait encore tenir debout…

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Toute la lumière que nous ne pouvons voir d’Anthony Doerr

DAPHNE REBECCA

J’ai terminé l’année 2016 par un coup de coeur en catégorie « romans ». Prix Pulitzer 2015, ce qui est la cerise sur le gâteau.

L’auteur s’est aventuré sur un de mes terrains familiers, la seconde guerre mondiale, cadre historique qui continue d’inspirer un grand nombre d’écrivains. Difficile parfois de trouver un angle original ou de  raconter cette guerre de manière différente, pourtant Anthony Doerr y parvient avec grâce et sensibilité. Ses deux héros dont les trajectoires parallèles finiront par se croiser, sont inhabituels : côté français, Marie-Laure, une jeune aveugle dont le père travaille au Muséum d’Histoire Naturelle à Paris comme serrurier-chef et côté allemand, Werner, un jeune spécialiste des transmissions électromagnétiques, miraculeusement soustrait à un destin tout tracé de mineur à Essen, car repéré par les grands pontes du parti nazi.

Et comme le destin – encore lui –  est souvent farceur et capricieux, ces deux-là se rencontreront grâce  à un diamant maudit et des enregistrements à la radio, voix salvatrices dans la nuit et l’ignorance, qui apporteront un peu de lumière à Werner, que l’on veut aveugler à tout prix dans son école d’élite et Marie-Laure, perdue dans ses ténèbres et celles de la cité de Saint-Malo qu’elle s’efforce d’apprivoiser. Deux solitudes qui se télescopent au moment le plus tragique de la histoire de la cité malouine.

Le roman alterne les moments de grâce et de joie et les drames avec beaucoup de justesse et de sobriété, Werner et Marie-Laure croisent ou côtoient une galerie de personnages secondaires tour à tour touchants ou inquiétants et si on est parfois tenté de verser une petite larme, le récit ne sombre jamais dans le tragique ou la mièvrerie.

 

J’ai été énormément  touchée par ce roman, pas manichéen pour un sou, qui était en gestation depuis 10 ans environ ! L’auteur, semblable à Charles Frazier qui a mis à peu près autant de temps à accoucher de Cold Mountain, vient de l’Idaho et fait donc partie de ces fameux écrivains de l’Ouest américain que j’affectionne tant. Aux dernières nouvelles, le roman, après avoir été traduit dans de nombreuses langues, ferait l’objet d’une adaptation ciné. Je souhaite en tout cas que Jonathan Doerr n’attende pas 10 ans de plus pour publier son prochain livre.

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